Comores : Les petits producteurs refusent d’appliquer les prix imposés par l’Etat à l’occasion du Ramadan (Par Ahmed Bacar, pour Agro Radio Hebdo aux Comores)

| août 13, 2012

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Volo-Volo est l’un des plus grands marchés des Comores, situé à Moroni, la capitale nationale. Chaque jour, elle attire des centaines de petits producteurs qui viennent vendre leurs produits directement aux consommateurs. Fatima Abdallah est l’une de ses agricultrices. Elle effectue fréquemment le voyage de 35 km de son village, Ivembeni, pour vendre son manioc à Volo Volo.

Mais depuis le début du mois du Ramadan, producteurs et commerçants vivent un calvaire dans les marchés locaux. Le Ramadan est un mois de carême pour les Musulmans. Le jeûne se fait du lever du soleil aller jusqu’au coucher du soleil. La rupture du jeûne se fait avec l’Iftar, le repas pris après le coucher du soleil. Le Ramadan aussi est une période pendant laquelle il y a une forte demande en nourriture. Les pouvoirs publics ont baissé les prix des produits alimentaires pendant ce mois pour réduire les charges des consommateurs. Des mesures qui n’arrangent pas les producteurs et les commerçants qui disent être perdants. Plusieurs refusent de se conformer aux limites imposées.

Fatima Abdallah a vendu son manioc au prix imposé par le gouvernement le premier jour du Ramadan. Mais après avoir fait un calcul par rapport à ses charges, elle a constaté que qu’elle perdait en vendant à ce prix. Mme. Abdallah vend habituellement trois sacs de manioc par jour. Cela lui rapport normalement 22 200 Francs comoriens (56 dollars américains), ce qui lui permettait de faire des économies. Convaincue que ces prix la défavorisent, elle refuse de les respecter. Elle justifie sa décision : « […] avec les nouvelles mesures, je ne peux avoir que 15 000 F (38 dollars américains) en vendant les trois sacs. Je perds ainsi plus de 7000F (18 dollars américains). C’est pourquoi j’ai décidé de ne plus respecter les mesures quel que soit les conséquences ».

Les conséquences peuvent être sérieuses. Des policiers et des agents de la direction du commerce patrouillent les marchés et différents lieux de vente pour faire respecter les limites de prix imposées par le gouvernement.  Ahmed Hadji est le commissaire adjoint du poste de police de Volo-Volo. Il explique : « Chaque jour, on travaille de 7h à 17h. Notre mission est de faire appliquer les prix fixés par l’État par tous les moyens. Nous embarquons tous les contrevenants au commissariat où nous les gardons pendant 24h ».

Zalifa Abdou Ali est une autre productrice qui risque d’être arrêter pour non-respect des limites de prix. Elle voyage une trentaine de km pour vendre ses bananes au marché de Volo Volo. Elle dit que si elle savait que la situation est telle qu’elle se présente à Volo-Volo, elle allait rester dans son village pour vendre ses produits. Mme. Abdou Ali précise : « Je sais que là-bas, je n’allais pas gagner grand-chose non plus, mais au moins j’allais éviter ce long déplacement pour rien. » Elle ajoute : « Si je vends le kilo de banane à 400F comme on me le demande au lieu de 600 F, je suis perdante, alors que je dois nourrir ma famille et c’est bientôt la rentrée, je dois [donc] aussi payer la scolarité de mes cinq enfants ».

Maman Andhumati est la porte-parole des vendeurs. Elle témoigne que l’État n’a pris aucune mesure pour compenser les pertes des vendeurs. Elle ajoute qu’au contraire le prix du ticket pour accéder au marché a doublé. Elle dit que les vendeurs qu’ont même pas été concerté pour fixer les prix des denrées pendant le Ramadan.

Abdallah Ali Youssouf est directeur du commerce intérieur. Il insiste que  tout le monde était invité aux négociations de prix. Il défend la limite imposée sur les prix en disant qu’elle est dans le meilleur intérêt de tous. M. Youssouf dit : « Nous avons le devoir de protéger la population sans sacrifier les intérêts des producteurs et des commerçants. Nous sommes persuadés qu’avec ces nouvelles mesures chacun tire son bénéfice. C’est regrettable que certains producteurs et commerçants ne les appliquent pas ».

Face à l’intransigeance des producteurs, le directeur de cabinet du Président de l’union des Comores a entrepris des négociations directes avec les producteurs. En attendant l’issue des négociations, la guerre des prix se poursuit dans les marchés locaux.