Afrique du Sud : Une nouvelle politique contre les activités à caractère haineux défend l’orientation sexuelle et l’identité sexuelle (IPS)

| mars 3, 2014

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Thembela est l’une des nombreuses lesbiennes terrifiées en Afrique du Sud.  Elle explique : « Chaque jour, je vis dans la peur d’être violée ».

La cinéaste de 26 ans, qui parle ouvertement de sa sexualité, dit qu’elle court un grand risque d’être agressée par des hommes résolus à « corriger » son orientation sexuelle.

Elle dit : « Je vis avec ma partenaire et nous vivons seules. Beaucoup de jeunes hommes de mon quartier le savent et à tout moment ils pourraient venir et défoncer notre porte et nous violer. Ils arrivent généralement en bandes et nous serions incapables de les arrêter. Bon nombre de mes amies ont été violées parce qu’elles sont lesbiennes. Ce n’est pas inhabituel ».

Les rapports de « viol correctif » sont fréquents en Afrique du Sud. Les personnes lesbiennes, homosexuelles, bisexuelless, transgenres et intersexuées (LGBTI) sont souvent la cible. Cependant, le nombre de femmes et d’hommes qui ont été violés ou même assassinés en raison de leur orientation sexuelle est inconnu.

Le ministère de la Justice et du Développement constitutionnel de l’Afrique du Sud espère combler un tel manque de données par le biais de son nouveau cadre politique sur la lutte contre les crimes haineux, les discours à caractère haineux et la discrimination injuste.

John Jeffery est un sous-ministre au sein du ministère. Il dit que la politique est le fondement de ce qui deviendra plus tard une loi. Elle vise à envoyer un message clair que les crimes haineux ne seront pas tolérés en Afrique du Sud. La nouvelle loi créerait une catégorie pénale à part pour les crimes haineux, y compris les agressions homophobes et les discours de haine.

Ingrid Lynch est la coordonnatrice en matière de recherche, de plaidoyer et de politiques pour le groupe de pression situé à Cape Town, Triangle Project. Elle dit que la nouvelle loi répondrait au « besoin  urgent » de dresser un portrait de l’étendue de la violence et des crimes haineux contre les personnes LGBTI.

Mme Lynch dit : « Sans une catégorie de crime qui reconnaît l’influence des préjugés homophobes sur la violence contre les personnes LGBTI, il n’y a aucun espoir de collecte systématique de données et de suivi du problème. Ce que nous savons actuellement n’est que la pointe de l’iceberg ».

Le professeur Pierre de Vos est un spécialiste du droit constitutionnel. Il prévient que les lois à elles seules « ne peuvent changer les attitudes haineuses des gens ». L’Afrique du Sud a déjà plusieurs lois progressistes qui protègent les droits des personnes LGBTI, y compris la légalisation du mariage de personnes du même sexe. Or, il dit que, dans la pratique, ces lois font peu pour protéger les gens de plus en plus confrontés à la violence et à la victimisation.

Sibusiso Kheswa est le coordonnateur du plaidoyer pour Gender Dynamix, la première organisation africaine se concentrant uniquement sur ​​les droits des personnes transgenres. M. Kheswa dit que la source du problème est que le système n’aide pas les victimes. Il dit que cela amène les victimes à ne pas signaler les crimes en raison de « la peur de la victimisation secondaire par la police et d’autres acteurs dans le système de justice pénale ».

Johan Meyer est l’agent de santé pour le groupe de défense des droits des personnes LGBTI OUT situé à Johannesburg. Il se dit heureux de la mise sur pied du cadre politique et ajoute que ce dernier est une bonne mesure de la volonté politique en lien avec cet outil.

Il dit: « Je crois que cette fois-ci … il y a un réel engagement au niveau national du ministère de la Justice et du Développement constitutionnel ainsi que de [la police] et de l’autorité nationale chargée des   poursuites ».

De retour à la maison, Thembela et sa partenaire verrouillent leurs portes à l’aide de trois verrous et s’aventure rarement à l’extérieur la nuit. Thembela garde espoir que la nouvelle loi lui permettra un jour de vivre sans peur.

« Si nous avions notre propre loi à nous pour nous protéger, une loi qui punirait vraiment ces jeunes hommes-là de nous avoir violées, peut-être qu’ils y penseraient à deux fois avant d’agir. Et s’ils y pensent à deux fois avant d’agir, peut-être qu’ils s’arrêteront et que je pourrai arrêter d’avoir peur tout le temps », d’ajouter Thembela.

Note du rédacteur : Le nom de famille de Thembela n’a pas été mentionné en vue de protéger son identité.

Pour lire l’article intégral sur lequel l’histoire était basée, cliquez sur http://www.ipsnews.net/2014/02/south-africas-law-stop-hate-crimes-love/?utm (en anglais seulement).