Burkina: Les cotonculteurs arrachent quelques victoires et beaucoup de promesses (écrit par Nourou-Dhine Salouka pour Agro Radio Hebdo au Burkina Faso)

| juillet 11, 2011

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À Sara, à 280 kilomètres à l’ouest de Ouagadougou, la production de coton reprend tranquillement. Des jeunes pousses de coton se développent sur des dizaines d’hectares. Sous le chaud soleil, les producteurs font leur désherbage dans la bonne humeur. 

Les producteurs viennent de gagner un bras de fer engagé contre la Société des Fibres Textiles (SOFITEX), la principale société qui achète et transforme le coton.

Laurent Domboué est président de l’union départementale de producteurs de coton de Sara. Il dit: « Nous avons obtenu certaines choses que nous réclamions. À présent, nous avons repris la production. »

L’enthousiasme retrouvé s’observe également à Samandéni, 120 kilomètres plus à l’ouest. Le groupement de producteurs de coton de village a enregistré une augmentation de la surface réservée au coton. Noufou Dabo est le trésorier du groupement de producteurs de coton de Samandéni. Il explique: « Nous sommes tous mobilisés pour produire davantage que la saison dernière. Déjà, nous sommes passés de 90 hectares emblavés en 2010 à 105 hectares cette saison. »  

Ce regain d’intérêt pour le coton contraste avec les violentes manifestations du mois de juin. Les paysans menaçaient alors de ne pas produire la précieuse fibre, cette année.

Tous les producteurs n’étaient pas favorables à l’abandon de la culture du coton. Certains avaient déjà semé leurs graines. Cependant, ils ont eu des problèmes avec ceux qui refusaient de produire. Leurs champs ont été détruits. La gendarmerie a dû intervenir dans certaines régions pour empêcher les boycotteurs d’arracher les jeunes pieds de coton.

Profitant de la vague de contestations violentes que le Burkina a connue entre février et juin, les cotonculteurs ont réclamé de meilleures conditions de production.

Ils voulaient notamment une baisse du prix des intrants. Valentin Bonzi est un producteur de la localité de Kosso, dans l’ouest du pays. Il déclarait ceci en mai: « Nous exigeons que les anciens prix soient appliqués. Avant, nous achetions un sac NPK (un fertilisant composé d’azote, de potassium et de phosphore) à 13 200 francs CFA; aujourd’hui, le même sac coûte 16 000 francs CFA. Le sac de l’urée est vendu à 19 000 franc CFA alors qu’il ne coûtait que 14 200 francs CFA il y a 4 ans. »

Les producteurs réclamaient aussi 255  francs CFA par kilogramme de coton au lieu des 245 francs CFA qu’ils recevaient alors. De plus, les producteurs exigeaient le départ de Célestin Tiendrébéogo, le directeur de la SOFITEX. Les cotonculteurs jugaient en effet que le comportement de M. Tiendrébéogo était insultant. Il aurait selon eux, traité les producteurs « de voleurs et de fossoyeurs de la filière ».

Face à la grogne au sein de la filière agricole la plus importante, l’État, accusé de ne pas considérer les préoccupations paysannes, se devait de donner des gages de sa bonne volonté. Le nouveau premier ministre et son ministre de l’agriculture multiplient les rencontres avec les producteurs.

Récemment, le gouvernement a pris certaines mesures pour apaiser la colère du monde paysan. Célestin Tiendrébéogo, à la tête de la SOFITEX depuis 16 ans, a été démis de ses fonctions.

Le gouvernement a aussi subventionné les intrants en réduisant de 1000 francs CFA le prix du sac d’engrais. Désormais, le NPK coûte 15 000 francs CFA, et l’urée 18 000 francs CFA. Les paysans ont bien accueilli ces mesures gouvernementales.

Noufou Dabo, producteur à Samandéni, confirme: « Le premier ministre nous a montré sa bonne volonté en démettant Célestin et en baissant légèrement le prix des intrants ». Il poursuit: « Il a promis de revoir à la hausse le prix du kilogramme de coton et de réduire celui des intrants pour la prochaine campagne. Pour l’instant, nous considérons que nous avons gagné mais s’il ne tient pas parole nous mettrons en œuvre nos menaces », prévient-il.