Comores : Un agriculteur se fait tester pour le VIH suite à un spot-radio persuasif (par Ahmed Bacar, pour Agro Radio Hebdo, aux Comores)

| novembre 26, 2012

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Les mains tremblantes et le visage crispé, Ali Mdohoma sort de la salle de dépistage, anxieux. M. Mdohoma vit à Famaré, un village situé à 35 km au sud de Moroni, la capitale des Comores. Il est anxieux car il vient de faire le test du VIH.

Pour connaître le résultat, il doit prendre son mal en patience pendant une demi-heure, ce qui lui paraît être une éternité.

Finalement, le médecin ouvre la porte de son bureau et appelle M. Mdohoma d’un hochement de la tête. Il le rejoint sans perdre une seconde. Quarante minutes plus tard, il ressort avec la joie d’un élève qui vient de réussir à son examen.  Il est séronégatif.

Il raconte : « C’est un ‘ouf’ de soulagement.  [Le docteur] m’a posé un tas de questions et m’a donné des conseils parfois qui me donnaient l’impression que je suis séropositif. Heureusement que je ne le suis pas. »

Avant ce test de dépistage, M. Mdohoma, âgé de 35 ans, ne croyait pas à l’existence du VIH/sida. Pas seulement aux Comores mais dans le monde entier. Il pensait même que le préservatif contient un liquide qui nuit aux organes reproductifs, notamment celui de la femme.

Il explique que quand les gens lui parlaient du sida, il leur répondait qu’ils ont tort de se laisser piéger. Il se souvient : « J’avais toujours cru que [pour pousser la] campagne pour la planification familiale, cette histoire du sida [était montée de toute pièce] dans le but de réduire la reproduction. »

Mais grâce à un spot et des chansons sur le VIH/sida diffusés sur la Radio Fédération Tsinimoichongo ou RFT, M. Mdohoma a fini par changer d’avis. Le spot en question dit : « Vaux mieux prévenir que guérir ! Rien ne vaut la santé. Le sida existe et tue des gens chaque jour. Allez faire le test, c’est anonyme et gratuit. »

M. Mdohoma dit que le spot diffusé était persuasif.  Quant aux chansons, elles parlent de discrimination et de stigmatisation à l’égard des séropositifs et de la manière dont on peut se protéger contre cette maladie.

Contrairement à Ali Mdohoma, Maoulida Soilih, un autre agriculteur, n’a jamais douté de l’existence du VIH/sida aux Comores. Il explique que l’une des sœurs d’un collègue à lui est séropositive.  Il dit : « Je pense que la meilleure façon de se protéger contre le sida est de savoir si on est atteint ou non. D’où l’urgence pour chacun de nous de faire le test. »

La RTF est une radio rurale qui se trouve à Tsinimoichongo à 28 km du sud de la capitale. Ali Mohamed Ali est le chef des programmes. En partenariat avec le ministère de la santé, sa station produit et diffuse des émissions sur le VIH et le sida. M. Ali explique : «  Le but est de participer à la sensibilisation [de la population]. On donne l’occasion à nos auditeurs d’appeler pour réagir et poser des questions sur cette maladie. »

L’ONUSIDA est le programme commun des Nations Unies sur le VIH et le sida. Selon un rapport publié sur le site de l’ONUSIDA en 2012, aux Comores, moins d’un jeune sur six âgés de 15 à 24 ans peut décrire correctement les moyens de prévention de la transmission du VIH par voie sexuelle. La prévention de la transmission par voie sexuelle est la meilleure façon de se protéger contre le VIH. Toujours selon le rapport,  la prévalence du VIH aux Comores est inférieure à 1%.

Ahmed Abdallah est le directeur de la Direction Nationale de Lutte Contre le Sida aux Comores. La population totale aux Comores est d’environ trois quart d’un million. M. Abdallah dit que le taux de dépistage volontaire est satisfaisant. Selon M. Abdallah,  jusqu’en 2011, environ 10 000 comoriens s’étaient fait dépistés. Cette année, on compte déjà 1200 dépistés.  M. Abdallah prédit: « Ce chiffre va sans doute doubler dans les années à venir car les gens commencent à se sensibiliser et [viendront] pour se dépister ».

Ali Mdohoma connait désormais son statut et surtout heureux d’être séronégatif. Il exhorte tous ceux qui ne croient pas au VIH/sida d’aller se faire tester afin de connaitre leur statut car le VIH et le sida sont une réalité.