Kenya : Face aux difficultés que posent les grands troupeaux, certains Masai se tournent vers les vaches laitières (Trust)

13 Mai 2019
A translation for this article is available in English

Dans le village masai d’Oloimayian, les bovins ont longtemps été un symbole de richesse et de fierté. Les amis et les voisins se saluent généralement en disant : « J’espère que ton bétail se porte bien. » Mais il devient de plus en plus difficile d’élever de grands troupeaux, en partie parce que le changement climatique provoque des sécheresses plus rudes et d’autres phénomènes climatiques extrêmes.

En 2017, Joel Ngengi a perdu la majeure partie de son troupeau de bovins après que la sécheresse a asséché l’herbe. Il teste maintenant une nouvelle méthode, sujette à controverse, préconisée par des agents gouvernementaux et certaines organisations non gouvernementales. Cette méthode consiste à élever beaucoup moins de vaches laitières, mais plus productives.

L’an dernier, avec ses économies et l’argent que lui avaient donné ses enfants, il a acheté quatre vaches laitières en partie Holstein-Friesian. Ses bêtes produisent désormais plus de 40 litres de lait par jour, et il vend le litre à 40 shillings kényans (0,40 $ US) environ.

Selon lui, la vie est devenue plus facile à la suite de ce changement, notamment parce que sa terre produit suffisamment de fourrage pour son troupeau plus petit. Il affirme que dans le passé il devait toujours aller à la recherche de nourriture et d’eau pour son troupeau. Mais maintenant, déclare-t-il : « Je suis un homme tranquille. J’ai tout ce qu’il me faut dans ce petit lot. »

Un nombre croissant d’éleveurs d’Oloimayian ont eux aussi fait la transition similaire vers des troupeaux plus petits.

Michael Santeto est le coordonnateur national du Réseau de développement pastoral du Kenya, une ONG de plaidoyer. Il soutient que les éleveurs ont pendant longtemps eu de grands troupeaux non seulement parce que cela constituait une source de fierté et de revenus pour eux, mais également parce que les bêtes leur offraient une assurance contre les maladies et les ravageurs. Avec les grands troupeaux, on peut avoir un minimum de bêtes pour reconstituer un troupeau, même après de grosses pertes surviennent.

Cependant, les terres agricoles commencent à empiéter sur les pâturages généralement utilisés par les bergers. Outre les sécheresses plus marquées et la population grandissante, les éleveurs rencontrent plusieurs difficultés dans leurs efforts visant à élever de gros troupeaux.

Monsieur Santeto déclare : « La réduction de la taille des troupeaux est une réalité avec laquelle les éleveurs doivent composer. À cause de l’explosion démographique, l’espace se rétrécit et, par conséquent, ils doivent trouver des stratégies d’adaptation et réduire le nombre des bêtes pour avoir des effectifs maîtrisables. »

Il suggère aux éleveurs de revoir leur mode de vie et d’envisager un mode qui leur nécessitera beaucoup moins de déplacements. Les grands troupeaux nécessitent de grands pâturages libres, et la terre a moins de temps de se remettre du pacage et de la sécheresse. Monsieur Santeto indique que le reboisement de certaines zones avec des herbes locales résistantes à la sécheresse peut constituer un autre moyen de supporter les pressions croissantes des sécheresses plus rudes et le rétrécissement des pâturages.

Mais il encourage également les éleveurs à envisager l’élevage de bétail d’une valeur supérieure telle que les vaches laitières. Les bergers sont réticents, aussi bien à cause des perceptions traditionnelles concernant le prestige qu’offrent les grands troupeaux que de la charge de travail élevé qu’impose l’élevage des vaches laitières.

Les nouvelles vaches laitières de grande valeur sont souvent des races étrangères à haute production ou le produit d’un croisement entre des races étrangères et des races locales plus résistantes. Elles peuvent se montrer plus capricieuses en matière d’alimentation et être plus sensibles aux problèmes auxquels résisteraient sans difficulté les vaches locales.

Monsieur Ngengi déclare : « Bien que les animaux hybrides offrent d’innombrables avantages, ils posent également autant des problèmes. D’abord, ils exigent beaucoup de soins, d’eau potable, de fourrage vert, de l’ensilage et des aliments concentrés pour animaux. »

À ses dires, les vaches laitières coûtent plus cher à élever que les bovins de pâturage, mais les avantages l’emportent sur les inconvénients.

Les éleveurs vendent le lait de ces vaches laitières dans les villes voisines, quoiqu’ils espèrent commencer à vendre à une coopérative de lait plus grande de la région. Ils peuvent vendre les veaux des vaches laitières à l’âge adulte, et obtiennent des prix trois fois supérieurs à ceux des vaches traditionnelles.

Même si l’élevage des vaches laitières semble être un changement de mode de vie majeur pour les Masai de cette région, leur quotidien gravitera toujours autour du bétail. De plus, leurs principes demeureront les mêmes : prenez soin de vos bêtes et vous gagnerez un revenu fiable que vous pourrez utiliser pour payer tout ce qu’il vous faut.

Cette nouvelle est adaptée d’un article intitulé « As large herds struggle, some Maasai try a swap to dairy cattle, » rédigé par Caroline Wambui et publié par Thomson Reuter Trust. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20190313070420-gj32g/.