Éthiopie : Des coopératives féminines rurales éthiopiennes permettent aux femmes d’accéder à la terre et aux équipements (City Press)

03 Mars 2019
A translation for this article is available in English

Dans la majorité des localités du district de Dodola, on peut apercevoir des bœufs qui se déplacent lentement, labourant des étendues de terres agricoles. Mais sur un champ, c’est un tracteur rouge qui laboure à toute vitesse la terre en prévision de la saison pluvieuse.

Le district de Dodola est situé à 300 kilomètres de la capitale éthiopienne, Addis Abeba, et la conductrice du tracteur est Kamso Bame, une veuve, mère de 12 enfants et propriétaire d’une terre de deux acres et demi. Le tracteur lui épargne des journées de travail éreintant.

Madame Bame fait partie de 2 000 agricultrices d’exploitations familiales impliquées dans le programme des Nations Unies visant à accroître la production agricole de façon durable et renforcer les capacités économiques des femmes par des formations et des coopératives.

Après avoir adhéré à une coopérative féminine dans son village de Wabi Burkitu, madame Bame a obtenu un prêt de 7 000 birrs (243 $ US) qu’elle a utilisé pour démarrer un service de transport en charrette. Elle utilise son revenu quotidien moyen de 400 birrs (14 $ US) pour subvenir aux besoins de ses enfants, dont quatre sont autonomes. Son adhésion à la coopérative lui permet également de cultiver sa terre avec un tracteur de la coopérative.

Elle se rappelle : « Avant le décès de mon mari, chaque fois que la saison pluvieuse arrivait, je le revois passer trois ou quatre jours à labourer la terre familiale avec une paire de bœufs que nous possédions. Chaque jour, lui et les bœufs revenaient épuisés à la maison. Aujourd’hui, c’est différent, car j’ai le privilège de cultiver la même terre avec un tracteur et cela prend au maximum trois heures. »

Les membres de la coopérative se servent du tracteur pour labourer en équipe la terre qui leur appartient à toutes, ainsi que les terres individuelles de chaque membre. La coopérative loue le tracteur aux agriculteurs et agricultrices de 26 villages du district. Facturant l’hectare jusqu’à 1 500 birrs (52 $ US), la coopérative gagne actuellement plus de 6 000 birrs (208 $ US) en moyenne par jour grâce à la location du tracteur.

Tulule Knife, 38 ans, est membre d’une coopérative dans le district d’Adami Tullu, dans la région d’Oromia. Selon elle, les formations qu’elle a suivies lui ont permis d’améliorer ses récoltes et lui ont fourni un moyen de subsistance pour sa famille de neuf personnes.

Elle déclare : « Mon village est connu pour cultiver le maïs suivant les méthodes traditionnelles qui consistent à semer à la volée sur toute la terre préparée. » L’an dernier, outillée de nouvelles techniques agricoles durables, elle a semé des grains de blé, chose rare, puisque le blé ne produit pas assez quand on le cultive suivant les méthodes de plantation traditionnelles.

Elle explique : « L’an dernier, pendant la saison agricole, j’ai semé 50 kilogrammes de grains de blé amélioré en appliquant une meilleure technique de plantation dénommée « semis en lignes » que j’ai apprise dans le cadre d’une formation. J’ai récolté 15 quintaux [1 500 kilogrammes] de blé que j’ai vendus à la communauté à 15 000 birrs (520 $ US). Avec la méthode de plantation traditionnelle, pour la même quantité de semences et d’autres intrants, il y a des moments où le rendement ne vaut même pas le quart de ça. »

À ses dires, certains membres de sa communauté ont trouvé cela tellement surprenant qu’ils l’ont accusée de sorcellerie. Mais les responsables du village l’ont félicitée publiquement, en lui accordant un entrepôt de grains moderne. Madame Knife enseigne désormais ces nouvelles techniques agricoles à agriculteurs et des agricultrices et a formé un groupe de solidarité pour l’épargne constitué de 20 membres.

Letty Chiwara est la représentante pays d’ONU-Femmes en Éthiopie. Elle soutient que les coopératives agricoles, notamment celles créées par les femmes en milieu rural, jouent un rôle central dans l’augmentation de la production par des pratiques agricoles durables.

Elle déclare : « L’offre de technologies de base aux coopératives d’agricultrices d’exploitations familiales qui simplifient le travail et permettent de gagner du temps, outre des connaissances pertinentes, sont des éléments importants pour une montée en puissance durable de la chaîne de valeur agricole. En retour, cela améliorera la qualité de vie des agricultrices et de la communauté en général. »

Alima Bakuye est la présidente de la coopérative du district d’Adami Tullu. Elle affirme que le programme a eu un impact considérable. Elle explique : « Le soutien est un point crucial pour une autonomisation effective des femmes et le fait que la société accepte que les femmes tirent profit et possèdent des biens au même titre que les hommes. Par exemple : les enfants et les jeunes de la communauté avaient l’habitude d’employer les expressions ‘les moutons de mon père’ et ‘les chèvres de mon père’ pour parler des biens familiaux, tels que le bétail. Aujourd’hui, ils disent ‘les moutons de ma mère’, ‘les chèvres de ma mère.’ Cela occasionnera un changement à long terme à mesure que ça aura un impact sur les générations futures. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé : « Success stories from Africa – Women’s cooperatives in rural Ethiopia, » rédigé par ONU-Femmes et publié par City Press. Pour lire l’article original, cliquez sur : https://city-press.news24.com/News/success-stories-from-africa-womens-cooperatives-in-rural-ethiopia-20180809.