Malawi : Des agriculteurs séropositifs améliorent leur état nutritionnel grâce à l’agriculture mixte

22 July 2019
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Assis sous la véranda de leur maison recouverte d’une toiture en tôles ondulées, Clément Mbewe et ses deux enfants prennent le petit déjeuner préparé par Edith Mbewe, la femme de monsieur Mbewe. Ce dernier boit de la bouillie de soja, tandis que ses enfants prennent du thé avec du pain.

Il déclare : « Je prends de la bouillie de soja chaque jour au déjeuner, car c’est nourrissant pour une personne comme moi qui est séropositive. Le médecin m’a conseillé de manger des aliments nutritifs chaque jour pour renforcer mon système immunitaire. »

Monsieur Mbewe est originaire de Masitimale, un village du district de Ntcheu, à environ 200 kilomètres de Lilongwe, la capitale malawite. Il a été diagnostiqué séropositif en 2001. Après avoir reçu ce diagnostic, il perdit espoir et pensa que sa vie était terminée. Il ignorait complètement comment avoir l’alimentation équilibrée et nutritive prescrite par son médecin.

Davie Muhasuwa est le coordonnateur des soins antirétroviraux de l’hôpital du district de Ntcheu. Il soutient que les personnes vivant avec le VIH et le sida doivent consommer des aliments riches en vitamines et en minéraux pour renforcer leur système immunitaire, y compris des légumes, des fruits de la viande, des œufs, du lait, du poisson, des céréales, des noix et des avocats.

Monsieur Muhasuwa explique : « L’état nutritionnel et l’évolution du VIH sont fortement reliés. La malnutrition accélère l’infection par VIH. »

Après cinq ans de vie avec le VIH, monsieur Mbewe a trouvé la formule magique pour avoir des aliments sains à consommer. Il a adhéré au groupe de soutien Chitungu. D’autres membres séropositifs l’ont encouragé à pratiquer l’agriculture mixte, une approche qui consiste à produire des cultures et à élever du bétail.

Il explique : « Grâce au groupe, j’ai appris que lorsqu’on est séropositif, il faut améliorer son alimentation. J’ai commencé l’agriculture mixte avec ma femme afin d’améliorer notre situation nutritionnelle. »

Monsieur Mbewe commença à élever des animaux comme les poules, les porcs et les chèvres. Il se mit également à cultiver une variété locale de maïs riche en protéines à proximité de cultures comme les arachides, les patates douces à chair orange, le soja et les légumes.

Il ajoute : « J’ai trois hectares de terre où je produis maintenant différentes cultures… J’ai maintenant chez moi divers aliments indispensables pour mon alimentation. »

Selon monsieur Mbewe, l’agriculture mixte a non seulement aidé sa famille à améliorer son état nutritionnel, mais également les rendements de ses cultures. Il explique : « Depuis que j’ai commencé à pratiquer l’agriculture mixte, ma production a augmenté. Je récolte désormais plus de 100 sacs de maïs sur la même terre où j’avais l’habitude d’obtenir moins de 60 sacs. »

Arnold Kachitsotso est un autre agriculteur du groupe de soutien Chitungu. Il raconte qu’en 2005, l’agent de vulgarisation du gouvernement a appris l’agriculture mixte au groupe comme un moyen d’aider les membres à produire et à consommer des aliments nutritifs.

Monsieur Kachitsotso affirme que l’agriculture mixte permet aux agriculteurs et aux agricultrices d’avoir des champs qui produisent en permanence différentes cultures toute l’année, tout en élevant des animaux. Il ajoute que cela les aide à jouir d’une sécurité alimentaire et nutritionnelle chaque année.

L’agriculture mixte aide également monsieur Kachitsotso à économiser l’argent qu’il dépensait pour acheter des engrais chimiques coûteux. En effet, il cultive désormais des légumineuses telles que les arachides pour permettre à son sol de rester fertile.

Enifa Banda est une agente de vulgarisation agricole qui apprend aux agriculteurs et aux agricultrices du groupe de soutien Chitungu à pratiquer l’agriculture mixte et à préparer des aliments nutritifs. Elle déclare : « Je leur apprends également à préparer des repas équilibrés pour leur bonne alimentation, car les personnes séropositives doivent consommer tous les six groupes d’aliments. »

Au Malawi, il existe six catégories d’aliments, dont les légumes, les fruits et les légumineuses (la famille du haricot et des lentilles qui englobe le haricot, les arachides et les pois chiches). La quatrième catégorie est composée des céréales et des cultures vivrières telles que le manioc, le maïs, l’igname et les bananes plantains ou les bananes cuites. La cinquième comprend les huiles et les matières grasses telles que les huiles de cuisson et l’avocat. Et la dernière inclut les aliments d’origine animale tels que la viande de bœuf et les œufs, mais également les insectes et les rongeurs.

Monsieur Mbewe affirme que l’agriculture mixte lui profite, car d’une part son état nutritionnel s’est considérablement amélioré, et d’autre part son revenu a augmenté. En effet, il vend une partie des animaux qu’il élève.

Il déclare : « Ma vie n’est plus la même. Depuis que j’ai commencé à pratiquer l’agriculture mixte, ma famille ne souffre plus de faim, car nous avons suffisamment de nourriture. La variété de cultures que je produis aide également nos corps à se développer sainement. »