Congo: La « moto-brouette » pour prévenir la perte des récoltes (Privat Tiburce Martin Massanga pour Agro Radio Hebdo au Congo)

| février 21, 2011

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Ces deux dernières années, la moto-brouette ou triporteur a opéré beaucoup de changements dans la vie des producteurs agricoles de Pokola. Ceux-ci ont constaté une baisse considérable des pertes de leurs récoltes grâce à cet engin. Mieux encore, ils ont augmenté leur productivité. Avant l’apparition du triporteur, plusieurs producteurs abandonnaient les champs, faute de moyens pour écouler leurs produits.

Il est sept heures du matin. Le brouillard étend encore son voile d’humidité et de fraîcheur sur les maisons. Au carrefour de « l’avenue des églises », une grande foule bigarrée est debout: des femmes portant des hottes (paniers) vides sur leur dos et des hommes tenant des houes ou des machettes. Il y a même des jeunes gens avec des jerricans en plastique remplis d’eau. Tous sont prêts à passer une journée de travail en brousse.

C’est à cet endroit que les petits producteurs et les acheteurs de produits agricoles attendent les moto-brouettes pour partir en direction des champs. Pour aller travailler et surtout pour amener vers le marché de la petite cité leurs récoltes de manioc, de bananes, d’ignames, de légumes, de tarots, de maïs, de piments ou de patates douces.

Jean Paul est un agriculteur bien connu de ses pairs. Il fait partie des premiers propriétaires de triporteurs, un petit engin à trois roues avec une petite benne (cuvette) à l’arrière. C’est ce dernier dispositif qui lui confère une place de choix et lui donne toute sa valeur dans la vie des producteurs agricoles. Dans la zone de développement communautaire de Pokola, le triporteur est le seul moyen de transport qu’ils utilisent. Il sert aussi bien pour les produits agricoles que pour les gens travaillant dans les champs situés à plusieurs kilomètres de la petite ville enclavée, née grâce à l’industrie du bois, en pleine forêt tropicale du nord du Congo.

Jean Paul raconte comment l’idée lui est venue de se procurer cet engin: « J’ai eu l’idée d’acheter un triporteur en voyant comment la société CIB l’utilisait pour transporter les outils des ouvriers dans ses chantiers de construction. C’était très pratique. Cela m’a donné l’idée d’acquérir un triporteur pour transporter mes outils aratoires et pour emmener mes productions agricoles jusqu’au marché. La moto-brouette nous offre plusieurs avantages: la facilité d’évacuer une grande quantité de produits agricoles, la réduction du temps de voyage, le soulagement physique et la possibilité d’emmener travailler deux ou trois journaliers dans son champ. C’est un engin qui m’est très utile. Pour en acquérir un, il n’existe pas de magasin de vente de ces motos ici. Il faut faire la commande auprès de commerçants qui partent s’approvisionner à Douala, au Cameroun, à plus de 1500 kilomètres d’ici ».

Faute de mécanicien spécialisé dans le montage des pièces, les agriculteurs sont obligés de les faire venir déjà assemblées à l’achat et prêtes à l’utilisation. Cela augmente les coûts d’achat et de transport.

Jean Paul se souvient encore des difficultés qu’avaient les agriculteurs, avant l’introduction du triporteur: « Auparavant, nous transportions nos récoltes dans de simples brouettes qu’il fallait pousser sur du sable ou dans la boue sur plusieurs kilomètres. Ou alors, on les transportait dans des hottes qu’il fallait porter sur le dos, parfois sous un soleil caniculaire ou sous la pluie. C’était trop pénible et la quantité à transporter était très limitée par rapport à la force humaine. Aujourd’hui, avec le triporteur, on peut aller travailler dans un champ situé même à 20 kilomètres, sans s’inquiéter. »

D’après Jean Paul, la grande difficulté, concernant la moto-brouette, c’est l’approvisionnement en pièces de rechange. Tout doit venir de Douala. « En cas de panne, dit-il, la moto reste immobilisée pendant plusieurs semaines. »

Jean Paul a acheté cette moto-brouette principalement pour ses propres activités agricoles. Mais face à la difficulté d’autres producteurs de se doter de ce moyen de transport, il leur loue sa moto pour qu’ils puissent acheminer leurs produits vers le marché de Pokola. Par ailleurs, cette moto-brouette permet à des femmes commerçantes d’aller acheter leurs marchandises sur le site de production et de venir les revendre rapidement au marché.

Aujourd’hui, plusieurs producteurs et coopératives se sont dotés de motos-brouettes. L’acheminement des produits agricoles, de la forêt vers le marché, est une activité de transport qui prend de plus en plus de l’ampleur. N’eût été cet engin, de grosses pertes de récoltes continueraient à être enregistrées par les petits producteurs.