AFIA FM : Une gestion au féminin pour plus de reconnaissance

27 May 2019
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Vendredi, 17 h a sonné à Grand Yoff, une commune populaire au centre de Dakar. L’équipe d’AFIA FM s’accorde une pause bien méritée. Depuis les petites heures du matin, les animateurs et les animatrices se sont succédé au micro dans les trois studios de la station captable jusqu’à la ville de Thiès, à quelque 75 kilomètres de la capitale. À la tête de l’équipe, deux femmes dévouées à la libre expression et à la circulation des idées citoyennes.

Depuis 2003, un regroupement de femmes à l’esprit bouillonnant cherchait à offrir une voix aux femmes dans la communauté. Et ce, dans toutes les langues locales du Sénégal – en diola, malinké, pular, sérère, soninké et wolof – ce qui est une dimension centrale pour Faye N’Diaye, responsable des programmes. Formée en journalisme et en communication, son dynamisme pour le milieu radiophonique est perceptible par sa voix charismatique profonde et sa soif de défi.

En 15 ans de vocation, la brave femme affronte plusieurs défis dans un milieu dominé par les hommes sur les ondes radiophoniques. L’auditoire sénégalais accorde encore une plus-value aux points de vue au masculin. Alors bien que les radiodiffuseurs et les radiodiffuseuses d’AFIA FM abordent un large éventail de préoccupations politiques et sociétales, madame N’Diaye a réussi à instaurer un modus operandi hors norme dans la détermination des rôles de chacun au micro : les femmes animent les émissions thématiques et les hommes, les émissions musicales. Une émission thématique dresse par exemple, le portrait de femmes d’affaires à qui on donne une voix sur les ondes pour partager leurs initiatives avec l’auditoire.

Madame N’Diaye n’est pas la seule à diriger AFIA FM. Depuis 2011, elle travaille avec la directrice de la station, Penda Ngane Sougou, et les deux gestionnaires forment un duo performant. Madame Sougou explique leur raison d’être : « Notre mission est de donner la parole aux sans-voix, dans tous les domaines de la vie en société. » Elle explique que les médias font souvent la promotion des mêmes voix et des mêmes idées, et qu’il est important d’encourager les femmes à s’exprimer et de faire entendre une plus grande diversité d’idées, et pas celles des hommes uniquement.

La zone du Grand Yoff est un melting pot de plusieurs ethnies s’exprimant dans une multitude de langues. Pour se connecter avec l’auditoire, madame Sougou affirme qu’elle doit les écouter d’abord pour comprendre les sujets sensibles à leur réalité. Par exemple : les embûches à leur vie familiale, les rapports conjugaux ou les aspirations de la jeunesse. Une programmation innovante nécessite la diffusion d’une diversité d’émissions qui s’adressent à toutes les tranches d’âges. C’est ce que madame Sougou désigne comme « le domaine de la vie quotidienne. » Cela est un supplément aux émissions portant sur la politique, l’alimentation, l’artisanat, et les bonnes pratiques d’hygiène qui mobilisent les 7 à 77 ans.

De la programmation à la direction, une démarche commune anime madame N’Diaye et madame Sougou. Elles privilégient le recrutement de radiodiffuseuses : des femmes de tête qui mordent dans l’action dans un monde d’hommes. C’est leur cri de ralliement.

En tant que radio communautaire, au Sénégal, AFIA FM doit trouver les moyens de s’autofinancer. L’État ne leur verse qu’un mince revenu qui éponge seulement les frais de déplacement et un faible pourcentage des frais de fonctionnement. Madame Sougou explique : « AFIA FM fait toujours face à des manques de fonds parce que l’État ne lui accorde pas de soutien suffisant. En tant que radio communautaire, nous ne pouvons diffuser de publicité en échange de revenus. »

Afin de pallier cette situation, madame Sougou cherche des revenus dans ailleurs, y compris en nouant des partenariats avec des ONG. Elle ajoute : « Sans partenaires au Sénégal, cela peut être très difficile pour une radio communautaire en termes de ressources et d’équipement. »

Malgré ces difficultés de financement, mesdames N’Diaye et Sougou se tournent vers l’avenir, elles caressent chacune le rêve de voir s’ériger une station télé communautaire AFIA pour obtenir une plus large visibilité sociale. Leur « bijou » de station, terme qu’elles utilisent pour qualifier leur sentiment d’appartenance, elles ne l’abandonneront jamais, malgré les écueils. Leur plus grande fierté est de voir les stagiaires qu’elles ont formés réussir et aimer ce qu’elles font.

AFIA FM est devenue récemment un partenaire de radiodiffusion de Radios Rurales Internationales. Toute station de radio ou toute organisation qui travaille avec la radio peut devenir un partenaire de radiodiffusion en remplissant simplement l’entente de participation. Pour avoir de plus amples renseignements, cliquez sur www.farmradio.fm.