Afrique de l’Ouest : Les gouvernements brident les médias dans le contexte d’Ebola (CPJ)

| mai 4, 2015

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Le premier samedi de novembre 2014, l’animateur sierra-léonais, David Tam Baryoh, a allumé le microphone pour son émission hebdomadaire diffusée par la station de radio privée, Citizen FM. Il ne savait pas que la diffusion d’un élément qui critiquait la gestion de l’épidémie Ebola l’aurait conduit en prison pour 11 jours.

Son émission, Monologue, a fait plus que diffuser la seule voix de M. Baryoh. L’émission proposait également des entrevues et des appels entrants d’auditrices et d’auditeurs. Aux dires des journalistes locaux, les critiques émises par l’émission à l’endroit du président sierra-léonais, Ernest Bai Koroma, sont peut-être la cause de l’arrestation de M. Baryoh. Ce dernier avait interrogé le porte-parole d’un parti de l’opposition qui avait critiqué la gestion de l’épidémie Ebola par le gouvernement.

Suite à la diffusion de l’émission, des policiers ont procédé à l’arrestation de M. Baryoh à son bureau sans aucun mandat. Kelvin Lewis est le président de l’association des journalistes de la Sierra Leone. Selon M. Lewis, la police a présenté plus tard à M. Baryoh un ordre du Président qui accusait l’animateur de susciter la colère des populations.

Selon un rapport de la Commission Économique des Nations Unies pour l’Afrique, « On doit encourager les organes de [presse écrite et audiovisuelle] africai[ns] … à fournir des rapports précis et étayés par des faits sur [Ebola]. Ils doivent faire de reportages sur les progrès enregistrés en ce qui a trait au recul de sa propagation et à la diminution de ses effets. »

Même si les médias doivent faire les reportages avec précision et éviter de stéréotyper l’Afrique comme une région en proie aux maladies et au désespoir, les journalistes guinéens, libériens et sierra-léonais qui se sont adressés au Comité pour la protection des journalistes ont déclaré qu’il ne suffit pas seulement de souligner les bonnes nouvelles sur les progrès réalisés dans la bataille contre Ebola.

Les taux d’alphabétisation sont bas en Sierra Leone et les journaux coûtent cher. Ainsi, selon un journaliste qui a souhaité garder l’anonymat, la radio est une source vitale d’informations. Il ajoute : Les gens préfèrent les organes de presse privés parce que nous posons des questions [sur des sujets] qui les concernent. »

Anjali Manivannan travaille pour la Medi Foundation for West Africa. Elle soutient que les stations de radio communautaires jouent un rôle essentiel en ce qu’elles offrent aux leaders communautaires, bénéficiant de la confiance des populations, la possibilité de s’adresser directement aux populations de la région.

Mme Manivannan affirme que lorsque des concitoyens respectés parlent d’Ebola, de ses symptômes, des méthodes de prévention et de confinement, ils peuvent être plus efficaces que les autorités gouvernementales. Elle poursuit : « Les gens ont ……… très peu confiance au gouvernement. »

Mustapha Dumbuya est journaliste radio en Sierra Leone. Il est convaincu qu’une presse indépendante et fiable doit poser des questions et amener les gouvernements à rendre compte. Toutefois, comme le démontre l’expérience de M. Baryoh, le simple fait même de soulever ce type de questions sur les ondes peut avoir un coût dans le contexte actuel.

M. Dumbuya soutient que le message est clair pour les autres journalistes sierra-léonais : il faut s’auto censurer ou prendre le risque de se faire arrêter.

M. Baryoh déclare qu’aucune accusation n’a été portée contre lui, mais qu’il doit se rendre chaque semaine à la police qui a confisqué son passeport. Il déclare : « Si vous n’avez pas de passeport, vous n’êtes pas libre. »

M. Baryoh hésite à se prononcer sur le dossier et sur ce qu’il a pu dire qui a provoqué de telles représailles rapides de la part du président. Mais son absence sur les ondes signifie qu’une des voix minoritaires en Sierra Leone soulève des questions essentielles et fait entendre les préoccupations des citoyen(ne)s.

Pour lire l’article duquel provient cette histoire intitulée « Dans le contexte d’épidémie Ebola, des gouvernements ouest-africains tentent d’isoler les médias, cliquez sur : https://www.cpj.org/2015/04/attacks-on-the-press-amid-ebola-outbreak-west-africa-isolate-media.php