En lumière : Rubriques sur la santé diffusées à la radio après l’épidémie Ebola en Guinée (Internews)

15 Mai 2017
Une traduction de cet article est disponible en English

Durant l’épidémie d’Ebola qui a frappé la Guinée entre 2013 et 2015, l’attention de la nation était portée sur cette crise. Les grands médias, y compris les quotidiens, la télévision et la radio, ont couvert l’épidémie, et l’ONG Internews a créé Ebola Chrono, un programme de nouvelles radiophonique où on parlait des méthodes de prévention et des traitements de cette maladie.

Ebola Chrono diffusait plus de 300 émissions chaque jour en français et en langues locales. Les émissions étaient diffusées par 40 stations de radio à travers la Guinée.

Les auditeurs aimaient l’émission parce qu’elle leur fournissait les renseignements dont ils avaient besoin pour comprendre l’épidémie et éviter qu’elle nuise à leurs familles. Plusieurs auditeurs ont affirmé qu’elle avait influé sur la façon dont ils devaient prendre soin de leur santé. Ils ont également déclaré avoir aimé les interviews réalisées avec des gens ordinaires dans l’émission.

Cependant, quelle influence l’épidémie Ebola a-t-elle eue sur la Guinée? Pendant l’épidémie, le système de santé peu développé du pays a été submergé, et beaucoup de personnes ont arrêté d’aller chez les médecins pour les problèmes habituels. Les préoccupations sanitaires autres qu’Ebola ont été très négligés et très peu couverts.

Par conséquent, à mesure que la crise Ebola était jugulée, les journalistes d’Ebola Chrono ont élargi leur centre d’intérêt en vue d’attirer l’attention sur les problèmes de santé générale et amener les professionnels des médias à s’intéresser aux questions communautaires. L’émission est alors devenue Ebola Chrono Plus.

Alors, quels problèmes de santé couvrent-ils? Un de ces problèmes est : la drépanocytose. Le Dr Mamady Dramé exerce la médecine depuis plus de 40 ans et s’est récemment intéressé plus à la drépanocytose. Il s’agit d’une maladie héréditaire dont souffrent les Africains et les descendants d’Africains plus souvent que les autres. Le Dr Dramé déclare : « C’est la maladie dont les traitements coûtent le plus cher en Guinée et l’État n’offre aucune subvention. »

Ebola Chrono Plus a diffusé une tranche spéciale sur la drépanocytose, qui comporte une interview avec le Dr Dramé et un patient qui en souffre. Le Dr Dramé a fourni une expertise en tant « qu’invité du jour ». En effet, il a décrit la situation médicale et fournit un aperçu de la façon dont la Guinée s’en sort (ou non) avec le problème d’anémie qui prend de l’ampleur. Une conversation programmée pour 10 minutes a duré finalement 40 minutes, avec des détails sur les symptômes et d’autres aspects de la maladie.

Mohamed Bah est le journaliste qui a interviewé le Dr Dramé. Il déclare : « Je connaissais la maladie. J’en ai parlé avec des personnes qui en souffrent. Mais je ne savais pas que ça avait atteint cette ampleur en Guinée et que les traitements sont difficiles à obtenir. On apprend de nouvelles choses chaque jour dans ce métier. Chaque sujet médical a ses propres particularités. »

La couverture des problèmes de santé est importante pour plusieurs radiodiffuseurs, mais ils commettent souvent les mêmes erreurs, selon Jeremie Soupou, un formateur confirmé en interview. Il ajoute : « Souvent, les stations inscrivent un problème de santé dans leur programmation, mais trop souvent elles se contentent d’interviewer un médecin, généralement le même, dans le studio pendant une heure. » Il affirme que cela ne permet pas d’avoir des émissions intéressantes.

Les radiodiffuseurs qui travaillent sur Ebola Chrono et Ebola Chrono Plus quittent non seulement le studio pour aller interviewer des personnes concernées par les problèmes sur lesquels ils réalisent des reportages, mais ils font également en sorte que les émissions soient interactives. « A vous la parole » est une tranche dans laquelle il est demandé aux auditeurs d’appeler pour poser leurs propres questions d’ordre médical. Une équipe de médecins fournit des réponses directes et compréhensibles de tous.

Le journaliste Sidigbe Condé est très souvent le responsable de cette tranche. Il déclare : « Souvent, [les auditeurs] veulent qu’on leur explique quelque chose, mais ne savent pas où obtenir la réponse. Les gens hésitent souvent à aller à l’hôpital, par conséquent, ils finissent par demander conseil à des étrangers ou essaient juste différents types de médicaments. Avec « A vous la parole », ils peuvent obtenir les réponses qu’ils cherchent. »

Bien évidemment, il est important que les réponses soient faciles à comprendre, en particulier parce qu’elles sont diffusées à un grand public qui écoute souvent la version de l’émission en langue locale.

Comme le déclare M. Condé : « Les experts peuvent souvent utiliser des termes très techniques que même nous journalistes en santé ne comprenons pas, à combien plus forte raison des gens ordinaires pourront-ils tirer profit de leurs réponses. »

Les radiodiffuseurs qui travaillent avec l’équipe d’Ebola Chrono Plus savent qu’ils doivent servir leur auditoire, alors ils font l’effort de se renseigner auprès de leurs auditeurs et poser des questions en leur nom à des personnes pouvant mieux répondre à celles-ci, à savoir des experts ou des personnes ordinaires qui ont des expériences pratiques. Au bout du compte, ils travaillent pour produire des émissions instructives et divertissantes.

Le présent article a été produit à partir d’un article publié par Internews et qui s’intitule : « Don’t be afraid to ask: Addressing health questions in post-Ebola Guinea. » (N’ayez pas peur de poser des questions : parler des questions de santé après la crise Ebola en Guinée) Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : https://medium.com/local-voices-global-change/dont-be-afraid-to-ask-addressing-health-questions-in-post-ebola-guinea-dd705e12817d

 

Photo: Radiodiffuseur de Ebola Chrono parle avec un homme pour leur programme du santé  / Crédit: Internews