Congo Brazzaville : Une nouvelle politique d’utilisation de balances dans la commercialisation des produits agricoles ne fait pas l’unanimité (par John Ndinga-Ngoma pour Agro Radio Hebdo au Congo-Brazzaville)

| avril 16, 2012

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Plus question de vendre les produits agricoles par tas. À Pointe-Noire, dans le sud du Congo-Brazzaville, les produits agricoles s’achètent et se vendent désormais au kilogramme.

Rachel Matouadi est maraîchère, à Pointe-Noire. Elle dit qu’en vendant ses produits au kilo, elle gagne plus que lorsqu’elle vendait ses produits par tas. Une cuvette de tomates fraîches, par exemple, se vend à 12 000 francs CFA (environ 24 dollars américains). Elle explique : « Une cuvette peut contenir plus de 26 kilogrammes. J’obtiens donc au moins 21 600 francs CFA de recette, à raison de 800 francs CFA le kilo. C’est pourquoi je préfère la vente au kilo à la vente par tas.»

En août dernier, le Ministère du commerce et des approvisionnements, à l’occasion de la 26ème Foire internationale de Pointe-Noire, a instauré l’utilisation de la balance dans la commercialisation des produits agricoles. Cette nouvelle politique vise à assurer un prix juste pour les consommateurs, les producteurs et les commerçants. La politique a bien été accueillie par les agriculteurs de la capitale économique congolaise.

Tout comme Rachel Matouadi, Marie Andrée Ngouamba est maraîchère. Elle voit en la balance un instrument efficace de gestion de ses produits : « Lorsque je vends au tas, je fais des pertes. Je n’arrive même pas à recouvrer le capital. Lorsque j’utilise la balance, je sais à l’avance ce que je vais gagner. Et je planifie mes dépenses ». Elle a appris la technique de la vente au kilo l’année dernière lors d’un séminaire organisé par le Ministère de l’agriculture sur la gestion de potager, séminaire visant à accroître les capacités des agriculteurs dans la gestion de leurs produits.

Mais, en dépit de ces atouts, la plupart des maraîchers de Pointe-Noire affirment qu’ils se heurtent à la résistance des commerçants. « Nous avons vraiment du mal à imposer la balance aux revendeurs de produits agricoles », explique Dominique Wamono, maraîcher.

« Ils n’aiment pas la balance. Et ils menacent de faire affaire avec d’autres maraîchers. En ce moment, on est obligé de céder à leur désir de vendre par tas. On ne peut pas garder nos produits sinon ils finiront par pourrir ».

Les commerçants tentent de se justifier. Adèle Ndoulou est vendeuse dans un petit marché de quartier. Elle dit : « Lorsque j’ai essayé de vendre au kilo, les clients ont commencé à me tourner le dos, parce qu’ils ont assimilé la nouvelle pratique à l’augmentation des prix. Voilà pourquoi j’ai vite renoué avec la vente par tas. »

Cet argument rejoint celui des consommateurs. Prisca Mankou est enseignante et femme de ménage. Elle dit : « Supposons que vous ayez 2 000 francs CFA. Si vous achetez un kilo de tomates à 1000 francs CFA et un kilo d’aubergines au même prix, qu’est-ce qui restera dans le porte-monnaie ? Rien. C’est dire que les pouvoirs publics n’ont fait qu’accentuer le phénomène de la vie chère. » Elle dit que même le demi-kilo ne saurait être avantageux.

Pour beaucoup de maraîchers, l’instauration de la balance devrait rimer avec la baisse des prix des produits agricoles. Une baisse devrait résulter d’une forte production. Pour qu’il y ait forte production, il faut que les charges des agriculteurs soient allégées. Jean Gilbert Kaya est président de « La Main Verte », une association de maraîchers. Il explique : « Certes, la vente au kilo arrange les agriculteurs en ce qu’elle leur permet de réaliser des bénéfices acceptables. Mais il faut qu’on pense au consommateur. Il faut qu’en achetant au kilo, le consommateur gagne ce qu’il perdrait en achetant par tas. » Il dit que la vente au kilo est la bonne solution car elle réduit la fluctuation des prix.

La vente par kilo n’est pas une loi, c’est seulement une politique. L’objectif du gouvernement était que les producteurs, les négociants et les consommateurs soient satisfaits des prix des denrées alimentaires. Il voulait réduire la spéculation dans la commercialisation des produits agricoles, de sorte que personne ne se sente floué. Mais les différences d’opinion des agriculteurs, des commerçants et des consommateurs montrent qu’une telle question est compliquée et qu’elle ne peut pas être résolue par l’utilisation de la balance. Les conséquences et les implications de ce qui semblait être une intervention simple sont nombreuses et variées.

Et Rachel Matouadi de renchérir : « Gagner seul, ce n’est pas toujours bien. Il faut que les prix des produits arrangent aussi bien les agriculteurs que les commerçants et les consommateurs. C’est ce que nous appelons des prix verts ».