- Barza Wire - https://wire.farmradio.fm -

Côte d’Ivoire : Des femmes pratiquent l’agricultrice régénératrice pour reconstituer les terres dégradées par l’exploitation aurifère illégale

Il est tôt ce matin à Koudougou, un village situé non loin de Bouaflé, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Tout autour, une mosaïque vivante de verdure s’étend à l’horizon. Sur son exploitation agricole de quatre hectares, Pawindebem Zouma Ouédraogo, 50 ans, soigne tranquillement sa terre. Elle déclare : « Cette terre est tout ce que ma famille et moi possédons maintenant. Je ne vais pas la laisser mourir… »

Il y a quelques années, l’exploitation aurifère illégale avait transformé les champs de Koudougou en une friche de cratères bourbeux et en un sol contaminé. Cependant, depuis deux ans, madame Ouédraogo et d’autres femmes de la communauté ont entrepris de faire revivre cette terre. Aujourd’hui, le paysage se transforme lentement, les animaux sauvages reviennent, et la végétation prend une fois de plus racine. Elle déclare : « Tout le monde disait que cette terre était morte et stérile. Nous l’avons ramenée à la vie. »

L’Association des femmes de Koudougou regroupe actuellement près de 200 membres. Elles restaurent la terre dégradée par l’exploitation aurifère pour la rendre cultivable. Elles comblent les trous avec de la terre, puis couvrent le sol avec des résidus de millet des feuilles de bananiers et d’autres déchets organiques. Madame Ouédraogo explique que cela permet de retenir l’eau et de nourrir le sol. Elle déclare : « C’est un travail laborieux, mais c’est un acte d’amour. »

Madame Ouédraogo explique qu’en 2022, l’ONG Agir pour l’Environnement dans les Industries Extractives (AEIE) a commencé à sensibiliser les populations locales à la restauration des terres dégradées par l’exploitation aurifère. Outre les formations, madame Ouédraogo et les autres femmes ont reçu de l’équipement, tel que des râteaux, des brouettes et des charrettes, en vue de faciliter la restauration les sols. 

Elle affirme constater déjà des résultats. Au cours des deux dernières années, elle a commencé à cultiver des tomates, du gombo, du soja, de la banane et du haricot sur la terre restaurée. Elle a également planté des cacaoyers. Elle déclare : « Aujourd’hui, mon champ reprend vie, et la forêt voisine se régénère tranquillement. »

Madame Ouédraogo estime la récolte de cette semaine à trois tonnes d’aubergines, trois tonnes de haricot et dix tonnes de bananes. Elle a gagné environ quatre millions de francs CFA (environ 7 117 $ US).

Grâce à ce revenu, madame Ouédraogo joue un rôle important dans son ménage. Elle termine fièrement : « Maintenant, on me consulte quand des décisions importantes doivent être prises pour la famille. Je me sens respectée. »

Jacques Koffi, un spécialiste de la restauration des sols à l’AEIE, soutient que les femmes de Koudougou ont un nouvel espoir grâce au soutien de l’ONG. Il rappelle qu’avant leur intervention, l’exploitation illégale avait dégradé environ 90 % des terres agricoles du village, les laissant infertiles et arides. Il déclare : « Nous offrons des formations continues à ces championnes. Nous sommes ici pour le long terme. »

L’ONG soutient les femmes, qu’il s’agisse de la réhabilitation du sol, l’aménagement de pépinières ou la commercialisation des produits. Selon monsieur Koffi, l’introduction du compost et de la culture intercalaire permet de stabiliser le sol, réduire l’érosion et augmenter la résistance des terrains. 

Bintou Sawadogo, un autre membre de l’Association des femmes de Koudougou, raconte avoir récolté plus d’une tonne de bananes sur son terrain d’un hectare grâce aux techniques de réhabilitation des sols. Cette saison, sa récolte lui a rapporté 800 000 francs CFA (environ 1 427 $ US), un montant qu’elle utilise pour payer la scolarité de ses enfants. 

L’impact de ce soutien va au-delà des champs. Par leur travail et leur production, les femmes sont devenues des actrices visibles du développement local. Elles sont désormais reconnues par les autorités locales et leur communauté. Madame Ouédraogo conclut : « Non seulement nous réparons la terre, mais nous lui donnons une nouvelle vie. »

[1]