Ghana : Comment Hikima Kadiri a bravé les règles pour devenir la première femme dans sa région à obtenir le permis de conduire pour tracteurs

03 March 2019
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Chaque jour, Tibzaa Farm grouille d’activités. Des moteurs de tracteurs grondent, des pelles métalliques raclent de gros tas de gravillon, et des ouvriers et des ouvrières donnent des ordres et des directives, s’épongeant le front sous le soleil ardent.

Cette ferme commerciale semble fonctionner comme la majeure partie des autres fermes. Mais, Tibzaa a quelque chose d’exceptionnel. Au volant d’un des tracteurs, supervisant les ouvriers et les ouvrières, se trouve une femme. Elle s’appelle Hikima Kadiri et c’est la première femme des trois régions du Nord du Ghana qui possède un permis pour conduire un tracteur. Elle est aussi la seule femme chef de projet de la ferme.

Madame Kadiri éteint le moteur et descend du siège du tracteur. Elle traverse le champ d’un pas assuré, souriant et riant avec ses collègues hommes. C’est l’image inspirante d’une jeune femme, confortable et autoritaire au travail. Mais ce n’est pas courant de voir ça.

Elle déclare : « Dans cette zone du Ghana, on a vraiment du mal à accepter qu’une femme dirige…. Selon notre conception, le patron doit être notre aîné à tous. »

À seulement 24 ans, madame Kadiri a gravi les échelons d’ancienneté à Tibzaa. Au début de 2015, elle y a été recrutée comme employée. Aujourd’hui, elle supervise un personnel entièrement composé d’hommes, tous plus âgés qu’elle.

Elle déclare : « Au début, c’était tellement difficile pour moi. Mais je devais persévérer. »

Outre son travail à Tibzaa, madame Kadiri a récemment fait ses débuts comme radiodiffuseuse à Radio Savannah. Pendant deux mois, elle a coanimé une émission sur l’élevage des pintades, commanditée par Radios Rurales Internationales et l’Entraide universitaire mondiale du Canada. Elle a utilisé les ressources de formation de Radios Rurales Internationales pour renforcer ses compétences en matière de radiodiffusion et elle constitué une voix féminine forte pour l’émission.

Elle déclare : « J’ai beaucoup appris de l’émission et c’était très instructif [pour les autres] également. »

Mais à mi-chemin de la série de 12 semaines, Hikima a quitté ses fonctions de coanimatrice pour vivre une expérience unique.

La Direction de la mécanisation du ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture a lancé le programme « Femmes au volant » pour permettre aux femmes d’acquérir des compétences en gestion de machinerie et d’équipement agricoles. Ce programme s’est déroulé à l’Adidome Farm Institute, au sud du Ghana. Sintaro Mahama, le fondateur et PDG de Tibzaa Farms, a saisi l’occasion pour envoyer madame Kadiri assister à la formation d’un mois où les participant(e)s devaient acquérir des connaissances pratiques sur l’entretien et la manipulation de l’équipement des tracteurs. Elle était une de plus jeunes des 31 participant(e)s.

Maintenant qu’elle a achevé la formation, madame Kadiri se dit reconnaissante d’avoir obtenu son permis de conduire officiel, chose que la grande majorité des hommes conducteurs de tracteurs n’ont pas. Après madame Kadiri, monsieur Mahama a envoyé cinq autres jeunes femmes de Tamale, la plus grande ville de la région du Nord du Ghana., pour qu’elles participent au programme afin d’obtenir leurs permis. Elles sont actuellement affectées au niveau de différents sites d’irrigation et fermes commerciales des régions du Nord.

Cependant, l’idée de voir une femme au volant d’un tracteur n’est pas facilement acceptée. Monsieur Mahama se rappelle une réunion organisée à la ferme avec un groupe de diplômé(e)s universitaires où madame Kadiri est arrivée en tracteur.

Il déclare : « Ils ont tous éclaté de rire, y compris les femmes. » Il ajoute que le changement de mentalité concernant les rôles des femmes en agriculture ne se limite pas simplement à parler d’autonomisation. Il faut également leur en donner les moyens.

Il déclare : « Au-delà du discours, de la théorie et de l’idéologie … nous devons leur offrir une plateforme et un soutien permanent, afin qu’elles puissent réaliser leur rêve. »

Quant à madame Kadiri, elle reste indifférente aux personnes qui rient d’elle. Elle affirme utiliser son expérience et sa voix pour encourager d’autres femmes et d’autres filles à s’impliquer plus dans l’agriculture sous toutes ses formes.

Elle déclare : « Je leur dis de ne pas avoir le sentiment que certaines choses sont la chasse gardée des hommes. En tant que femmes, elles peuvent les faire également. »

Elle ajoute, en riant, que vu la bonne émission diffusée par la bonne station, elle pourrait bien songer à une carrière en radiodiffusion.

Hikima Kadiri et Radio Savannaha ont été partenaires du projet « Bridging Rural Information Dissemination through Dialogue and Engagement » (BRIDGE). Ce projet a été financé par le Conseil manitobain pour la coopération internationale et réalisé conjointement par Radios Rurales Internationales par l’entremise d’Uniterra, un programme de l’EUMC et du CECI. Uniterra est financé par le gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca .