Kenya : Reboiser des forêts en voie de disparition avec des lance-pierres et des semences (Trust)

25 March 2019
A translation for this article is available in English

Tôt le matin, les jours de congés scolaires ou le week-end, Eric Ndung’u emmène les chèvres de sa famille paître dans les plaines de Kisaju, au sud de Nairobi, au Kenya.

Eric a 11 ans. Pendant que les bêtes paissent, il chasse les oiseaux avec un lance-pierres. Mais, maintenant, il a trouvé une autre utilité à son lance-pierres : il plante des arbres avec.

Avant de partir avec les chèvres, le jeune garçon court pour prendre un panier de boules de graines faites de poudre de charbon, d’amidon de manioc et de semences d’arbres chez un voisin. Les boules servent de munitions pour faire descendre les oiseaux. Et lorsqu’on les laisse par terre, elles se décomposent progressivement, libérant les semences d’arbres qui prennent racine.

Pour lutter contre le déboisement et reconstituer les forêts appauvries, les Kényans testent de nouvelles approches, dont certaines consistent à rallier les jeunes bergers, ainsi que les pilotes de montgolfière et les parapentistes à la cause.

Teddy Kinyanjui est un écologiste résidant dans le quartier de Kabete, à Nairobi. Il fabrique des lance-pierres et des boules de graines avec des semences fournies par l’Institut de recherche en foresterie du Kenya. Monsieur Kinyanjui essaie de savoir quels arbres poussent mieux dans chaque région, puis fabrique les boules de graines adaptées pour la région. Il tient son amour pour les arbres de son défunt père.

Maxwell Kinyanjui était un professeur de l’Université de Nairobi qui a inventé un fourneau à charbon écologique et planté près de Kisaju une forêt que son fils entretient désormais.

Les efforts du père et du fils entrent dans le cadre d’un plus grand combat contre la disparition des forêts au Kenya. Les Nations Unies recommandent aux pays de préserver au moins 10 % de leurs terres sous couvert forestier, mais le Kenya n’en a que 7 %.

Les insectes, les oiseaux ou les chèvres mangent une trop grande quantité de graines. Par conséquent, Teddy Kinyanjui utilise de la poudre de charbon pour emballer les semences d’arbres et leur donner une meilleure chance de germer. Il explique : « Imaginez si vous preniez juste une poignée de semences et que vous les jetiez sur le sol en attendant trois autres mois jusqu’à l’arrivée des pluies. Quelque chose va tout simplement les manger. »

La poudre de charbon dissuade les animaux. Lorsque les pluies commencent, elles emportent l’enrobage, permettant ainsi aux semences de germer.

Teddy Kinyanjui a participé à la distribution d’environ deux millions de semences d’arbres à travers le pays, et surtout dans les régions où la fabrication du charbon de bois a entraîné la déforestation.

Pour encourager les jeunes bergers à utiliser les boules de graines, Teddy Kinyanjui organise des concours de lancer. Ceux qui lancent les boules le plus loin possible gagnent un certificat.

Il a également convaincu les compagnies aériennes et les propriétaires de montgolfière et les parapentistes de lâcher les boules, et il en vend à des sociétés qui les distribuent à leurs clients et leurs employés dans le cadre de campagnes pour la promotion de la responsabilité sociale des entreprises.

Il admet que ce ne sont pas toutes les semences qui germeront et survivront, surtout avec les chèvres affamées qui cherchent à manger à plusieurs endroits. Toutefois, il affirme que cela vaut mieux que rien.

Selon les experts, la protection et l’accroissement du couvert forestier constituent un des moyens les moins coûteux et les plus sûrs de ralentir le changement climatique.

Mais ce ne sont pas tous les habitants de Kisaju qui étaient contents de l’initiative visant à reconstituer les forêts de la région. Au début, des membres de la communauté de Kisaju demandaient aux garçons de ramasser et d’emporter les boules de graines.

Mais grâce à un petit dialogue et avec le temps, les gens ont changé d’avis. Douglas Ole Lenku est un berger de la région. Il a déclaré comprendre maintenant qu’avoir plus d’arbres signifie avoir plus de pluie, ce qui est une bonne chose pour ses bêtes.

Il déclare : « Nous, le [peuple] masai], serons heureux si les arbres apportent la pluie, car la sécheresse est presque en train de nous tuer nous et nos animaux. »

En fait, monsieur Ole Lenku a maintenant son propre lance-pierres.

Il déclare : « Chaque fois que je viens ici avec mon troupeau, je passe mon temps à lancer et je m’amuse. On ne s’ennuie pas avec un paquet de près de 700 semis d’arbre et un lance-pierres. »

La présente nouvelle est inspirée d’un article intitulé « Slingshots in hand, Kenyans work to replant vanishing forests, » initialement publié par Thomson Reuters Trust. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20180910103711-875ni.