Projecteurs sur les traductions : Utiliser la bonne terminologie (Trust)

19 Juin 2017
Une traduction pour cet article est disponible en English

Lorsque les agriculteurs du nord du Burkina Faso parlent de direction du vent, ils font référence à la direction dans laquelle celui-ci souffle. Cependant, l’agence de météorologie burkinabé catégorise les vents en fonction de la direction d’où ils proviennent.

Cela signifie que, lorsque les météorologues locaux donnent un avertissement de vents d’ouest violents, les agriculteurs constatent qu’un vent d’est souffle en rafales, et cela minent leur confiance dans les prévisions.

Mais un nouveau manuel a été publié pour résoudre ce problème et aider les agriculteurs à développer une meilleure résistance au changement climatique. Ce manuel traduit les termes français et anglais généralement utilisés pour les prévisions météorologiques dans les langues locales du nord du Burkina Faso, et en fonction de la culture de cette région.

Par exemple : le manuel traduit le terme français et anglais  éclipse » qui signifie « disparition totale ou partielle du soleil ou de la lune  dans le terme beaucoup plus coloré que les agriculteurs burkinabé utilisent pour décrire ce phénomène.

Malick Victor est un journaliste tchadien qui pilote l’élaboration du manuel de traduction. Il explique :  Si sur les ondes d’une radio locale je veux faire l’annonce d’une éclipse, je dois déclarer que, demain, selon les prévisions, le chat attrapera la lune ou le soleil.

Il ajoute :  En ce moment, la terminologie utilisée [par les météorologues] est trop technique, et ne convient pas aux agriculteurs. Mais si nous communiquons ces termes aux agriculteurs d’une façon dont ils peuvent les comprendre, ils pourront les utiliser.

Le manuel est un dictionnaire contenant plus de 500 termes météorologiques en français et en anglais, avec leurs traductions en moore, fulfulde et gourma, les trois langues les plus parlées au nord du Burkina.

Pour régler les problèmes de traduction, monsieur Victor a rassemblé des agriculteurs, des journalistes de stations de radio locales, des responsables communautaires et des agents de l’agence météorologique. Pendant deux jours, ils ont examiné 517 termes clés qui avaient besoin d’être mieux traduits.

Par exemple : les agriculteurs burkinabé ont très peu besoin d’utiliser des termes tels qu’« hiver » et « été ». Ils divisent plutôt l’année en des périodes marquées par différents types de pluviométrie et de vents, tels que la saison où souffle le vent chaud de l’harmattan en provenance du Sahara ou la période de mousson.

La diffusion des températures élevées prévues n’a également aucun sens pour les agriculteurs installés dans les régions rurales éloignées dépourvues d’indicateur de température.

Monsieur Victor affirme qu’il faut plutôt dire : « Si vous pouvez dire s’il s’agit d’une journée où vous pouvez aller à l’extérieur avec vos bêtes ou non, cela peut les aider. »

Il espère que ce manuel règlera les incompréhensions qui surviennent lorsque les météorologues accusent les journalistes de mal interpréter les renseignements météorologiques, et lorsque les journalistes accusent les météorologues d’être imprécis. À la fin, les agriculteurs ne sont plus certains de pouvoir croire aux informations qu’ils reçoivent.

Edmund Henley de l’Institut météorologique britannique a apporté une assistance technique. Il affirme qu’il ne s’agit pas du premier projet qui vise à traduire des termes complexes dans d’autres langues, mais que c’est le premier qui tente de traduire ces termes dans une langue compréhensible des populations. Monsieur Henley explique :  Il doit se poser la question suivante :  Quel message essayons-nous de faire passer?

Les promoteurs du projet songent désormais à développer des abréviations des termes clés aux fins d’utilisation sur les téléphones portables, car cela permettra de rendre les renseignements météorologiques beaucoup plus compréhensibles au moyen des messages textes.

Le présent article est inspiré d’un article de la Thomson Reuters Foundation intitulé : « When the cat catches the sun: Translated forecasts aim to aid Africa’s farmers.” (« Lorsque le chat attrape le soleil : des prévisions traduites visent à aider les agriculteurs d’Afrique. ») Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://www.reuters.com/article/burkina-climatechange-forecasts-idUSL8N1IB3DM et http://news.trust.org/item/20170509122212-lu2ys/