Tanzanie: Des agricultrices utilisent des pesticides locaux pour combattre les ravageurs et les maladies du haricot

29 April 2019
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C’est la saison de plantation dans le district de Kasulu, et madame Ziporah Mussa est en train de semer du haricot sur sa terre. Le temps est frais et le soleil pointe à travers les quelques nuages. Madame Ziporah déclare : « Cela fait environ 15 ans que je cultive le haricot…. Concernant les variétés de haricot, je cultive beaucoup Lyamungo et le Njano. »

Madame Ziporah vit à Nyumbigwa, un village du district de Kasulu, dans la région de Kigoma, à l’ouest de la Tanzanie. Elle déclare : « Les ravageurs qu’on appelle butotos en langue locale giha détruisent le haricot depuis deux saisons. Ils nuisent à toutes les variétés de haricot. »

Selon elle, des pesticides chimiques sont disponibles dans le village, et dans la ville de Kasulu, à environ 20 kilomètres. Mais ils coûtent cher et elle n’en achète pas toujours.

Parfois, elle préfère utiliser des pesticides locaux. À ses dires, les feuilles d’un arbre appelé ntibuhunwa (Tephrosia vogelii) en langue locale l’aident à combattre les butotos. Elle explique : « Je pile les feuilles que je mélange avec du piment écrasé et je les macère ensuite dans l’eau pendant 24 heures. » Elle ajoute : « Je découpe également les fruits d’une plante appelée vitembwatembwa que j’écrase, [et] je les macère dans l’eau pendant 24 heures également. »

Après 24 heures, madame Ziporah filtre le liquide qu’elle utilise comme un pesticide. Elle explique : « Je verse la solution dans un contenant en plastique de 10 litres et j’utilise un balai mou ou une branche d’arbre ayant de petites feuilles soyeuses pour asperger [le pesticide] sur les [plants] de haricot. »

Esther Mpuzu cultive aussi du haricot dans le village de Nyumbigwa. Elle affirme que les ravageurs nuisent à presque toutes les variétés de haricot dans le champ, mais que la variété Lyamungo résiste mieux aux ravageurs et aux maladies. Mais, elle prévient que lorsqu’on ne la sème pas à temps, cette variété peut être également atteinte.

Elle déclare : « Kalabhutahe a un grand impact sur le maïs, et je les vois avec le haricot aussi. [Mais] les butotos sont ceux [les ravageurs] qui nuisent considérablement au haricot. »

Madame Mpuzu soutient avoir eu ses premiers problèmes avec ces ravageurs il y a deux saisons. Avant ça, dit-elle, le haricot n’était pas attaqué par les ravageurs ou les maladies dans sa région. Elle déclare : « Je ne consacrais pas autant d’efforts pour surmonter le problème étant donné qu’ils touchaient juste une petite partie de ma ferme. »

Pour lutter contre les ravageurs, elle affirme avoir « tenté d’asperger les pesticides chimiques que j’utilise souvent sur le maïs. [Mais] le produit chimique n’a pas bien fonctionné, car les organismes continuaient à nuire au haricot. »

Michael J. Sabibi est agent de vulgarisation agricole dans la région. Il déclare : « Je rends visite aux agriculteurs régulièrement pour identifier le genre de ravageurs et de maladies qui attaquent leurs cultures. Je les conseille sur les méthodes à employer pour régler le problème. »

Monsieur Sabibi aide les agriculteurs et les agricultrices à comprendre les bonnes techniques de pulvérisation des pesticides au bon moment. Il poursuit : « Je leur conseille d’utiliser la rotation des cultures et de déraciner les plants de haricot infectés pour éviter qu’ils propagent le problème à ceux qui ne sont pas infectés. »

Il soutient qu’il existe de nombreux ravageurs et maladies, mais que le butotos et la jaunisse fusarienne sont les plus nuisibles au haricot. Il ajoute : « La majorité des agriculteurs n’ont pas les moyens d’acheter les pesticides chimiques [car ils] coûtent cher. »

Cependant, selon J. J. Rubuye, un conseiller agricole régional dans la région de Kigoma, l’une des raisons pour lesquelles les paysans et les paysannes disent ne pas pouvoir payer les pesticides c’est qu’ils ne songent à acheter des pesticides qu’au début de la saison, lorsqu’ils ont peu d’argent. Si les agriculteurs et les agricultrices achetaient les pesticides à l’avance, après avoir vendu leur récolte, monsieur Rubuye affirme que les pesticides seraient moins coûteux, et que les agriculteurs et les agricultrices pourraient mieux combattre les ravageurs et les maladies.

Monsieur Sabibi soutient également que les paysans et les paysannes locaux utilisent les feuilles du ntibuhunwa (Tephrosia vogelii). Ils écrasent les feuilles et les font macérer dans de l’eau pendant quelques heures, puis ils filtrent le liquide et l’aspergent sur leur haricot. Il ajoute qu’il n’y a pas de recommandations précises sur la quantité de liquide à utiliser. Les agriculteurs et les agricultrices en aspergent seulement quand ils ont des problèmes avec le haricot.

Il déclare : « Il semble que les pesticides locaux fonctionnent parce que la majeure partie des agriculteurs les utilisent. »

Madame Ziporah convient que les pesticides locaux semblent fonctionner même si l’eau de pluie les emporte facilement, après quoi les pesticides pénètrent dans les sources d’eau locales. À l’instar des pesticides chimiques, certains pesticides naturels peuvent avoir des effets négatifs sur les poissons et d’autres espèces aquatiques.

Ce travail a été produit avec l’appui de l’AGRA, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, dans le cadre du projet « Projet intégré pour accroître les revenus et améliorer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles de l’ouest de la Tanzanie / région de Kigoma. » Les points de vue exprimés dans le présent article ne reflètent pas nécessairement ceux de l’AGRA ou d’aucune autre organisation.