Tanzanie : Des agriculteurs emploient des méthodes traditionnelles et chimiques pour combattre les organismes ravageurs du maïs

27 May 2019
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C’est la saison pluvieuse dans le district de Karagwe, et l’agricultrice de 58 ans Jane Joseph se tient dans son champ de maïs, se demandant pourquoi ses cultures ne poussent pas bien. Elle se courbe pour observer des feuilles de maïs et aperçoit une chenille sur la plante.

Madame Joseph déclare : « Ces insectes nuisibles sont la conséquence du changement climatique. La sécheresse et la chaleur font qu’ils se multiplient. Nous cultivons beaucoup de maïs, mais ils en détruisent la majeure partie, entraînant ainsi d’énormes pertes. » Elle affirme que la chenille légionnaire d’automne ronge les tiges du maïs, et se réfugie dans les tiges et s’y cache.

Karagwe est une des localités de la Tanzanie qui produit beaucoup de maïs. Cette région a récemment subi une invasion de chenilles légionnaires d’automne qui a causé une baisse des récoltes et une famine en 2016 et en 2017. Les paysans et les paysannes de la région emploient plusieurs méthodes pour lutter contre la chenille légionnaire d’automne et d’autres organismes nuisibles, y compris des techniques traditionnelles et des pesticides chimiques. Toutefois, ces deux options ont des inconvénients. Il n’y a aucune garantie qu’elles sont efficaces, et il peut être difficile de ne pas obtenir les bonnes quantités ou le bon prix pour les deux.

Protas Patrice est le chef du village de Katanda. Lorqu’on lui demande quels insectes nuisibles il connaît, il déclare : « Je connais leurs noms dans la langue locale, nyambo. On les appelle mtobere et kamshokweine. Ce sont de petits insectes qui rampent sur les tiges et les perforent. Ils ont causé tellement de dommages dans ce village qu’environ 300 agriculteurs ont cessé de cultiver le maïs. »

Monsieur Patrice raconte n’avoir jamais utilisé de pesticides chimiques, car ils coûtent trop cher. « Je ne peux pas dépenser 50 000 shillings (22 $ US) pour acheter des pesticides, et cela ne suffirait même pas pour pulvériser toute l’exploitation. »

Catherine Kaungya vit dans le comté de Kihanga, et a toujours cultivé. Elle cultive du maïs, du haricot, des bananes et du café sur sa terre d’une acre. Madame Kaungya soutient qu’actuellement la majorité des agriculteurs et des agricultrices utilisent de la cendre et de la terre pour combattre les insectes nuisibles. Elle-même mélange la cendre avec de la terre et déverse le mélange sur les tiges des plantes. Elle affirme que cela l’aide, même s’il lui est difficile d’en faire suffisamment pour l’appliquer à tout le champ.

Cleophace Kanjagaile est agent de vulgarisation agricole dans le district de Karagwe. À ses dires, l’augmentation du nombre d’insectes nuisibles qui se nourrissent du maïs est le résultat de la hausse des températures. Il confirme que certains insectes nuisibles rongent la tige du maïs et créent une couche protectrice autour du trou, ce qui empêche les insecticides d’atteindre les insectes et de les tuer.

Il recommande aux agriculteurs et aux agricultrices d’utiliser des insecticides chimiques pour lutter contre les ravageurs. Il explique : « Beaucoup de paysans utilisent de la cendre et de la terre pour combattre les insectes nuisibles, mais cette méthode n’est pas efficace. Ils doivent utiliser des insecticides. Ces derniers coûtent un peu cher, mais ils sont efficaces et aident les agriculteurs à obtenir une bonne récolte en empêchant les insectes nuisibles d’infester les cultures. »

Cependant, à l’instar des remèdes naturels, les pesticides chimiques ne sont efficaces que si on les pulvérise correctement, et malgré cela, ils peuvent ne pas tuer tous les ravageurs. Avit Theophil est un autre paysan du district de Karagwe. Selon lui, plusieurs de ceux et celles qui utilisent les insecticides chimiques se plaignent que leurs plantes flétrissent et que la rouille se forme sur les tiges et les branches, même lorsque le paysan ou la paysanne suit les instructions figurant sur l’étiquette.

Il suggère : « Les chercheurs doivent trouver d’autres sortes de pesticides qui fonctionnent. »

Magdalena William est spécialiste des plantes et des semences à l’Institut de recherche agricole de Maruku, en Tanzanie. Elle soutient qu’il est important de se rappeler que le succès qu’on obtient avec l’utilisation des insecticides pour combattre la chenille légionnaire d’automne ou un autre ravageur, dépend de quatre facteurs. Premièrement, la particularité du produit chimique utilisé. Certains produits chimiques peuvent être efficaces contre certains ravageurs, mais pas d’autres. Deuxièmement, la période de pulvérisation. Il est préférable d’utiliser des produits chimiques pour combattre la chenille légionnaire d’automne, tôt le matin, en fin d’après-midi ou le soir. Troisièmement, il y a la concentration utilisée. Les agriculteurs et les agricultrices doivent toujours suivre les instructions figurant sur le récipient pour connaître la dose à utiliser. Et, enfin, les insecticides sont plus efficaces à certains stades de la vie de la chenille légionnaire d’automne qu’à d’autres. Il est beaucoup plus facile de contrôler les plus petites chenilles que les chenilles adultes plus grosses.

Les paysans et les paysannes de l’ouest de la Tanzanie n’ont pas l’habitude d’accorder une grande importance à la lutte antiparasitaire dans leurs champs de maïs. Par conséquent, tant qu’eux et les spécialistes ne sauront pas comment lutter contre la chenille légionnaire d’automne et les autres ravageurs, la culture du maïs pourra être plus compliquée et incertaine qu’autrefois.

Cette nouvelle a été produite avec le financement de l’AGRA, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, dans le cadre du projet « Projet intégré pour une augmentation des revenus et une amélioration de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance des petits exploitants agricoles à l’ouest de la Tanzanie, dans la région de Karagwe. » Les points de vue exprimés dans cette nouvelle ne reflètent pas nécessairement ceux de l’AGRA ou de toute autre organisation.