Cameroun : Face à la multiplication des plantations, les communautés, la flore et la faune sauvages subissent une pression (InfoCongo)

| septembre 24, 2018

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Le jour se lève et Rodrigue Ngono est en train d’aiguiser une machette devant sa maison pour une journée de chasse. Monsieur Ngono est un agriculteur et un chasseur de 49 ans originaire du village de Miatta, en périphérie sud de la réserve naturelle de Dja, au sud-est du Cameroun. Cependant, la chasse aux rats-taupes qu’il a prévue ne se déroulera pas aux alentours de son village comme c’était le cas autrefois. À seulement deux kilomètres de là, le mélange verdoyant d’arbres forestiers est en train de disparaître.

Des cris d’animaux sauvages se font entendre au loin, rappelant à monsieur Ngono le bon vieux temps. Il déclare : « Ce doit être probablement les chimpanzés de la réserve naturelle de Dja. Pour ceux d’entre nous qui vivent ici, nous avons l’habitude d’entendre ce genre de bruits juste derrière nos maisons. »

La forêt tropicale de plaine de la réserve naturelle de Dja, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, semble être un refuge idéal pour les espèces menacées comme les chimpanzés, les éléphants de forêt, les gorilles de plaines occidentales et une espèce de léopard qui a presque disparu. Les villages voisins de la réserve comptent environ 9 500 habitants.

Mais le long de la rive ouest de la forêt et la réserve naturelle, on perçoit des signes inquiétants.

Des piquets portant de jeunes plants d’hévéas émergent du sol. Ces piquets font partie d’un projet ambitieux d’aménagement d’une plantation de 45 000 hectares près de la réserve par une société de produits de caoutchouc camerounaise en partenariat avec une société chinoise.

La plantation d’hévéas appartient à Sudcam, une filiale de Halcyon Agri Corporation, la plus grande société de production mondiale de caoutchouc naturelle, dont la société mère est Sinochem International basée en Chine.

Augustine Njamnshi travaille avec le Bio-resource Centre, une ONG qui défend les droits et les intérêts des communautés forestières autochtones. Selon lui, le projet de plantation d’hévéas est une catastrophe non seulement pour les communautés forestières de la région, mais également pour les espèces sauvages protégées.

En Afrique, 80 % des primates tels que les chimpanzés et les gorilles de plaines vivent à l’extérieur des réserves protégées, selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Leurs populations ont considérablement diminué durant ces deux dernières décennies, notamment en raison du défrichement des forêts tropicales, du commerce de la viande de brousse et de maladies telles qu’Ebola.

Depuis le début du déboisement, les emplois déjà précaires des populations locales ont subi de graves conséquences. Les villageois affirment avoir émis une multitude de plaintes contre Sudcam pour dénoncer l’accaparement des terres par la société et le déplacement des familles sans dédommagement.

Rayan Ebidi cultive et habite dans le village de Miatta. Il déclare : « J’ai perdu ma terre à cause de Sudcam et cela fait longtemps que je n’ai plus d’emploi. Je n’ai plus les moyens d’envoyer mes enfants à l’école et de nourrir ma famille. »

Un dernier rapport de juin 2018 du World Resources Institute révèle que près de 1 000 hectares de couvert forestier ont disparu entre novembre 2017 et janvier 2018. Au total, 3 000 hectares environ ont été défrichés depuis 2014, selon ce rapport.

En parlant de la plantation de Sudcam, Greenpeace affirme qu’il s’agit du « nouveau déboisement le plus dévastateur pour l’agriculture industrielle dans le bassin du Congo. »

Samuel Nguiffo est le directeur général du Centre pour l’Environnement et le Développement, une ONG camerounaise qui défend les droits des communautés forestières. Selon monsieur Nguiffo, « Le gouvernement a accueilli les investisseurs chinois qui détruisent l’habitat naturel et rend la vie encore plus difficile pour les communautés forestières démunies. »

Les responsables de Sudcam, de Halcyom Agri et du ministère camerounais des Forêts et de la Faune n’ont pas voulu faire de commentaires. « Il ne me revient pas de me prononcer sur ces questions, » a déclaré Bruno Mfou’ou Mfou’ou, le directeur du département des forêts du ministère des Forêts et de la Faune.

Rosine Masha est une veuve, mère de six enfants, qui vit à Miatta, et qui a perdu environ 50 hectares de sa terre au profit de Sudcam. Elle soutient que l’avenir paraît sombre : « On m’a donné seulement trois petits lopins de terre d’une superficie de deux hectares et demi en guise de dédommagement. Mes enfants sont désormais éparpillés partout à la recherche de terre à louer et à cultiver. »

Les spécialistes de l’environnement et les défenseurs des forêts demandent au gouvernement de prendre des mesures plus fortes. Samuel Nguiffo du Centre pour l’Environnement et le Développement déclare : « La seule voie possible passe par l’adoption de mesures de gouvernance plus rigoureuses par le gouvernement. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « As Chinese Plantations Expand, Communities, Wildlife Feel the Pressure, » publié par InfoCongo. Pour lire l’article intégral, cliquez sur : http://infocongo.org/as-chinese-plantations-expand-communities-wildlife-feel-the-pressure/.

Photo crédit: InfoCongo