Comores : un villageois remplace le crayon de l’instituteur pour le bâton de l’éleveur (Par Ahmed Bacar, pour Agro Radio Hebdo aux Comores)

| août 20, 2012

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Il y a de cela 6 ans, Ali Hamza perd brusquement son emploi d’instituteur à la fonction publique. M. Hamza habite Tsinimoichogo, un village majoritairement agricole situé à 8 km de Moroni, la capitale des Comores. Dans ce village, il est difficile de se remettre d’une telle perte d’emploi et de trouver de l’argent pour nourrir sa famille. Mais, M. Hamza lui a réussi ce tour de force.

Pour se créer une nouvelle vie, l’ancien instituteur de 41 ans s’est reconverti dans l’élevage de petits ruminants. Il justifie son choix: « Je n’avais personne pour me soutenir. J’ai pris donc l’initiative de faire ma vie autrement. Et c’est ainsi que j’ai choisi l’élevage, domaine très rentable alors que les gens de ma localité s’y intéressent peu ».

M. Hamza est parmi les membres fondateurs de l’association agricole locale dénommée Mayendelewo qui signifie « Développement ». Il explique que lorsqu’il a eu l’idée de lancer le projet d’élever des cabris, il en a parlé à ses collègues de l’association. Mais ils étaient réticents. Finalement, il a décidé de s’y mettre avec ma femme Assiata Adam.

Avec ses économies, il lance son projet en 2006 avec trois chèvres qu’il achète à 80 000 francs (environ 200 dollars américains). Il a pu également construire un enclos à ciel ouvert sur un terrain qu’il a acheté à 150 000 francs (environ 375 dollars américains).

Le paysan et son épouse ont réussi leur pari. Le couple compte aujourd’hui une cinquantaine de chèvres. Assita Adam est fière du projet même si elle raconte qu’au début elle était un peu pessimiste. Elle explique comment le couple divise les tâches à accomplir : « Chaque jour, je [passe] de maisons en maisons pour ramasser les épluchures de banane et de manioc. Je les stocke chez nous et mon mari les achemine le soir ou le matin à la ferme pour les animaux. »

Avant de perdre son emploi, M. Hamza produisait la banane, le manioc et le tarot qu’il continue à produire en attendant le bon moment pour vendre ses chèvres. Mais c’est pour quand ce bon moment ? Ali Hamza répond : « Je le ferai pendant les cérémonies coutumières. »

Chaque année, il y a au moins trois mois où se déroulent les cérémonies coutumières : juillet, août et décembre. Les éleveurs obtiennent les meilleurs prix durant ces périodes. Normalement, le prix d’un cabri varie entre 20 000 francs à 75 000 francs (environ 50 à 190 dollars américains) mais pendant les cérémonies coutumières le prix peut monter jusqu’à 100 000 francs comoriens (environ 250 dollars américains). M. Hamza dit qu’avec cet argent, il achètera d’autres animaux, pourra payer les études de ses enfants et satisfaire les besoins familiaux.

M. Hamza n’exclut toujours pas l’idée de s’associer avec ses collègues de l’association. Un appel, cette fois-ci, pris au sérieux par le bureau de l’association agricole.

Maoulida Ibrahim est le président de ladite association. Il confie : « Au départ les membres de l’association ne croyaient pas à ce projet parce que le projet exigeaient beaucoup de moyens qu’ils n’avaient pas. Ils refusaient par conséquent de s’appliquer mais maintenant on commence à s’y intéresser. »

En attendant la décision de ses collègues, M. Hamza pense à agrandir son terrain et renforcer la sécurité de la ferme afin de parer à toute tentative de vol. Il confit que si cette fois-ci son association refuse de s’associer à son projet, il compte créer sa propre association qui s’occupera uniquement de l’élevage.