Projecteurs sur Hadiza Abdoulkarim, lauréate du Prix des communications George Atkins

09 Octobre 2017
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Hadiza Abdoulkarim hurla, laissa tomber son sac et retourna à toute vitesse à la station de radio. Elle faisait des courses avec une amie lorsque son patron l’a appelé pour lui annoncer qu’elle avait remporté le Prix des communications George Atkins.

Elle se rappelle : « J’ai crié de joie. Les gens me regardaient, mais je faisais comme si rien ne se passait et j’ai couru jusqu’à la radio. Là-bas, avec mes collègues, nous avons fait même encore plus de bruit. »

Mme Abdoulkarim réalise et anime des émissions agricoles à Radio Dallol FM, à Balleyara, à environ 100 kilomètres au nord-est de Niamey, la capitale du Niger. Les auditeurs et les auditrices reconnaissent sa voix lorsqu’elle se rend dans leurs villages, et demandent à la voir par son nom lorsqu’ils vont à la station de radio pour demander de l’aide.

Ce lien avec son auditoire est ce qui rend le travail de Mme Abdoulkarim si gratifiant pour elle. Elle déclare : « J’adore ce travail, car j’ai l’impression d’être une personne qui apporte de la lumière, qui aide les gens à sortir des ténèbres grâce à mes reportages et aux informations que je diffuse. »

Cette journaliste trilingue est récipiendaire de nombreux certificats décernés par des associations de médias et des organisations non gouvernementales durant ses six années de carrière à Radio Dallol FM. Mais il n’a pas été facile pour elle de faire carrière en journalisme. Elle a commencé son premier stage en radiodiffusion à 33 ans, avec un jeune enfant, un niveau d’études primaires et un passé de couturière. Après quatre années de dur labeur, elle a décroché un poste permanent.

Elle fait l’objet de harcèlement et de menaces lorsqu’elle se rend sur le terrain pour réaliser des interviews. Des membres de sa famille critiquent son choix de carrière. Mais cela ne l’empêche pas de diffuser ses histoires à l’antenne.

Elle explique : « C’est une situation complexe, car nous avons un mélange de religions, de traditions et d’autres facteurs qui défavorisent les femmes. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un véritable changement de mentalité. »

Un jour, une femme s’est rendue à la station pour demander à voir Hadiza. Cette agricultrice était angoissée parce que les chenilles détruisaient ses cultures. Après avoir visité son champ, Mme Abdoulkarim a été désignée pour réaliser des émissions spéciales sur le problème, y compris des interviews avec des responsables de la santé et de l’agriculture, ainsi que des paysans et des paysannes.

Mme Abdoulkarim revoit cette occasion comme dans point décisif dans sa carrière : « Quand j’ai commencé à enregistrer l’émission, je m’asseyais devant le micro et me posait la question suivante : ‘Cette émission radiophonique apportera-t-elle un changement?’ »

Le changement est ce qui encourage Mme Abdoulkarim à poursuivre son travail, même lorsque celui-ci est difficile. Elle ajoute : « Le métier radiophonique est un travail d’équipe. Cela a un impact important sur les agriculteurs. Là où nous vivons, il se pourrait que les gens ne suivent pas les instructions d’un service technique, mais qu’ils pratiquent ce qu’ils entendent à la radio. »

Radio Dallol FM s’est associée à Radios Rurales Internationales pour produire des émissions sur le niébé, le genre et la chaîne de valeur des petits ruminants tels que les chèvres et les moutons. En qualité de principale animatrice de ces émissions, Mme Abdoulkari voit l’impact de la radio sur les communautés qu’elle sert.

« Un jour, je me trouvais à sept kilomètres de Balleyara, dans un village qui s’appelle Winditan, où je préparais un reportage. Avant de commencer, une femme s’est approchée de moi et m’a dit que ma voix ressemblait à celle de Hadiza Abdoulkarim. J’ai répondu : ‘C’est moi.’ Elle m’a invité chez elle, et elle m’a montré des documents. Elle a déclaré que grâce à nos émissions, elle était partie et avait obtenu les titres fonciers de son exploitation agricole. Elle m’a ensuite raconté que n’eussent été ces documents, un de ses cousins aurait vendu l’exploitation la semaine précédente. »

Pour ce qui est de l’avenir, Mme Abdoulkarim espère continuer à s’instruire pour devenir une meilleure journaliste, et un jour, directrice d’un organe de presse.

Chaque année, Radios Rurales Internationales décerne le Prix des communications George Atkins aux radiodiffuseurs et aux radiodiffuseuses qui se distinguent par l’offre d’excellentes émissions visant à aider les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales à nourrir leurs familles et accroître leurs revenus. Ce prix porte le nom de feu Dr George Atkins, fondateur de RRI.