Cameroun: Vers une reconnaissance officielle de droits fonciers pour les femmes (IPS)

| octobre 22, 2012

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Il y a cinq ans, Clarisse Kimbi gagnait bien sa vie. Son mari et elle géraient une ferme de cinq hectares dans la région Nord-Ouest du Cameroun. Ils cultivaient assez de nourriture pour leur famille, et vendaient les excédents. Sa famille comptait parmi les plus riches du pays.

Mais maintenant, Mme Kimbi peut à peine produire assez pour nourrir ses enfants. Tout a changé quand son mari est mort et que sa belle-famille a saisi sa terre. Elle se souvient: « Le jour-même qui a suivi l’enterrement de mon mari, ma belle-famille a confisqué les cinq hectares de terre que mon mari et moi avions cultivés pendant 27 ans. »

Mme Kimbi n’a maintenant qu’un tout petit lopin de terre. On l’a forcée à retirer les aînés de ses enfants de l’école parce qu’elle ne pouvait pas assumer les frais.

Son problème n’est pas un cas isolé. Bien que les femmes produisent 80 pour cent de la nourriture au Cameroun, elles ne possèdent que deux pour cent des terres. Les pratiques traditionnelles accordent aux hommes un droit exclusif en matière d’héritage foncier.

Au Cameroun, le Décret sur les Droits Fonciers de 1974 garantit un accès équitable à la terre pour tous les citoyens. Cependant, en pratique, les lois coutumières qui discriminent contre les femmes ont préséance sur les lois officielles et privent les femmes de leur droit de propriété. Cela a eu un impact négatif sur le bien-être économique des femmes.

Judith Awondo est coordinatrice du Réseau Camerounais pour l’Égalité des Genres. Elle déclare: « L’incapacité des femmes à accéder et contrôler librement des ressources productives les place dans une position désavantageuse en termes de productivité agricole et de croissance économique, de sécurité alimentaire, de revenu familial, et de participation égale à la gouvernance.

Les ONG et les organisations de la société civile travaillent de concert pour préparer une ébauche de loi sur les droits fonciers qui améliorerait la situation. La législation proposée est conçue pour assurer que la loi prévale sur les pratiques traditionnelles discriminatoires qui limitent l’accès à la terre pour les femmes.

Fon Nsoh est le coordinateur d’une ONG locale appelée Cameroon Movement for the Right to Food [qui se traduirait «Mouvement Camerounais pour le Droit à l’Alimentation »]. Cette organisation est impliquée dans le mouvement pour le droit à la terre, qui prône aussi une simplification des procédures d’acquisition des titres fonciers. M. Nsoh explique: « Les titres fonciers pour la propriété matrimoniale devraient être institués aux noms du mari et de la femme, afin d’éliminer le système patriarcal d’héritage pratiqué dans la plupart des régions du Cameroun. » Un tel changement permettrait à des femmes telles que Mme Kimbi de protéger leurs terres de la confiscation par les membres de la belle-famille quand l’un des époux décède.

M. Nsoh voit un changement positif à l’horizon. Il note que le Président du Cameroun, Paul Biya, a parlé l’an dernier du besoin de réviser le Décret sur les Droits Fonciers. Mais en attendant, il est frustré par la lenteur du processus, qui implique d’autres années de souffrance pour les femmes camerounaises.