Sénégal : Un plan d’épargne mobile aide les agriculteurs à acheter des intrants (Trust)

11 March 2019
A translation for this article is available in English

Vêtue d’une robe jaune et d’un foulard, Adama Faye tend deux poignées d’arachides. Dans une paume usée, les noix sont rondes et lisses. Dans l’autre, elles sont petites et ratatinées. Celles qui sont plus fragiles ont été cultivées par son fils sans engrais et suivant des méthodes propres à leur village, à l’ouest du Sénégal. Les intrants coûtent cher et sont difficiles à acheminer là-bas.

Les grosses noix ont été cultivées sur la terre de madame Faye, avec de l’engrais acheté auprès d’une jeune entreprise dénommée myAgro. Cette société aide les agriculteurs à épargner tout au long de l’année, afin qu’ils puissent payer pour avoir des produits de qualité et des formations agricoles.

Madame Faye soutient que c’est une bonne leçon pour son fils. La femme de 55 ans et sa famille vivent dans le village de Keur Lamane, dans la région de Thiès, à environ 200 kilomètres à l’est de Dakar, la capitale sénégalaise.

Son fils trouvait le service de myAgro trop coûteux, par conséquent, il ne s’y est pas inscrit. Mais maintenant qu’il s’aperçoit que la récolte de madame Faye est trois plus importante que la sienne, il a changé d’idée.

MyAgro offre un système d’épargne qui permet aux agriculteurs d’économiser petit à petit afin de pouvoir payer des semences, de l’engrais et des formations. Ce système d’épargne est accessible sur les téléphones portables. Les paysans achètent des cartes à gratter tout comme s’ils achetaient des crédits pour téléphones portables, et ils envoient un code par SMS pour déposer l’argent dans leur compte.

Les agriculteurs peuvent ensuite utiliser cet argent pour acquérir des intrants ou des formations.

Ce modèle d’épargne mobile est de plus en plus populaire au Sénégal, au Mali et en Tanzanie, car il permet aux agriculteurs d’économiser de petits montants d’argent chaque fois qu’ils le peuvent.

À mesure que le changement climatique cause un réchauffement de la planète, les conditions climatiques deviennent plus instables en Afrique de l’Ouest. Les agriculteurs comprennent la nécessité d’acheter des intrants comme l’engrais, des semences résistantes à la sécheresse et d’autres technologies.

Madame Faye déclare : « Chaque année, nous voyons une différence. Les plantes [cultivées avec de l’engrais] sont plus grosses et de plus grande taille. »

Elle ajoute n’avoir pas senti une augmentation du coût d’achat des intrants, car elle les paie au moyen de prélèvements de seulement un ou deux de dollars répartis sur l’année.

Elle déclare : « Avant, lorsque nous commencions à économiser de l’argent, il y avait toujours des besoins familiaux, et il nous fallait dépenser ça. »

Madame Faye a sept enfants et une famille élargie à sa charge. Toutefois, malgré les faibles précipitations de la saison dernière, elle a pu produire suffisamment d’arachides pour nourrir sa famille et envoyer ses enfants à l’école.

La récolte se fait en octobre, et madame Faye achète une carte d’épargne de myAgro chaque fois qu’elle fait de bonnes affaires au marché. D’ici le début des semailles en juin, elle aura amassé les 25 000 francs CFA (43 $ US) nécessaires pour l’achat de l’engrais pour son lopin d’un demi-hectare.

Steve Wiggins est chercheur agricole à l’Overseas Development Institute basé à Londres. À ses dires, il est difficile d’offrir des services financiers aux agriculteurs des pays en développement. En lieu et place d’un prêt ou d’une assurance, plusieurs agriculteurs ont besoin d’un moyen plus simple pour épargner. Actuellement, plusieurs ont recours aux associations d’épargne locales quand ils ont des besoins financiers.

Moustapha Diouf est un agriculteur de 68 ans qui vit dans la même commune que madame Faye. Il avait l’habitude d’épandre du fumier de compost pour rendre son sol plus fertile. Il en épandait sur tout son champ d’arachide après la tombée de la première pluie. Il a suivi une formation de myAgro, et, désormais, il sait qu’il devra attendre après la deuxième ou la troisième pluie pour semer, car il veut être certain d’avoir un sol humide pendant longtemps. Il applique également de l’engrais chimique en petites doses autour de chaque semence.

Il déclare : « Il n’y a pas de comparaison [en termes de rendement.]… Vous investissez un peu et vous gagnez plus. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « With scratch-card savings, Senegalese farmers dodge drought, » rédigé par Nellie Peyton pour Thomson Reuters Trust. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20181219095439-d2pi0/.