Congo-Brazzaville: Faire l’agriculture sans voir (Spore, Syfia International)

| novembre 15, 2010

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 Pour Emerson Massa et ses amis, la culture du manioc a permis non seulement d’avoir un revenu, mais aussi d’acquérir  une certaine indépendance et une place dans la société. M. Massa est à la tête d’une organisation locale du Congo-Brazzaville qui s’appelle Viens et Vois.

 

L’organisation soutient des activités génératrices de revenus pour les personnes aveugles et malvoyantes. Une trentaine de personnes de l’organisation ont décidé d’apprendre à cultiver le manioc. « L’année dernière, ils ont cultivé deux hectares de terre à Nkouo, un village situé à 90 km au nord de Brazzaville.

 

M. Massa déclare: « La culture du manioc n’est pas seulement pour les voyants! » La plupart étant des jeunes, ils voulaient gagner leur propre argent. Ils ne voulaient pas être dépendants des marché pour acheter leurs légumes. Ils se sont donc tournés vers l’agriculture. » Beaucoup, comme M. Massa, sont éduqués mais n’ont pas d’emploi. Le groupe a suivi une formation financée par la Mission

Évangélique Braille. Ils ont appris des techniques permettant de pratiquer l’agriculture sans voir.

 

Dieudonné Mbimi fait partie des agriculteurs aveugles. Il dit: « Cette expérience nous a permis de quitter la ville et de mieux faire la culture du manioc. »

 

Ils vendent une partie de leur récolte à Brazzaville et gardent le reste pour se nourrir. M. Massa dit: « Quarante pour cent de l’argent gagné grâce à la vente du manioc appartient à l’ONG, qui finance d’autres projets. » Il explique que les 60% restants procurent un revenu aux nouveaux fermiers. Chaque personne gagne environ 40 000 francs CFA, soit 80 dollars américains par mois. Le groupe a l’intention de doubler la superficie cultivée.

 

Les agriculteurs aveugles vont au champ de manioc avec des amis voyants. M. Moukouyou

est le secrétaire général de Viens et Vois. Il dit: « Nous sommes assistés par des personnes

qui peuvent voir. Par exemple, ils nous avertissent s’il y a un serpent. » Il ajoute: « Ces gens donnent de leur temps et de leur énergie. Ils sont sensibles à notre cause et facilitent notre travail. »

 

Okoueke Armel, l’un des amis voyants, le confirme. Il a souvent accompagné les jeunes producteurs de manioc dans leur champ. Il dit: « Nous travaillons bien ensemble, parce que nous en avons l’habitude. Nous les guidons. » M. Armel dit qu’il contribue à une initiative louable.

 

D’autres membres de la communauté les soutiennent de différentes manières. Ève-Evelyn achète

leur manioc. Au début, elle a été surprise d’apprendre qu’il avait été cultivé par des personnes aveugles.

 

Elle dit: « Cela doit être encouragé. Je ne discute pas trop le prix. Pour moi, c’est un moyen de soutenir l’initiative. »

 

Le gouvernement a l’intention de soutenir certaines organisations qui travaillent dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Il est possible que Viens et Vois en bénéficiera. En attendant, Emerson Massa vient de recevoir une bourse de la société civile Harubuntu, un concours pour les porteurs d’espoir et créateurs de richesses africains. Le prix reconnaît les efforts déployés par des Africains qui suivent leur propre initiative et créent des richesses et des possibilités d’auto-développement.