1. Un conflit de quatre jours cause des perturbations à long terme dans l’industrie avicole (Par Lilliane Nyatcha, pour Agro Radio Hebdo, à Douala, au Cameroun)

| avril 21, 2008

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Assis sur un tabouret en bois dans le secteur poulet du marché Central de Douala, Maurice MOTSEBO visiblement s’ennuie. Le cinquantenaire devise néanmoins avec ses collègues. Il raconte qu’il a commencé son travail en aviculture en 1988 mais en février dernier, c’était la première fois qu’il constatait une telle perturbation dans l’industrie avicole.En fin février dernier, de violentes émeutes contre la cherté de la vie ont éclaté dans une trentaine de villes du Cameroun. Douala, la capitale économique, paralysée, a enregistré plusieurs morts par balles. Pendant quatre jours, les populations étaient terrées chez elles, incapables de circuler à cause des violences auxquelles s’étaient mêlées pillages et vandalismes.

Coincé à la maison et ne pouvant alimenter ses 46 poulets acquis à crédit deux jours avant le début de la crise, Maurice a découvert avec amertume à la fin de cette chaude période, qu’ils étaient tous morts. Mais, il doit tout de même rembourser son fournisseur Emmanuel KAMGAING.

Assisté d’un de ses collaborateurs, M. Kamgaing est occupé à décharger de sa camionnette les casiers de poulets. Il dit, presque résigné, qu’à la fin de la crise, il a retrouvé vivant et très mal en point que 200 des 1000 poulets qu’il était venu livrer le 25 février. Aucun de ses acheteurs habituels n’était au marché. Par peur de se faire arracher ses poulets par les pilleurs au retour, il les a gardés dans le magasin au marché. Affamés et assoiffés, ils sont morts.

Plus amer est Jean Marie KAMDEM, âgé d’une vingtaine d’années. Il est le président des nettoyeurs de poulets du marché Central de Douala. M. Kamdem confie que les quatre jours de grève ont été très difficiles pour les familles des nettoyeurs de poulet. Il dit qu’un poulet nettoyé égal 100 FCFA (environ 25 sous américains ou 0.15 Euros) empoché. C’est avec la recette journalière de 1000 ou 1500 FCFA (entre 2,50 et 3,75 dollars américains ou entre1,50 et 2,25 Euros) qu’il achète de la nourriture pour sa famille.

Encore plus durement frappé a été François DJONOU. Producteur et Secrétaire Général de l’Interprofession Avicole du Cameroun, il explique que la filière n’a toujours pas reçu l’aide promise par les autorités suite aux pertes nées de la psychose de la grippe aviaire. Il dit également que la grippe aviaire était un coup dur pour l’industrie et que la grève est venue assommer l’aviculture. Comme presque tous ses collègues, cet éleveur vit loin de ses fermes. Ne pouvant s’y rendre pendant la grève, il a perdu la totalité de sa production hebdomadaire durant la semaine de crise.

M. Djonou a perdu 46 000 poussins d’un jour car il n’a pu ni les nourrir ni les livrer. Une situation qui a crée une rupture dans la chaine de production et de distribution.
Près de deux mois après la crise, les effets se font sentir et le retour à la normale se fait attendre.Sur les marchés, les prix des poulets ont quasiment doublés.

Les fermiers comme les membres de l’interprofession avicole du Cameroun, surpris par l’ampleur de la crise, disent ne pas savoir comment prévenir ce genre de situation à l’avenir ou comment protéger leurs animaux si cela ce produit à nouveau. Certains parlent d’emmagasiner plus de nourriture, mais lorsque les perturbations ont commencé, le problème se posait au niveau de l’accès aux fermes où sont stockés les provendes et non celui d’un manque de ces fournitures.