Éthiopie : Des agriculteurs aménagent des pâturages pour le bétail et construisent des clôtures pour tirer profit du paillage

08 Avril 2019
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Au début, Yonas Ugi hésitait à utiliser les résidus de culture comme paillis sur sa terre agricole. Comme il avait besoin des résidus pour nourrir ses bêtes, il craignait que cette pratique de l’agriculture de conservation ne soit incompatible avec l’élevage de bétail.

Le paillage améliore la structure du sol et permet de retenir l’humidité dans le sol en l’empêchant de s’évaporer dans l’air. Il étouffe également les mauvaises herbes. Par conséquent, les rendements sont meilleurs.

Monsieur Ugi vit à Damot Weyde dans la zone Wolayta, au sud de l’Éthiopie. Lors de la visite d’un(e) agent(e) de vulgarisation agricole qui lui a rendu visite pour lui montrer comment utiliser les résidus de culture comme paillis, monsieur Ugi a bien écouté, mais il était sceptique. Il affirma à l’agent(e) que le paillage allait affamer son bétail, car les résidus de culture étaient rares. Dans sa région, les agriculteurs et les agricultrices utilisent des feuilles et les tiges de bananiers, de maïs, d’avocatiers et de pois Congo pour nourrir les animaux.

Il déclare : « [La] pratique du paillage ne me plaisait pas, mais j’ai dû la tester. Quand j’ai commencé, mes trois bœufs sont venus manger les résidus des cultures de maïs et de pois Congo répandus à la surface de mon champ. » Monsieur Ugi était si abattu qu’il se demandait s’il pourrait vraiment pratiquer le paillage efficacement.

Il déclare : « Il m’était très difficile de tenir les bêtes loin de la ferme, mais l’agent de vulgarisation m’a dit que je devais avoir un champ d’herbes [pâturage] pour que mes animaux [s’en] nourrissent, ce qui me permettrait ainsi d’économiser mes résidus de culture pour le paillage. »

Monsieur Ugi a été informé que, plutôt d’utiliser toutes les parties supérieures des cultures pour le paillage, il devrait se servir juste des tiges comme paillis et nourrir ses animaux avec les feuilles tendres sèches.

Il a découvert aussi qu’il pouvait se procurer plus de résidus de cultures chez les fermes voisines qui n’utilisaient pas tous leurs résidus.

Après avoir suivi les conseils de l’agent(e) de vulgarisation agricole, monsieur Ugi a trouvé la solution pour combiner l’élevage de bétail et le paillage. Il a réservé une terre pour un pâturage et construit une clôture autour du champ où il cultive avec du paillis.

Monsieur Ugi explique : « Après notre discussion, j’ai clôturé ma ferme de 50 mètres carrés pour empêcher les animaux de manger les résidus de culture. Maintenant, le problème a disparu. »

Genet Penta est une autre agricultrice qui associe les mêmes pratiques.

Madame Penta explique : « Il y a trois ans, mes deux bœufs sont venus dans ma ferme et ont mangé les résidus de culture. Mais quand j’ai commencé à pratiquer le paillage dans mon champ, je ne laisse plus les animaux y entrer … J’ai aménagé un petit lopin de terre où j’entasse de l’herbe et d’autres résidus de culture en guise d’aliments pour les bêtes, afin qu’elles ne viennent plus chercher à manger sur ma ferme. »

À ses dires, même si le paillage semblait être chose impossible au début, en raison du très grand nombre de bétail dans sa région, cela contribue à améliorer la sécurité alimentaire et les revenus de sa famille.

Elle ajoute : « Il y a deux ans, avoir [assez] de maïs pour nourrir mon mari et mes deux enfants était chose impensable. Nous dépensions de l’argent pour acheter des vivres au marché. Mais maintenant … nous cultivons de la pomme de terre, du chou et du maïs grâce au paillage, ce qui rapporte de l’argent à notre famille. »

Tilahun Bergena est le superviseur de la Table Development Association en Éthiopie. Il affirme que la pénurie de résidus de culture et le manque d’aliments pour animaux sont les deux défis qui rendent difficile la pratique du paillage pour les agriculteurs et les agricultrices.

Monsieur Bergena explique : « Personne dans la région n’a recouvert sa terre de résidus de culture. Les résidus que les paysans et les paysannes recueillent des cultures sont insuffisants pour le paillage et l’alimentation des animaux. Mais, dans l’avenir, à mesure qu’ils obtiendront une plus grande production grâce au paillage, ils auront plus de résidus qui leur permettront de couvrir une plus grande surface de leurs champs et conserver d’autres résidus pour nourrir leurs bêtes. »

Monsieur Ugi se réjouit de pouvoir élever du bétail et pratiquer le paillage en même temps. Avant de commencer à cultiver le pois Congo en association avec le maïs, ainsi qu’avec du paillis, il cultivait seulement du maïs et ne récoltait pas plus de 70 kilogrammes par an. Il déclare : « Maintenant, ça va, car le paillage me procure au moins trois quintaux (300 kilogrammes) de maïs et un quintal (100 kilogrammes) de pois Congo. »

Cette nouvelle a été produite avec l’appui de la Banque canadienne de grains dans le cadre du projet « L’agriculture de conservation pour renforcer la résilience, une approche agricole intelligente face au climat ». Ce travail est financé par le gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca.