Éthiopie : Des agricultrices préfèrent les méthodes traditionnelles aux pesticides pour combattre la chenille légionnaire d’automne

15 April 2019
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C’est une autre matinée chargée. De jeunes garçons mènent le bétail au pâturage, pendant que les femmes effectuent différents travaux ménagers. Silenat Molla est assise sur une marche en pierre devant sa hutte. Elle est occupée à vanner son maïs qu’elle va faire moudre.

L’agricultrice de 37 ans est préoccupée. Les chenilles légionnaires d’automne ont envahi sa ferme et sa récolte de maïs a diminué. Cela ne suffit pas pour les besoins de sa famille. Pire, son mari a divorcé d’avec elle et a pris la moitié de sa maigre récolte qu’elle a pu sauver des chenilles légionnaires d’automne, l’abandonnant avec six enfants et seulement 400 kilogrammes de maïs.

Madame Molla déclare : « Ça été un coup dur pour ma récolte. J’ai perdu environ le tiers de celle-ci [à cause de la chenille légionnaire d’automne], ce qui représente près de sept à dix quintaux (700 à 1 000 kilogrammes). »

Madame Molla vit dans le district de Yigodi, dans la région Amhara, en Éthiopie. Elle cultive du maïs et du mil rouge sur une acre de terre afin de subvenir aux besoins de ses enfants.

Selon elle, lorsque les chenilles légionnaires d’automne ont attaqué son maïs, elle a utilisé des pesticides qui lui ont permis de réduire les dommages.

Elle explique : « J’ai dû pulvériser des pesticides dans mon champ de maïs pour sauver ma récolte. J’ai pulvérisé trois fois. Le bureau agricole du district m’a fourni des pesticides deux fois et [j’en] ai acheté une fois avec mes 180 birrs éthiopiens (6,19 $ US). »

Même si les pesticides ont considérablement protégé son maïs, madame Molla affirme qu’on en trouve rarement et qu’elle ne se fie plus à eux. Elle emploie désormais la méthode traditionnelle qui consiste à ramasser et détruire à la main les œufs et les chenilles légionnaire d’automne.

Elle explique : « Je cherche les … œufs ou les [chenilles] légionnaires d’automne, les ramasse et les détruis. [Et] parfois, je trouve cinq ou six chenilles légionnaires d’automne dans les balles. »

À ses dires, même si le fait de ramasser à la main ces chenilles paraît efficace, cela exige beaucoup de travail.

Madyam Bellu est une agricultrice du district de Yinesa qui utilise aussi le ramassage à la main pour combattre la chenille légionnaire d’automne.

Madame Bellu déclare : « Quand nous remarquons que le ravageur attaque les plants de maïs de nos voisins, nous surveillons de près la présence de la chenille légionnaire d’automne sur notre exploitation agricole. Chaque fois que je localise ce ravageur, je le ramasse à la main et m’assure de le détruire. »

Elle ajoute : « Jusqu’ici, ces méthodes se sont avérées efficaces pour nous, et nous n’enregistrons pas d’énormes pertes de cultures à cause du ravageur. »

Melese Ahsagre est expert en production et en gestion des récoltes au bureau du ministère de l’Agriculture de Bahirdar, dans la région Amhara. Il affirme qu’en raison du manque de pesticides et des prix de ces derniers qui ne sont pas toujours abordables, les agriculteurs et les agricultrices sont formés et encouragés à employer les techniques de lutte traditionnelles contre la chenille légionnaire d’automne.

Monsieur Ahsagre ajoute que plusieurs paysans et paysannes ne suivent pas les bonnes consignes de sécurité lorsqu’ils pulvérisent les pesticides qui pourraient mettre leur santé en péril.

Selon lui, les méthodes traditionnelles que peuvent utiliser les agriculteurs et les agricultrices pour combattre la chenille légionnaire d’automne englobent le ramassage à la main, le labourage et la rotation des cultures.

Il explique : « Le labourage ramène les nymphes à la surface du sol, où elles sèchent une fois hors de leur cocon. La rotation des cultures avec celles qui ne sont pas vulnérables à la chenille légionnaire d’automne rend le champ moins attrayant pour le ravageur. »

La chenille légionnaire d’automne a réduit considérablement la production de maïs de madame Molla en quelques années, obligeant ainsi une de ses filles à quitter les bancs. Mais elle affirme qu’elle continuera de ramasser le ravageur à la main pour pouvoir le maîtriser totalement.

Elle explique : « Je vais continuer à surveiller mon champ et ramasser les chenilles légionnaires d’automne à la main. Les experts agricoles nous avaient appris différents moyens de lutte contre ce ravageur avant de recourir à la pulvérisation des produits chimiques. »

Cette œuvre a été produite avec l’appui de l’Activité sur la chaîne de valeur de l’Initiative Feed the Future Éthiopie de l’USAID dans le cadre du projet « ICT-enabled Radio Programming on Fall Armyworm (FAWET) ».