Congo: Une agricultrice devenue femme d’affaires (écrit par Privat Tirbuce Massanga pour Agro Radio Hebdo au Congo-Brazzaville)

| mars 7, 2011

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Place de la gare routière de Pokola. Une horde de femmes s’affaire à décharger d’un véhicule des bottes de boutures de manioc en provenance des Terres Kabounga, à plus de 100 kilomètres de là. Parmi ces femmes, une seule semble pouvoir s’imposer pour discuter le tarif du fret de ces semences avec les transporteurs. C’est Elise Elenga. Elle joue le rôle de porte-parole des femmes agricultrices sur cette place. Et joue aussi un rôle de conseillère car beaucoup d’autres femmes viennent lui demander des conseils sur la façon de diversifier leurs activités ou de régler un litige relatif à un processus de ristourne.

Ayant grandi en ville, Elise Elenga s’est épanouie socialement dans la petite cité forestière de Pokola, grâce à l’agriculture. De la ville à la campagne et de l’agriculture au commerce d’articles manufacturés, tel est le chemin parcouru par cette femme d’affaires. Un chemin qu’elle n’avait jamais rêvé de parcourir et qui s’est construit au hasard des circonstances de la vie. Aujourd’hui elle est à cheval entre ses activités agricoles et des activités commerciales diverses.

Venue de Brazzaville pour rejoindre son mari il y a une douzaine d’années, Elise est devenue un modèle de femme entrepreneuse. La quarantaine révolue et mère de quatre(04) enfants, elle se souvient de ses débuts en agriculture: « Quand je suis arrivée à Pokola, j’avais du mal à joindre les deux bouts avec l’argent de la popote que me donnait mon mari. On devait tout acheter. Et les produits étaient très chers. C’est alors qu’une amie m’a donné un lopin de terre qui m’a permis de faire un champ de manioc pour notre auto-alimentation. Et de fil en aiguille, j’y ai pris goût. Une autre amie m’a conseillé d’envisager de cultiver un champ dont les produits seraient destinés à la vente. J’ai dû aller voir les notables de la zone. Ceux-ci m’ont concédé une grande parcelle et j’y ai fait ma première grande plantation de manioc. Ma satisfaction était totale. À la troisième année de mes activités agricoles, j’ai vendu beaucoup de mes récoltes à d’autres femmes, sous forme de cossettes de manioc pour le foufou ou sous forme de tubercules. Financièrement aussi, j’étais satisfaite. Beaucoup de mes voisins se ravitaillaient chez moi et parfois à crédit ».

Grâce à l’argent gagné dans ses activités agricoles, Elise s’est lancée dans le commerce de divers articles. Pendant les périodes de soudure agricole, elle se rend à Douala, au Cameroun, pour s’approvisionner. Elle est reconnue à Pokola et au-delà comme une grande vendeuse de tissu, de chaussures, d’articles de layettes et de vêtements pour hommes et femmes. Elle revend aussi des ustensiles de cuisine et des outils aratoires pour l’agriculture. Les gens viennent à son domicile pour passer les commandes de ce dont ils ont besoin.

Elise Elenga reconnait que l’agriculture telle qu’elle est pratiquée à Pokola est très difficile. Tout se passe en forêt et les arbres compliquent davantage la tâche, en plus du fait qu’il faut défricher, dessoucher, balayer, semer et entretenir le champ. « Nos difficultés ne s’arrêtent pas là, dit-elle. Car il nous faut aussi parcourir de nombreux kilomètres, souvent à pied. Dans mon cas, je dois marcher 8 kilomètres, soit 16 kilomètres aller-retour, pour me rendre dans nos champs et transporter nos récoltes vers le marché. Parfois, continue-t-elle, après avoir espéré une bonne récolte, c’est le virus de la mosaïque qui nous déstabilise. Cette maladie sévit dans nos plantations de manioc. Voilà pourquoi on ne se contente pas d’un champ par année. Il faut avoir de la volonté et du courage pour tenir pendant des années. Ma motivation vient de ce que j’obtiens comme résultats, assure-t-elle ».

Notre petite productrice agricole a de grandes idées. À long ou court terme, elle espère acheter des terrains et construire des maisons dans les grandes villes du Congo. Des maisons qu’elle mettra en location pour qu’elle et sa famille aient une sorte de rente quand elle prendra sa retraite. Parmi ses motifs de satisfaction, elle déclare: « Grâce à l’agriculture, je peux payer les études de mes enfants qui sont en ville. Et j’aide mes parents ».

Sur la place et le rôle de la femme africaine, en guise de conclusion, Elise dit: « Pour moi, la femme d’aujourd’hui ne doit plus se croiser ses bras, même si son mari a un bon salaire. Quand le mari va au travail, la femme aussi doit se chercher une occupation. Il peut s’agir d’un champ de manioc ou de bananes, d’un jardin potager ou d’un petit commerce. Cela aide à limiter les dépenses quotidiennes et à renforcer l’économie domestique, voire à contribuer à la réalisation des projets de famille. Je gagne des centaines de milliers de francs CFA par mois. Grâce à l’agriculture, je n’envie pas celles qui travaillent dans des entreprises ou à la fonction publique ».