Sénégal : Concurrence dans le marché du riz

15 April 2019
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Depuis les années 60, le riz s’est répandu à la grandeur du Sénégal, terre de la teranga (hospitalité). Au Sénégal, le riz est cultivé dans trois milieux différents : en zones irriguées, dans les bas-fonds pluviaux ou sur les hautes terres. De plus, le riz occupe une place de choix dans les repas quotidiens, comme un accompagnement indissociable des mets locaux comme le thiéboudienne, le mafé ou le yassa. Cependant, beaucoup de Sénégalais et Sénégalaises préfèrent acheter le riz parfumé d’Asie, plutôt qu’un sac de riz produit localement.

Dans le foyer d’Odile Ndiaye, mère de trois enfants vivant en banlieue de Dakar, ses enfants et son mari attendent leur ration de riz quotidienne. Outre ses responsabilités familiales, elle fait aussi le ménage dans une grande maison du quartier Point E de Dakar. Elle achète systématiquement le riz asiatique plutôt que le local, car « il est déjà prêt pour la cuisson, nettoyé et cela facilite sa vie. »

Et ce ne sont pas simplement les épouses occupées qui adoptent le riz asiatique. Les chefs de restaurants aussi doivent choisir entre le riz sénégalais et le riz asiatique. Mais pour eux, il ne faut pas se contenter de choisir un riz qui est plus facile à préparer, il faut choisir celui qui sera du goût des client(e)s.

Le restaurant populaire Barracuda est situé dans la commune de Ngor, en bordure de mer, loin du tumultueux centre-ville dakarois. Là-bas, la talentueuse chef Codou N’Dour prépare deux à quatre plats sénégalais chaque jour. Son menu diversifié a un prix fixe et abordable, soit environ 1 500 FCFA (2,50 $ US) le plat. Il comporte des mets à base de riz, des vermicelles et des légumes comme accompagnement.

Elle choisit son riz en fonction de ce qu’elle cuisine. Pour la friture, elle préfère le riz sénégalais, dont les grains réagissent mieux à l’huile chaude. Pour la forme bouillie, elle choisit sans hésiter le riz asiatique. Elle déclare : « Les Sénégalais préfèrent très majoritairement le riz asiatique, car un mythe persiste selon lequel le riz local recèlerait de minuscules petits cailloux impropres à la consommation. »

En revanche, le riz local contient peu de sucre et est bon pour la digestion, ce qui le distingue nettement de son concurrent asiatique.

Madame N’Dour affirme qu’elle préfèrerait cuire plus le riz local que la variété asiatique, mais la non-disponibilité et le manque de qualité fait qu’elle n’arrive pas à cultiver exclusivement avec des ingrédients locaux.

Bien évidemment, les riziculteurs et les rizicultrices auraient préféré que tout le monde consomme le riz local. La production nationale était de plus d’un million de tonnes en 2017/2018.

Maguette Niane Seye est la coordonnatrice de la Fédération des Périmètres Autogérés, une union de riziculteurs et de rizicultrices. Elle reconnaît que les riziculteurs et les rizicultrices sénégalais subissent la concurrence du riz asiatique. Elle explique : « Le riz asiatique est plus répandu et moins cher au Sénégal, de plus, les femmes d’ici ont l’habitude de le préparer depuis des années. »

Située dans la vallée du fleuve Sénégal, à 300 kilomètres de Dakar, cette association agricole fait la promotion du riz local à travers des publicités et d’autres stratégies de commercialisation qui encouragent la population sénégalaise à acheter le riz local.

En plus de cultiver 11 000 hectares, dont près de 80 % sont destinés à la riziculture, ces producteurs et ces productrices bénéficient d’une formation deux fois l’an sur les méthodes de production, et suivent des normes strictes de qualité et de contrôle. Ils transforment et commercialisent également le riz dans la vallée du fleuve Sénégal et dans les grandes villes.

Mais les riziculteurs et les rizicultrices demandent toujours un plus grand d’appui afin de pouvoir augmenter leur production et accéder plus facilement aux marchés. Ils demandent au gouvernement de rendre le matériel et les intrants agricoles plus accessibles et d’offrir un meilleur accès aux financements.

Uniterra est un programme mis en œuvre par le consortium CECI-EUMC, qui travaille au Sénégal avec des partenaires locaux dans les sous-secteurs du riz, de l’arachide, de l’aviculture et du maraîchage, en vue d’aider les jeunes et les femmes à avoir accès à de meilleures opportunités économiques. L’objectif est de renforcer le pouvoir économique des femmes et des jeunes en développant leur esprit entrepreneurial. Le programme Uniterra a soutenu financièrement et techniquement la production de la présente nouvelle. Le CECI et l’EUMC bénéficient du soutien financier du gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca. Pour avoir de plus amples renseignements, vous pouvez suivre Uniterra Sénégal sur Facebook à www.facebook.com/cecisenegal.