Ouganda : Community Green Radio motive les femmes à s’en sortir par elles-mêmes dans la région pétrolière d’Ouganda

11 March 2019
A translation for this article is available in English

C’est un samedi après-midi chaud et Betty Bagadira vient juste de terminer ses tâches quotidiennes. Elle faisait sécher son poisson argenté (couramment appelé mukene), mais le soleil brûlant l’a obligée à se réfugier sous un neemier près de sa maison.

Madame Bagadira vit sur le site de débarquement du sous-comté de Buseruka, dans le district de Hoima, à 200 kilomètres, au nord-ouest de Kampala, la capitale ougandaise.

C’est son heure d’écoute de la radio. Elle envoie chercher un poste radio et un banc dans sa maison et invite ses collègues femmes à la rejoindre à l’ombre. Lorsque les femmes sont réunies, elle se branche sur son émission radiophonique préférée, Nyinabwenge, qui signifie « Émission des femmes. » Cette émission hebdomadaire présente des discussions et des conseils d’un point de vue communautaire et passe sur Community Green Radio, la première station de radio communautaire. Pour plusieurs femmes de Hoima, elle constitue le seul moyen d’obtenir des informations provenant de l’extérieur du village.

Madame Bagadira déclare : « La radio est très importante pour nous. Elle parle de nos problèmes et leurs solutions et [c’est] dans notre langue maternelle. »

Les femmes de Kaiso-Tonya assurent principalement leur survie par le poisson. Toutefois, la population grandissante et les mauvaises méthodes de pêche ont considérablement réduit le stock de poissons. L’écoute de l’émission Nyinabwenge aide madame Bagadira à découvrir d’autres moyens de subsistance. Elle permet également aux femmes locales d’ajouter de la valeur à leurs activités et d’augmenter leurs revenus. De plus, elle les aide à préserver l’environnement, par exemple : en plantant des arbres pour réduire le ruissellement d’eau, couvrir le sol nu et réduire le stress causé par la chaleur et le vent.

Elle déclare : « La radio me permet de ne pas me limiter à [mon] activité de pêche. J’ai commencé à emballer le mukene pour lui apporter de la valeur ajoutée. J’ai également commencé à mener d’autres activités génératrices de revenus comme le tissage pour obtenir un revenu. Nous avons également un problème avec le vent et un manque de hangars sur le site de débarquement. J’ai commencé à distribuer à mes collègues femmes des semis d’arbre provenant de mon neemier, afin qu’elles puissent les planter dans leurs concessions. »

Pendant deux heures et demie, quatre jours par semaine, la radio fait la promotion de l’autonomisation des femmes à l’échelle communautaire dans les villages éloignés des districts de Hoima et Buliisa.

Ces districts sont situés dans une région où l’exploitation pétrolière déloge plusieurs personnes de leurs terres. La station sensibilise les femmes sur leurs droits fonciers dans une société patriarcale où il est contraire aux normes sociales de nombreuses communautés que les femmes aient accès à la terre et en aient la propriété.

Doreen Kusemerwa vit également à Kaiso-Tonya et écoute la station. Elle déclare : « On nous fait comprendre qu’en tant que femmes nous avons également droit à un dédommagement juste, convenable et opportun une fois que le gouvernement prend la terre. »

Pour toucher les habitant(e)s des villages, Community Green Radio a créé des clubs d’écoute en collaboration avec les communautés. Dix clubs d’écoute composés principalement de femmes ont été formés jusque-là.

Répartis en groupes, les membres des clubs discutent de questions quotidiennes telles que l’environnement, la santé, l’éducation et l’autonomisation financière avec des journalistes radio qui enregistrent leurs voix et les diffusent à l’antenne.

Fred Kabagambe est le président du club d’écoute de Kaiso-Tonya. Pour lui, cette initiative donne plus d’assurance aux femmes pour exprimer leurs préoccupations.

Il explique : « Les femmes du village refusaient d’exprimer leurs points de vue après s’être fait longtemps dire par les hommes qu’elles n’avaient rien à dire. La radio communautaire leur fait prendre conscience de leurs droits pour qu’elles puissent s’exprimer. Elles disposent désormais d’une tribune où elles peuvent transmettre leurs doléances et s’instruire en retour sur des questions importantes. »

La radio sert également d’intermédiaire entre les populations locales et les agent(e)s du gouvernement, en contribuant à la sensibilisation sur les problèmes relatifs à l’éducation, la santé, la justice et l’environnement.

Monsieur Kabagambe ajoute : « Elle leur permet de s’impliquer activement et de poser des questions. Cette implication les outille pour se battre pour leurs droits, faire entendre leurs voix et s’instruire. »

Community Green Radio appartient aux communautés locales et est gérée par la National Association of Professional Environmentalists. La station a commencé à émettre en 2014 dans le but principal d’amplifier la voix des communautés marginalisées.

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Community Green Radio inspiring women to develop themselves in Uganda’s oil region, » rédigé par Precious Naturinda pour Community Green Radio. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://www.greenradio.ug/index.php/cgr-news/102-community-green-radio-inspiring-women-to-develop-themselves-in-uganda-s-oil-region.