1. Soudan : La communauté de Madi conteste l’appropriation de terres (écrit par David De Dau, pour Agro Radio Hebdo, à Juba, au Sud-Soudan)

| février 22, 2010

Téléchargez cette nouvelle

Beatrice Okayo est debout devant sa cuisine, s’apprêtant à aller cultiver son champ. Elle nettoie la boue sur les lames de ses outils agricoles. Non loin se trouve la petite parcelle de terre où elle cultive du manioc et du maïs. Mme Okayo pointe du doigt une autre parcelle de terre.

«Vous voyez la parcelle de terre, de là à là? Un soldat de la Sudan People’s Liberation Army (SPLA) me l’a prise par la force », explique-t-elle.Mme Okayo vie sur une des fermes de Nimule. Nimule est le chef-lieu de la communauté de Madi, dans le sud du Soudan, à la frontière avec l’Ouganda. Au cours de la guerre civile au Soudan, la communauté de Madi a accueilli des soldats de la SPLA et des milliers de personnes déplacées de leurs foyers par la violence. Mme Okayo avait hébergé un soldat sur une partie de sa terre. Le chef de la communauté de Madi, Alfred Gore, ne pense pas que le système juridique pourra résoudre le problème. Il affirme que la communauté est prête à manifester si le gouvernement du Sud-Soudan n’agit pas en leur nom.

Un accord de paix a été signé au Soudan en 2005. Les personnes déplacées par la violence sont rentrées chez elles. Mais à leur retour, de nombreux Soudanais du Sud ont trouvé que leurs terres avaient été illégalement prises. Les terres de Madi sont connues pour être fertiles et sans moustiques. Elles sont donc très convoitées.

Mme Okayo a demandé au soldat qui occupait sa terre de partir. Mais il a refusé. Il a menacé de la tuer si elle le signalait aux autorités. Mme Okayo dit que beaucoup d’autres personnes ont vu leur terre ainsi saisie à Nimule.

Un autre cas implique une compagnie pétrolière somalienne. Cette compagnie a construit des stations d’essence sur des terres réservées à la production agricole. Il est allégué que le Major Général Wilson Deng aurait vendu des terrains à des investisseurs somaliens.
La communauté de Madi était déterminée à mettre fin aux activités de cette compagnie somalienne. Les anciens de la communauté ont convoqué M. Deng, mais il a refusé de se présenter.

La communauté a constitué un groupe de suivi sur la question, dirigé par leur chef, Alfred Gore. Ils ont publié un communiqué de presse, espérant inciter le gouvernement du Sud-Soudan à intervenir. Le Juba Post a publié la déclaration de la communauté. M. Deng a fait arrêter le journaliste qui a publié l’article. Le journaliste a été libéré avec l’aide de défenseurs de la liberté de la presse.

Agro Radio Hebdo a contacté M. Deng à son domicile, à Juba, pour avoir ses commentaires. Il a dit qu’il avait lutté pour les droits de la population du Sud-Soudan avec la SPLA. « Comment puis-je tourner le dos aux mêmes principes de libération pour lesquels j’ai risqué ma vie? » a-t-il demandé. M. Deng a rejeté les accusations portées contre lui, disant qu’on tentait de souiller son nom.

Au moment de la publication de cet article en juin 2009, M. Deng n’avait pas encore comparu en cour pour répondre aux accusations de détournement de terres. Il était clair pour la communauté de Madi que le nombre d’accaparement de terres augmentait et que le gouvernement du Sud-Soudan n’avait pas encore formulé de politiques pour arrêter ces pratiques.

Le chef de la communauté de Madi, Alfred Gore, ne pensait pas que le système juridique pourrait résoudre le problème. Il affirmait que la communauté était prête à manifester si le gouvernement du Sud-Soudan n’agissait pas en leur nom.