Malawi : Des femmes et des jeunes adhèrent à une coopérative pour accéder à de meilleurs marchés pour les arachides

30 September 2019
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Il est quatre heures du matin, mais Alice Kawaye est déjà debout dans sa maison recouverte d’un bon toit de chaume. Cette agricultrice de 38 ans lave ses ustensiles et prépare le petit déjeuner pour son mari et ses enfants. Après avoir terminé les travaux ménagers, elle dépose 10 sacs d’arachides dans une charrette, prête à aller rejoindre d’autres agriculteurs et agricultrices de sa coopérative. Ils attendent un acheteur au domicile d’un membre.

Madame Kawaye affirme éviter de vendre ses produits agricoles aux intermédiaires, raison pour laquelle elle vend par le biais de la coopérative. Elle explique : « Autrefois, j’avais l’habitude de vendre mes arachides aux distributeurs … Je gagnais peu comparativement à ce que j’investissais. Cela me freinait en tant que femme. »

Madame Kawaye est originaire de Ntandwe, un village du district de Ntchisi, à 50 kilomètres au nord de Lilongwe, la capitale malawite. Cette mère de quatre enfants a commencé à cultiver en 2010, mais son parcours de production d’arachides a été frustrant en raison du manque d’accès aux marchés.

Madame Kawaye a enregistré une grosse perte en 2016. Elle a voulu abandonner la culture des arachides au profit d’autres cultures. Elle récolta seulement cinq sacs d’arachides sur ses deux acres et demie, et se retrouva avec seulement 10 000 kwacha malawites (environ 13,50 $ US) après avoir vendu aux distributeurs.

Selon madame Kawaye, plusieurs femmes de sa région sont restées exclues de la commercialisation pendant de nombreuses années, et ce, même si elles jouaient un rôle crucial dans la production. Elle soutient que les rôles et les responsabilités définis par la société, les croyances et les normes culturelles stipulent que ce sont les hommes qui doivent gérer la commercialisation. Cela fait que les femmes méconnaissent les marchés lucratifs. Par conséquent, les femmes finissent par vendre de façon individuelle leurs arachides aux distributeurs, et ce, à de très bas prix.

Madame Kawaye explique : « En tant que femmes, il nous était impossible de vendre nos arachides sur de meilleurs marchés à cause de certains mythes dans la société, dont certains affirmaient que les femmes ne pouvaient pas effectuer de longues distances pour aller vendre des produits agricoles. En fait, les hommes croyaient jalousement qu’elles allaient rencontrer d’autres hommes en chemin ou au marché. »

Pour régler le problème de vente aux distributeurs, madame Kawaye et d’autres femmes ont adhéré à la Coopérative Langa. Elles en ont eu l’idée en écoutant des émissions radiophoniques réalisées par Farm Radio Trust et diffusées par trois stations de radio : Zodiak Radio, Maziko Radio et MBC Radio 1. Ces émissions racontaient qu’il était facile pour les femmes et les jeunes d’accéder à de meilleurs marchés s’ils formaient ou adhéraient à une coopérative.

Les coopératives peuvent aider les agriculteurs et les agricultrices à accéder à de meilleurs marchés ou obtenir simplement de meilleurs prix, car la vente collective signifie qu’ils peuvent offrir de plus grandes quantités et satisfaire les demandes des plus gros acheteurs.

Madame Kawaye affirme que, depuis son adhésion à la coopérative au début de cette année, elle a appris beaucoup de choses sur la commercialisation des arachides et ne vend plus aux distributeurs.

Katayeni Daniel est un agriculteur de 28 ans originaire du village voisin de Nthundu et il fait également partie de la Coopérative Langa. Il raconte qu’à l’instar des femmes, les jeunes agriculteurs et agricultrices de la région n’avaient pas également accès à de bons marchés, car ce sont les hommes plus âgés qui accaparaient généralement la commercialisation des produits agricoles.

Cependant, grâce à la coopérative, monsieur Daniel a désormais accès à des marchés offrant de meilleurs prix. Il affirme que l’appartenance à une coopérative lui est bénéfique en tant que jeune agriculteur.

Il explique : « Je peux maintenant scolariser mes enfants et nourrir ma famille avec ce que je gagne quand je fais vendre mes arachides par la coopérative. »

Il ajoute : « Avant, je gagnais 180 000 kwacha malawites (245 $ US) avec les arachides provenant de mes deux hectares de terre lorsque je les vendais aux distributeurs. Mais, maintenant, je gagne près de 250 000 kwacha malawites (340 $ US) parce que je vends par l’intermédiaire de la coopérative. »

Mike Khonjera est l’agent de vulgarisation agricole du district de Ntchisi. Il affirme que la coopérative aide les femmes et les jeunes à avoir accès aux bons marchés, contrairement à avant où ils étaient marginalisés.

Selon madame Kawaye, la coopérative l’aide avec la commercialisation et elle est heureuse de pouvoir maintenant jouir des fruits de son dur labeur sur l’exploitation au lieu de perdre de l’argent.

Elle explique : « Je peux désormais payer les frais de scolarité de mes quatre enfants et nourrir ma famille avec les bénéfices que je réalise quand je vends mes arachides à des sociétés comme la National Smallholder Farmers Association du Malawi qui vient dans notre région pour acheter chez nous par l’entremise de la coopérative. »

Uniterra est un programme réalisé par le consortium CECI-EUMC, qui travaille au Malawi avec des partenaires locaux dans les sous-secteurs du thé, des légumineuses et de l’élevage laitier pour aider les jeunes et les femmes à accéder à de meilleures possibilités économiques. L’objectif est de renforcer le pouvoir économique des femmes et des jeunes en développant leur esprit d’entrepreneuriat. Le programme Uniterra a accordé un financement et un soutien technique pour la production de cette nouvelle. Le CECI et l’EUMC sont appuyés financièrement par le gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca.