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Burkina Faso : Des femmes rurales accèdent pour la première fois à la propriété foncière (Par Inoussa Maïga, pour Agro Radio Hebdo)

Elle en a rêvé des années durant. C’est désormais une réalité. Kayentié Ido est maintenant propriétaire de sa terre à Niessan, un village situé dans le centre-ouest du Burkina Faso. Elle possède depuis quelques mois son propre champ d’une superficie de deux hectares de terre. C’est son époux, David Tamain Nignan, qui  lui a donné à titre définitif ses deux hectares, ce qui ne se faisait pas jusque-là.

Mme Ido, la quarantaine passée, est la porte-parole des femmes de Niessan. Comme la plupart des femmes de son village, elle cultivait des légumes entre les allées du champ de son époux.

Mais cela ne lui suffisait plus. Mme Ido explique : « Le monde a changé […] les petites superficies ne suffisent plus aux femmes. En ayant leurs propres terres, les femmes pourront aider les hommes dans les dépenses familiales, dans la scolarisation des enfants ».

Heureusement pour les femmes du Burkina, la loi sur le foncier rural adoptée en 2009 reconnait explicitement leurs droits sur les terres rurales, au même titre que les hommes. Pierre Ouédraogo est le secrétaire exécutif du Groupe de recherche et d’action sur le foncier (Graf). Il explique : « Mais il y a de loin l’adoption d’une loi et son application. Sur le terrain, les esprits encore très conservateurs admettent-t-ils un tel changement, surtout sur une question aussi controversée voire taboue qu’est l’accès des femmes à la propriété foncière en milieu rural ? »

Pour voir si les gens accepteraient se changement, le Graf en collaboration avec la commune rurale de Cassou, initie un projet pilote dans deux villages, Niessan et Panassin. Le projet a consisté à recenser toutes les personnes reconnues comme propriétaires terriens du point de vue des coutumes locales des deux villages. Le projet voulait aussi les sensibiliser sur la loi et à négocier la cession temporaire ou définitive de terres au profit de femmes qui en font la demande.

Fatoumata Tall est juriste-planificatrice et membre de l’équipe de négociateurs du projet. Elle dit : « La négociation consistait d’abord à participer aux activités d’information des villageois sur la loi et le projet, puis à nous entretenir séparément avec les hommes et les femmes pour voir dans quelle mesure les femmes pouvaient obtenir des terres ».

Les soixante-dix possesseurs fonciers coutumiers recensés ont consenti de céder définitivement des terres allant d’un hectare à plus de cinq hectares au profit de 164 femmes – leurs épouses, sœurs, filles, belles-filles. Celles-ci attendent la délivrance de leurs attestations de possession foncière rurale par le service foncier rural de la commune de Cassou.

Réticents au départ, certains hommes se réjouissent déjà des changements positifs. Babou Nignan est un paysan à Niessan. Il raconte : « Depuis que j’ai donné 2 hectares à chacune de mes deux épouses, je constate qu’elles partent au champ plus tôt qu’avant ». Il est maintenant convaincu que la famille bénéficiera financièrement parce que ses femmes possèdent leurs propres terres. Il explque : « Il y a par exemple une de mes femmes qui a déjà vendu 2 sacs d’arachide à 30 000 Francs CFA (62 dollars américains) ».

L’argument de certains hommes était que les femmes ne sont pas à mesure de cultiver sur des superficies importantes, donc ce n’était pas nécessaire de leur donner des terres. Mais, décidées à prouver à leurs époux qu’elles sont à mesure d’exploiter au mieux leurs nouvelles terres, certaines femmes sont allées travailler sur des chantiers forestiers pour avoir un peu d’argent pour mieux aménager leurs champs.

Mme Ido raconte : « Aujourd’hui nous voulons montrer aux hommes que les terres que nous avons demandées, c’est vraiment pour cultiver ».