Burkina Faso: Des producteurs primés pour stopper la déforestation (IPS)

| octobre 3, 2011

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Fatimata Koama a reçu cette année environ un million de francs CFA comme prime d’encouragement à son groupement, dans son petit patelin, au Burkina Faso. Mme Koama dit: « Les arbres sont importants. Nous plantons surtout des espèces exotiques, mais aussi des manguiers, des moringas et des papayers. » Mme Koama vit dans la province de Nayala, dans la partie semi-aride de ce pays ouest africain. Elle est chef du groupement appelé Magoulé, ce qui signifie ‘J’y crois’, dans la langue locale San.

La récompense équivaut à environ 1200 dollars américains, soit un dollar par arbre. Cela fait partie d’une stratégie visant à renforcer les efforts de reboisement, selon le groupe environnemental SOS Sahel et le Ministère de l’Environnement du Burkina Faso. Une étude faite en 2010 par le Ministère de l’Environnement  a révélé que plus de 110 000 hectares de forêts sont dégradés chaque année dans le pays, soit environ quatre pour cent de la superficie boisée totale.

Salifou Ouédraogo est le Directeur Exécutif de SOS Sahel. Il dit que cette approche est née du constat d’échec des programmes de reboisement classiques suite auxquels pas moins de neuf jeunes arbres sur dix mourraient. Il note: « Nous avons fait des recherches et nous avons trouvé [que la méthode consistant à primer des agriculteurs avait été] utilisée par les colons pour introduire [les arbres] de cacao et de café, en Côte d’Ivoire. »

Le programme encadre la signature de contrats avec des agriculteurs, en leur offrant des primes modestes pour qu’ils s’occupent des jeunes arbres qu’ils plantent. Le taux de survie des jeunes arbres a grimpé à environ 70 pour cent, comparativement à seulement 10 pour cent avec les campagnes de reboisement conventionnelles.

Mouni Conombo est le coordinateur de SOS Sahel, dans la province de Nayala. Il explique: « Si un arbre [nouvellement planté] survit plus de 24 mois, on récompense ceux qui l’ont planté. » SOS Sahel ne paie pas les agriculteurs pour entretenir les jeunes arbres. Plutôt, comme M. Conombo l’explique: « On les accompagne  afin qu’ils comprennent que planter un arbre et l’entretenir, c’est mieux. »

SOS Sahel utilise cette stratégie depuis 2001, profitant de l’appui de donateurs pour verser des primes en argent comptant aux producteurs qui prennent soin de leurs arbres. Leur succès a conduit le Ministère de l’Environnement à adopter cette approche comme politique nationale.

Boureima Dao est producteur dans la commune de Ey, dans le Nayala. Il dit: « Voilà trois ans que j’ai signé le contrat. J’ai 11 hectares et j’ai gagné 206 000 CFA (environ 438 dollars) pour mon verger. » Dans la province du Nayala, plus de 170 contrats ont été signés avec des agriculteurs locaux.

Mais la plantation de jeunes arbres à elle seule ne suffit pas. Ils doivent être protégés du bétail, des activités humaines et d’autres facteurs naturels. La stratégie d’utilisation des contrats encourage ceux qui plantent des arbres à prendre la responsabilité de ces arbres, ce qui leur donne de meilleures chances de survie.

Mais la nouvelle stratégie n’est pas efficace à cent pour cent. M. Ouédraogo dit: « Sur dix associations, seules cinq reviennent s’occuper de leurs plants l’année suivante car les autres n’ont pas respecté leur contrat. »

Pour ceux qui honorent leurs contrats, la stratégie a transformé leur attitude vis-à-vis de la plantation d’arbres. M. Conombo de SOS Sahel à Nayala a dit: « Cela nous déconnecte d’avec le reboisement traditionnel dans le cadre duquel on ne fait que donner des plants. » Il souligne: « Pour nous, il s’agit d’encourager les gens à prendre l’engagement formel de planter un arbre et de l’entretenir comme ils s’occuperaient d’un enfant. »