Que recherchent les femmes rurales?

17 Décembre 2018
A translation for this article is available in English

Cette tribune libre a été écrite par Caroline Namara, journaliste à Radio Bushenyi FM et travailleuse sociale dans la région rurale éloignée de Bushenyi, à l’ouest de l’Ouganda. Elle détient des informations de première main sur les nombreuses difficultés des femmes rurales, des agriculteurs et des agricultrices, et produit des écrits sur les actions à mener pour mobiliser et rendre autonomes les femmes rurales.

Les femmes rurales souffrent. Ce sont elles qui pratiquent l’agriculture de subsistance en majeure partie dans mon pays. Elles travaillent dur également, mais ont très peu de résultats à présenter.

Alors que recherchent les femmes rurales?

Des informations. L’agriculture est leur principal domaine d’activité, mais elles n’ont pas les informations élémentaires sur les meilleures façons de produire et entretenir leurs cultures. Les femmes de ma communauté cultivent pour leur subsistance quotidienne et non pour des gains ou des activités commerciales de plus grande envergure. Elles investissent peu, consomment les cultures et c’est tout. Toutefois, elles doivent gagner de l’argent pour subvenir à leurs besoins.

Pourquoi les informations sont-elles si importantes?

Un de leurs problèmes, c’est que leur sol n’est pas fertile parce qu’elles cultivent [les mêmes] denrées chaque saison, et ce, une année après l’autre. Par conséquent, le sol perd sa fertilité, et devient moins productif par la suite.

Ces femmes vivent dans des zones éloignées et n’ont pas accès à Internet ou même parfois aux téléphones cellulaires. Donc, elles ne disposent d’aucune information sur l’application des engrais. Elles ignorent qu’elles peuvent améliorer la fertilité de leurs exploitations agricoles.

Les femmes veulent des renseignements sur les meilleures pratiques agricoles. Elles recherchent des technologies pour éviter d’être limitées.

La préparation du sol prend du temps. La technique qu’elles utilisent leur fait perdre du temps. Elles ont besoin de techniques qui leur permettent d’économiser en temps et en main-d’œuvre. Elles utilisent de petites houes pour cultiver une petite parcelle de terre. Il faut beaucoup de temps à une femme pour [cultiver] une acre de haricot au moyen d’une petite houe. En fait, il lui faudra trois semaines ou même un mois avec une petite houe. Cela n’inclut ni les semailles ni la récolte. Pour qu’une femme récolte un sac de haricot, il lui faudra trois ou quatre mois. Pensez à une personne qui possède un tracteur : cela pourrait prendre une journée. C’est ce dont une femme a besoin.

Les femmes doivent aussi être outillées en matière de relations hommes-femmes. Il faut les rapprocher les uns des autres. Dans ma communauté, les femmes n’ont pas le droit à la terre, par conséquent, tout ce qu’elles produisent ne leur appartient pas. Elles consacrent une si grande partie de leur temps et leur énergie et n’ont rien en retour. Rien ne leur appartient. À la fin de la journée, ce sont les hommes qui commercialisent leurs produits. Une fois qu’une femme a récolté ses denrées, elle ne sait pas où va l’argent.

Par conséquent, elle ne contrôle rien. Cela frustre plusieurs femmes.

Comment les gouvernements et les leaders aident-ils les femmes rurales?

L’agriculture est la principale ressource de la majorité des pays en développement. Elle est la source de revenus, ainsi que la principale source de nourriture. L’agriculture est une des principales industries de l’Ouganda et elle emploie 60 % de la main-d’œuvre.

Toutefois, les gouvernements doivent connaître les contraintes des femmes rurales. Notre gouvernement a un programme nommé « Operation Wealth Creation » (Opération pour la création de la richesse). Il s’agit d’un bon programme. Le gouvernement distribue des intrants tels que des semences, des poules ou vaches aux agriculteurs et aux agricultrices. Mais il exige de ces derniers qu’ils construisent un poulailler ou une étable avant de leur donner ces intrants.

Cette situation est problématique. Souvenez-vous, les femmes rurales n’ont pas d’argent pour faire ces choses. Elles sont incapables de satisfaire ces exigences avant d’obtenir des intrants. Par conséquent, les femmes demeurent pauvres en raison de cette barrière. Si une femme ne dispose ni d’argent ni de ressources, aucun programme ne lui sera utile.

Les femmes et les filles ont besoin d’instruction. Si une femme de ma communauté n’est pas instruite, même si vous lui transmettez des informations, elle ne les comprendra pas. L’éducation aide les femmes à surmonter leur statut d’infériorité et leur permet d’avoir la certitude qu’elles peuvent le faire.

Il existe beaucoup de stéréotypes dans ma communauté. Ceux-ci doivent être éliminés et l’éducation peut y contribuer. Être éduquée est la meilleure chose pour toutes les femmes rurales.

Les femmes veulent bien rester dans l’agriculture. Elles sont fières d’être des agricultrices, mais seulement si elles sont autonomes : à savoir si elles ont l’information, si elles peuvent accéder à la terre, et si elles peuvent contrôler les ressources (la façon dont leur argent est utilisé). Si elles peuvent réaliser tout cela, elles seront ravies de s’accomplir dans l’agriculture et de contribuer à nourrir leurs nations.

Caroline Namara est une partenaire de radiodiffusion de Radios Rurales Internationales et a participé à notre projet « Voix au féminin. » Elle a récemment assisté au Festival international du journalisme en Italie, où elle a fait une présentation sur l’amplification des voix des femmes rurales. Cet article a été initialement publié sur le blogue du Fonds international de développement agricole (FIDA). L’article original est disponible ici : https://www.ifad.org/web/latest/blog/asset/40280926.