Burkina Faso : Pourquoi certains architectes ouest-africains aiment mieux la terre battue que le béton (National Geographic)

| décembre 6, 2021

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Nouvelle en bref

Dans les pays comme le Burkina Faso, à mesure que les gens deviennent plus aisés, ils commencent à utiliser le béton plutôt que la terre battue pour construire les maisons. Le béton est considéré comme un matériau moderne, plus luxueux. Mais plusieurs avantages existent à utiliser la terre battue, notamment la conservation de la fraîcheur dans la maison. En plus de protéger de la chaleur, la terre battue est un matériau plus écologique que le ciment. La fabrication du ciment, un ingrédient essentiel du béton, contribue à environ 5 % des émissions de CO2 dans le monde. De plus, les propriétaires de maisons en béton adoptent parfois d’autres pratiques de rafraîchissement non écologiques, telles que l’utilisation de l’air conditionné. Plusieurs aiment mieux le béton que la terre battue par crainte que la maison en terre battue s’effondre en cas de fortes pluies. Cependant, l’utilisation de larges toitures métalliques, et le renforcement de la terre battue avec de petites quantités de béton permettent de réduire le risque d’effondrement durant les fortes pluies.

Un groupe d’architectes ouest-africains se battent pour l’utilisation de la terre battue à la place du béton pour la construction des maisons.

Dans des pays comme le Burkina Faso, à mesure que les gens deviennent aisés, ils commencent à construire en béton plutôt qu’en terre battue. Le béton est considéré comme un matériau moderne, plus luxueux.

Cependant, il existe divers avantages à utiliser la terre battue, y compris le fait qu’elle conserve plus la fraîcheur dans la maison que le béton. Lorsqu’on la mélange avec l’huile de moteur et la bouse de vache, la terre battue crée une couche imperméable qui protège la maison de la pluie. Sanon Moussa, un documentaliste à la retraite, qui a la cinquantaine et qui vit dans le village de Koumi, déclare : « La terre battue nous maintiendra dans la fraîcheur. L’huile de moteur, l’argile et la bouse de vache nous permettront de rester au sec. »

Plusieurs personnes se tournent vers le béton plutôt que la terre battue, car elles craignent que la maison en terre battue s’effondre en cas de fortes pluies. Cela s’est produit à plusieurs reprises au Burkina Faso.

Cependant, une des préoccupations majeures avec le béton, c’est son incapacité à réguler la chaleur aussi bien que la terre battue. Comme les blocs de béton sont creux au centre, ils laissent la chaleur passer facilement et celle-ci se retrouve coincée à l’intérieur de la structure, tandis que la terre battue offre une barrière solide qui empêche la chaleur de pénétrer. Par exemple, le jour où des journalistes et des photographes de National Geographic se rendirent dans un village burkinabé, il faisait 14 degrés Celsius de moins dans la maison en terre battue qu’à l’extérieur, soit environ 20 degrés contre 40 degrés.

En plus de garder la chaleur à l’extérieur, la terre battue est un matériau plus écologique que le béton. La fabrication du ciment, un principal ingrédient du béton, constitue environ cinq pour cent des émissions de CO2 dans le monde, ce qui en fait une solution de rechange moins durable que la terre battue. Aussi, les personnes qui ont des maisons en béton recourent parfois à d’autres pratiques de rafraîchissement non écologiques, tel que l’air conditionné. Avec les effets extrêmes du changement climatique qui se font sentir en Afrique, les solutions naturelles comme la terre battue sont avantageuses.

Un autre avantage de la terre battue réside dans sa capacité à préserver les pratiques de construction traditionnelles. Les architectes trouvent de nouvelles façons de stabiliser les structures en terre battue pour éviter qu’elles s’effondrent. Francis Kéré est un architecte burkinabé qui fait la promotion de l’architecture écosensible. Monsieur Kéré reconnaît que l’utilisation de la terre battue comme matériau de construction peut être risquée lorsqu’il pleut intensément. C’est pourquoi lui et d’autres promoteur.trice.s de la terre battue recherchent de nouveaux moyens pour rendre le matériau plus sécuritaire pour la construction des maisons.

Une solution que monsieur Kéré et son équipe ont développée, c’est l’ajout de toitures métalliques. Ces toitures sont plus larges que les modèles actuels et s’étendent plus loin que les murs, créant ainsi un toit plus stable et plus solide.

Monsieur Kéré suggère aussi d’ajouter une très petite quantité de ciment à la terre battue lors du mélange destiné à faire les briques en terre. Cela les renforcera et les rendra plus solides, et par conséquent moins susceptibles de se délabrer lorsqu’il pleut fort. Il souligne qu’en suivant les consignes techniques pendant la fabrication des briques en terre battue et qu’en ne découpant pas les bordures, cela permet d’améliorer la sécurité des constructions en terre battue et de réduire les risques d’effondrement.

Dans les cliniques burkinabé, les médecins rapportent que les hospitalisations et les décès liés à la chaleur ont augmenté de près de cinq fois durant la dernière décennie. Certains suspectent qu’un nombre disproportionné de ces malades sont des hommes et des femmes qui ont reconstruit en béton, mais qui n’ont pas les moyens de rafraîchir artificiellement leurs nouvelles maisons.

« Le fait est que les constructions en ciment sont simplement charmantes, » déclare monsieur Kéré. « Mais c’est un mauvais charme, car vous n’avez pas les matériaux nécessaires. Ça ne procure pas de confort. »

Selon monsieur Kéré, les gens hésitent en partie à utiliser la terre battue et veulent passer au béton à cause des « demi-vérités concernant les risques liés à la terre battue qu’on entend partout. » Il croit que les gens ont simplement besoin de plus d’exemples de ce qu’une « architecture en terre battue bien construite peut offrir. »

La présente nouvelle est inspirée de l’article « Why these West African architects are choosing mud over concrete » écrit par Peter Schwartzstein pour National Geographic et qui est disponible au : https://www.nationalgeographic.co.uk/history-and-civilisation/2021/11/why-these-west-african-architects-are-choosing-mud-over-concrete

Photo: Un ouvrier transporte de la terre battue sur le site d’une future clinique qui sera le plus grand bâtiment du Burkina Faso recouvert de briques de terre battue. Cette technique n’utilise ni bois ni métal. La clinique de Morija, conçue par l’architecte Clara Sawadogo, se trouve à Kaya, à 60 miles au nord de Ouagadougou, la capitale.

Crédit : Moises Saman, National Geographic.