RDC : En l’absence de méthodes de contrôle sûres, les paysans testent leurs propres techniques pour lutter contre la chenille « Boko Haram »

31 July 2017
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Dans la région de l’est de la République démocratique du Congo, 2016/ 2017 a été une mauvaise saison pour la plupart des paysans et paysannes. Une chenille surnommée Mtenkunya en langue locale a lourdement attaqué les cultures de maïs.

Les chercheurs pensent que ce pourrait être la même chenille qui cause des ravages en Afrique de l’Ouest, où les paysans et les paysannes l’ont surnommée Boko Haram, en référence au groupe violent qui sévit dans certains pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. À l’instar de Boko Haram, cet organisme nuisible surgit de nulle part, cause d’importants dégâts, puis s’évapore.

Cette chenille, connue également sous le nom de légionnaire d’automne, a été vue pour la première fois en Afrique, au Nigéria, en janvier 2016. Son nom scientifique est Spodoptera frugiperda. Cet organisme nuisible se propage très vite et touche aujourd’hui plusieurs pays d’Afrique australe, de l’Est et de l’Ouest. En août 2016, les organes de presse béninois ont déclaré que cet insecte nuisible avait détruit entre 30 000 et 40 000 hectares de maïs au nord du Bénin.

La chenille se nourrit la nuit et a une préférence pour le maïs, mais elle peut se nourrir également de centaines d’autres plantes, dont le mil, le sorgho, le riz, le blé, la canne à sucre, le niébé, les arachides, les pommes de terre, le soja et le coton. Il est facile de reconnaître les plants de maïs qui sont attaqués par cette chenille. Leurs feuilles sont remplies de trous, jaunissent et tombent parfois.

Face au légionnaire d’automne, les agronomes recommandent aux paysans qui possèdent de petites parcelles de prélever manuellement les chenilles et de les écraser avec les doigts.

Les paysans et les paysannes indiquent que les chenilles attaquent les plants de maïs 30 à 45 jours après les semis. Après 45 jours, les chenilles se fraient un chemin dans la tige. Les agriculteurs et les agricultrices qui ont de petits lopins doivent régulièrement surveiller tous leurs plants pour s’assurer qu’il ne se cache à l’intérieur aucune chenille qui pourrait se propager aux plants non touchés.

Au Niger, les producteurs et les productrices utilisent du pyréthrinoïdes ou des insecticides organophosphatés contre le légionnaire d’automne. Ces produits doivent être, soit inhalés par l’insecte, soit toucher directement le corps de ce dernier pour être efficaces. Mais les chenilles les plus grosses et adultes se nourrissent à l’intérieur du plant de maïs, et ces types d’insecticides ne parviennent pas à les atteindre.

En attendant que les experts trouvent d’autres solutions, certains agriculteurs et agricultrices prennent des initiatives personnelles et testent leurs propres méthodes.

Certains répandent de la cendre ou la terre sur les parties de la plante où se nourrissent les grandes larves. D’autres pulvérisent des insecticides biologiques fabriqués à base des feuilles de Tephrosia ou de Neem mélangé avec du savon en poudre.

Certains agriculteurs et agricultrices pensent qu’ils auront de meilleurs résultats en semant la variété locale Kameta et la variété hybride Babungo.

D’autres paysans et paysannes croient que la diversification des cultures, par exemple : en cultivant en relais le haricot commun ou le soja avec le maïs peut fonctionner ou que l’augmentation de la densité des semis du maïs de bas-fond peut limiter le risque de prolifération du légionnaire d’automne.