Tanzanie : Des éleveurs utilisent les informations météorologiques pour planifier la stratégie d’alimentation du bétail

06 January 2020
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Peter Kakanji se brosse les dents avec un cure-dents en guise de brosse à dents. Il scrute le ciel à la recherche de signes d’une pluie imminente, car il a entendu la nuit dernière à la radio qu’il se pourrait qu’il pleuve aujourd’hui. Il déclare : « Les pluies ont commencé tôt cette année et il continue de pleuvoir dans plusieurs localités du pays, suivant le modèle diffusé à la radio. »

Monsieur Kakanji est un éleveur qui vit dans le village de Mairowa, dans le district de Longido, à environ 90 kilomètres au nord d’Arusha, dans le nord de la Tanzanie. Il a un troupeau de 150 chèvres, 120 moutons et 80 vaches, mais il y a peu de pâturages.

Les risques qu’implique le déplacement du bétail d’un lieu à un autre à la recherche de pâturage incluent les maladies et les pertes d’animaux. Pour éviter ces problèmes, monsieur Kakanji s’inspire des informations météorologiques pour choisir le lieu où il peut entreposer une quantité suffisante de fourrage pour son bétail.

À l’instar d’autres éleveurs de sa région, monsieur Kakanji reçoit les informations météorologiques provenant de l’Agence météorologique tanzanienne sur son téléphone cellulaire, ainsi que d’une station de la radio communautaire Orkonerei Radio Service (ORS).

Monsieur Kakanji soutient que, comparativement aux bulletins météorologiques réguliers, les renseignements qu’il reçoit de l’ORS et par WhatsApp sont plus détaillés. Les agent(e)s de vulgarisation agricole fournissent des instructions par rapport aux pluies et aux bonnes pratiques agricoles recommandées, ainsi que des conseils sur la période de préparation des champs et des meilleures semences à planter.

Il déclare : « Les informations fournissent également des conseils stratégiques aux éleveurs, notamment [les] nomades, concernant les meilleures techniques à alterner lorsqu’ils recherchent des pâturages. »

Selon monsieur Kakanji, la région est de moins en moins arrosée chaque année, ce qui entraîne la raréfaction des pâturages et de l’eau pour le bétail. Le manque de pluies pousse les éleveurs à se déplacer d’une région à une autre. Mais en utilisant les informations météorologiques, ils parviennent désormais à deviner les lieux où trouver de l’eau et du pâturage.

Depuis des décennies, monsieur Kakanji et sa famille de 14 personnes pratiquent le système de pâturage traditionnel. Mais les modifications des régimes des pluies lui coûtent beaucoup, car sa famille se déplace d’un endroit à un autre.

Ces déplacements durent généralement deux ou trois mois. Pendant ces périodes, les éleveurs laissent leurs familles dans leurs lieux de résidence permanente. Monsieur Kakanji raconte que la pire chose avec les déplacements c’est que c’est durant ces périodes qu’ils perdent la majeure partie du bétail en raison des maladies que les bêtes contractent généralement dans les nouveaux pâturages.

Il déclare : « La mouche tsé-tsé est l’insecte le plus cauchemardesque que nous n’avons pas réussi à combattre et vaincre. »

Fulla Yassin est l’agent de vulgarisation agricole du district de Longido. À ses dires, les éleveurs ayant accès aux prévisions météorologiques sur leurs téléphones cellulaires sont informés des dernières prévisions météorologiques en temps réel qui leur indiquent où et quand il pleuvra. Monsieur Yassin soutient que les informations météorologiques de la radio les aident également à gérer la nourriture et l’eau de leur bétail.

L’émission radiophonique est diffusée pendant 30 minutes le vendredi à 21 h et rediffusée le samedi à 18 h.

Il ajoute : « Les messages radiophoniques et WhatsApp sont diffusés en swahili et en masai pour permettre à plus d’éleveurs de comprendre facilement le contenu … même s’il y a toujours des problèmes de mauvais signaux de communication subsistent. »

Outre les messages WhatsApp et les émissions radiophoniques, monsieur Yassin affirme que les éleveurs utilisent l’application mobile Afriscount conçue pour fournir aux éleveurs des cartes de pâturages localisés.

Il ajoute : « Cela leur permet également de prendre des décisions plus précises et plus rentables concernant la migration, d’améliorer la gestion des pâturages et leur collaboration, de réduire le risque de perte de troupeaux et, enfin, de transformer leur vie. »

Rahel Oleselea est veuve et mère de six enfants et quatre petits-enfants. Elle fait de l’élevage à Oletesi, un village du district de Longido. Pour elle, l’accès facile aux informations météorologiques au moyen de la radio et des téléphones cellulaires l’aide à savoir d’avance la quantité d’aliments qu’elle doit acheter pour ses animaux.

Elle explique : « Je comptais augmenter et conserver plus d’aliments pour mon bétail étant donné qu’il n’avait pas commencé à pleuvoir, mais ce n’est plus à l’ordre du jour. J’ai reçu des informations selon lesquelles il pleuvrait et on nous a conseillé de commencer à rentrer chez nous avec nos bovins. »

Les informations météorologiques, et en particulier les prévisions saisonnières, fournissent les renseignements de base pour un déplacement efficace des troupeaux, car les éleveurs peuvent prévoir les lieux où la terre et l’eau seront disponibles à un moment donné de l’année.

Monsieur Kakanji affirme tirer énormément profit des informations météorologiques, en particulier lorsqu’il doit décider du lieu où conduire son bétail pour trouver des pâturages.

Il explique : « En saison sèche, nous nous déplaçons généralement vers les terrains militaires d’Ongorika qui ne sont pas utilisés à des fins d’habitation ou agricoles. Lorsque les pâturages deviennent insuffisants, nous nous dirigeons vers Ngorika jusqu’à Mwita, à Monduli, en passant par les villages d’Esilalei, Naitorya et Msakini. »

La présente ressource a été financée par le Programme alimentaire mondial dans le cadre du projet « Climate and weather information services for farmers and pastoralists (CWIP). »