Burkina Faso : Des chefs de famille plantent des arbres fruitiers pour améliorer l’alimentation des jeunes

25 Mars 2019
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Seau en main, Bouriema Diarra fait des va-et-vient entre le robinet et ses arbres fruitiers. Il utilise au moins un seau d’eau pour chaque arbre. Monsieur Diarra arrose les arbres chaque matin, de retour de la mosquée. Il a des manguiers, des goyaviers, des orangers, des bananiers et des papayers dans sa cour. Sa femme et ses enfants l’aident souvent pour l’arrosage.

Maintenant qu’il a la soixantaine, monsieur Diarra est un fonctionnaire à la retraite à Dédougou. Cette ville est située dans la région de la Boucle du Mouhoun, à environ 130 kilomètres de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Monsieur Diarra n’a pas l’intention de vendre ses fruits. La principale raison pour laquelle il entretient ses arbres avec tant de soins, c’est pour nourrir sa famille. Il a deux garçons de 16 et 19 ans, et il est toujours préoccupé d’offrir une bonne alimentation, équilibrée et variée, à ses adolescents.

Il déclare : « En plus de [recevoir] de l’ombre [de ces arbres], nous bénéficions des fruits à tout moment. Pour un retraité comme moi, ce n’est pas facile d’avoir les moyens pour en payer. Or il le faut pour les enfants pour leur bonne croissance. [Actuellement] c’est la période des papayes et nous en consommons après chaque repas. »

Même si la malnutrition infantile est bien connue, les spécialistes affirment que celle touchant les adolescents de 10-19 ans, est peu connue. Un rapport du ministère de la Santé burkinabé indique que les problèmes de malnutrition les plus répandus chez les adolescents sont l’anémie et les carences en micronutriments, tels que le fer, le zinc, et la vitamine A.

Le nutritionniste Dr Abdoulaye Gueyé déclare : « L’ado a un besoin énorme en aliments plein de vitamines et énergétiques. Cette période d’adolescence est cruciale pour la croissance des jeunes. C’est l’âge de la puberté où beaucoup d’organes vont se développer. Sans ces aliments, son organisme peut avoir un dysfonctionnement ou un retard de croissance. Il peut se sentir faible, car il y a un manque. [Il] assimile difficilement les cours par exemple. »

Une enquête menée par la firme privée, Elsie Service Consulting, en 2018 a révélé que la composition du menu en famille incombe en premier lieu au chef de ménage. Cependant, plusieurs de ces chefs de ménage méconnaissent les principes de la nutrition. Leur priorité est d’assurer deux repas journaliers, et ils ne se soucient pas des besoins spécifiques des ados. L’étude a révélé que les chefs de ménage pensent souvent que :

  • Bien que la nourriture soit sacrée, les adolescents n’ont pas une attitude respectueuse envers elle.
  • Les adolescents veulent manger ce qu’ils voient à la télévision.
  • Les adolescents qui mangent des repas copieux ne travaillent pas, ou ils doivent souffrir pour réussir.
  • Un bon repas est celui qui donne la force.

En fait, un des principes les plus importants en matière d’alimentation saine consiste à consommer divers aliments riches en différents types de nutriments.

Si certains chefs de ménage ont de fausses idées sur le sujet de l’alimentation, d’autres par contre sont confrontés à la pauvreté.

Jules Sawadogo est un adolescent de 15 ans. Il déclare : « Moi mon alimentation n’est pas équilibrée parce qu’il n’y a pas les moyens. Quand je me compare à mes camarades du même âge qui se nourrissent bien, il n’y a pas match. Ils sont plus en forme et forts que moi. »

Selon le nutritionniste Dr Gueyé, les familles ayant peu de revenus pourraient élever quelques poules pour offrir à leurs familles des œufs, une des protéines les plus complètes.

Planter des arbres fruitiers peut également aider à surmonter les difficultés d’ordre nutritionnel. Différents fruits sont produits à différents moments de l’année et contiennent beaucoup de nutriments qui jouent un grand rôle dans le bon fonctionnement de l’organisme.

Monsieur Diarra voit que ses fils profitent de ses efforts pour leur donner une bonne alimentation. Il déclare : « Voir les enfants, surtout des connaissances, souffrir par manque de vitamines, car il y a la pauvreté, je suis prêt à donner l’exemple de la sorte. Je suis en train d’inculquer ce système à mes enfants. Autant de personnes dans la cour, autant d’arbres fruitiers. »

Cette nouvelle a été produite avec l’appui du gouvernement du Canada dans le cadre du projet « Promouvoir la santé et les droits sexuels et reproductifs et la nutrition des adolescents au Burkina Faso » (ADOSANTE). Le projet ADOSANTE est piloté par un consortium formé par Helen Keller International (HKI), Marie Stopes-Burkina Faso (MS/BF), Radios Rurales Internationales (RRI), le Centre d’information de Conseils et de Documentation sur le Sida et la Tuberculeuse (CICDoc) et le Réseau Afrique Jeunesse Santé et Développement (RAJS).