République démocratique du Congo : Des paysans s’associent pour mieux vendre leur récolte de maïs

13 May 2019
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Henriette Shahengema sort joyeuse d’un grand bâtiment construit en parpaing et compte des billets tout neufs. Au milieu de quelques agriculteurs et agricultrices, elle sourit.

C’est la première fois qu’elle touche 280 $ US pour la vente de sa récolte de maïs. Émerveillée, elle déclare : « Je suis agréablement surprise de toucher autant d’argent, pour une simple agricultrice comme moi. »

Madame Shahengema est âgée de 43 ans. Infirmière de profession, elle cultive du maïs depuis sept ans sur un champ de 25 hectares à Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Elle fait partie des agriculteurs et des agricultrices de Kiwanja qui ont créé il y a trois ans une coopérative pour mieux vendre leurs récoltes.

Ces agriculteurs et ces agricultrices avaient l’habitude de brader le sac de maïs de 120 kilogrammes à 15 $ US. Ils le vendaient aux acheteurs locaux qui eux le revendaient ensuite plus cher sur les marchés des centres urbains.

Madame Shahengema se souvient qu’au départ, elle était un peu sceptique concernant cette idée de vendre ensemble. Mais après la saison 2016, les agriculteurs et les agricultrices ont décidé de mettre en commun leurs produits agricoles. Elle raconte : « C’était environ 15 tonnes de maïs que nous avons entreposées dans la maison d’un particulier pour vendre plus tard ensemble. »

La coopérative décida qu’un groupe de membres chercherait des acheteurs et des acheteuses sur les marchés régionaux. Ils ont pu vendre le sac de maïs de 120 kilogrammes à 40 $, ce qui représente plus du double du montant de 15 $ proposé par les acheteurs et les acheteuses locaux. La coopérative a distribué les recettes en fonction de la quantité de maïs que chaque membre avait entreposée.

Madame Shahengema affirme qu’elle a toujours récolté près de cinq sacs ou 600 kilogrammes de maïs sur son champ de 25 hectares, mais que maintenant, elle gagne le double et parfois même le triple de la quantité qu’elle avait l’habitude d’obtenir.

Elle dit : « Je connais le secret aujourd’hui pour bien produire en qualité et en quantité et m’associer aux autres paysans pour conserver puis trouver un bon marché ensemble. » La coopérative de commercialisation s’appelle COPROVEPA et compte au total une centaine de membres, de producteurs et de vendeurs de produits agricoles. Elle dispose d’un entrepôt pour stocker ses céréales. Cet entrepôt a été construit avec l’appui d’un partenaire local.

La coopérative englobe plusieurs comités de gestion : le conseil de gestion, le comité d’entreposage et un comité d’agriculteurs. Ces organes exécutent les directives des agriculteurs prises au cours des assemblées générales qui se tiennent deux fois par an.

Un comité est chargé de trouver de nouveaux marchés pour écouler leurs produits, dans le but d’améliorer la vie des agriculteurs et agricultrices de Rutshuru. La coopérative compte parmi ses clients le Programme alimentaire mondial et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture qui ont acheté récemment 313 sacs de maïs.

Lwanzo Lupeta a payé 5 $ de frais d’adhésion à la coopérative, mais l’homme de 38 ans ne le regrette pas. Depuis 2016, il a ajouté sa récolte à celle du groupe trois fois pour la vente collective. Ses revenus ont plus que doublé.

Pendant longtemps, monsieur Lwanzo a vendu son maïs aux petits acheteurs locaux. Il s’en rappelle, amer : « Je vendais un sac de maïs grains de 120 kilogrammes à 10 $ ou 15 $. Le plus grave, c’est que les acheteurs utilisaient généralement des méthodes traditionnelles pour peser le maïs. » Ils utilisaient une grosse cuvette en aluminium pour estimer le poids, une forme de mesure qui n’est pas exacte et donnent le sentiment aux paysans et aux paysannes qu’ils ont été trompés.

Monsieur Lwanzo affirme que la vente groupée lui offre un meilleur profit et lui permet de payer plus facilement son loyer, la scolarité, les soins et la nourriture de sa famille.

Sindibuve Fabien est le président de la coopérative. Selon lui, le groupe croule sous les demandes d’adhésion des agriculteurs et des agricultrices. Le défi à relever est de s’assurer que toutes les récoltes peuvent être bien conservées pour éviter des pertes et surtout, être écoulées à juste prix.

Les acheteurs sont exigeants sur la qualité du maïs et la coopérative forme les producteurs et les productrices sur le respect des normes. Monsieur Sindibuve déclare : « Nous nous assurons que les agriculteurs ont bien trié et séché les produits avant de stocker sur des palettes en planches aménagées dans notre dépôt communautaire. »

Pour conserver le maïs sur une plus longue durée et le protéger des ravageurs, la coopérative utilise des sacs de stockage amélioré de céréales de Purdue, également appelés sacs PICS. Ces sacs ont été développés pour améliorer la conservation de céréales comme le maïs, car ils sont constitués d’un double emballage qui permet de réduire les pertes causées les ravageurs ou l’humidité. Ces sacs créent un vide qui tue les ravageurs en expulsant l’humidité dont ils ont besoin pour vivre.

Grâce à des normes de qualité d’entreposage et de bonnes relations avec les consommateurs et les consommatrices, la coopérative s’assure que les agriculteurs et les agricultrices de Rutshuru gagnent réellement à la hauteur de leur labeur.