Tanzanie : Des riziculteurs réussissent grâce aux bonnes pratiques de plantation

18 February 2019
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Il est huit heures du matin. Yohana Lyapa vient juste d’arriver dans son champ de riz avec une houe à la main. Le riziculteur de 47 ans porte une chemise rouge et remonte les jambes de son pantalon bleu foncé jusqu’aux genoux pour éviter la boue pendant qu’il plante le riz.

Monsieur Lyapa nivelle son champ avec la houe avant de planter le riz. Il déclare : « Nous nous assurons que la terre est nivelée et propre avant de passer à l’activité de [plantation] suivante…. En 2015, j’étais parmi les riziculteurs sélectionnés dans notre village pour suivre une formation sur la culture du riz. »

Monsieur Lyapa vit à Ifumbo, un village du district de Chunya, dans la région de Mbeya, sur les hauts plateaux du sud de la Tanzanie. Il parcourt environ trois kilomètres pour aller de chez lui à la ferme de quatre hectares où il cultive du riz, du maïs et des patates douces.

Monsieur Lyapa fait partie de 441 riziculteurs et rizicultrices du projet de riziculture irriguée de Chunya, un projet réalisé par le Conseil municipal de Chunya de 2005 à 2013. Il soutient qu’avant d’adhérer au projet, il lui était impossible de gagner un revenu avec la riziculture, car il ne récoltait qu’un sac de riz sur un hectare de terre.

Il déclare : « Nous avons appris à cultiver le riz suivant le calendrier et [à] repiquer les plants de riz en respectant l’écartement recommandé de 20 centimètres entre les rangées et 20 centimètres entre les plants. »

Monsieur Lyapa ajoute : « Pour la première fois, [en] repiquant suivant les pratiques recommandées, j’ai récolté 35 sacs de riz sur un hectare. J’ai vendu le sac à 60 000 shillings tanzaniens (26 $ US) et tous les sacs à 2 100 000 shillings tanzaniens (903 $ US). »

Plusieurs agriculteurs et agricultrices de la région cultivent du riz, et ces personnes qui produisent également d’autres cultures consacrent une grande partie de leurs terres au riz. Toutefois, selon monsieur Lyapa, les riziculteurs et les rizicultrices du projet gagnent en deçà qu’ils auraient pu avoir, car ils n’ont pas l’équipement nécessaire pour le battage du riz. Par conséquent, ils vendent leur riz aux intermédiaires à des prix bas.

Il déclare : « D’autres riziculteurs essaient de battre le riz avec des machines destinées au battage du maïs. Cette méthode n’est pas très efficace…. Pour trouver une bonne machine pour battre le riz, nous parcourons 95 kilomètres de notre village à la ville de Mbeya…. Nous devons nous y rendre à nouveau pour vendre notre riz. »

Bahati Edison Sinkwembe participe également au projet rizicole de Chunya. Selon lui, les distributeurs et les distributrices proposent des prix bas parce que les riziculteurs et les rizicultrices ont des problèmes de transport qui les empêchent d’accéder à de meilleurs marchés.

Monsieur Sinkwembe ajoute : « Le transport des produits agricoles au marché est difficile. Les routes d’Ifumbo sont très mauvaises et il y a très peu de moyens de transport. Parfois, nous sommes obligés d’utiliser des motos ou des vélos pour transporter le riz…. Il faut environ trois heures pour arriver au marché. »

Lorsque les riziculteurs et les rizicultrices ne parviennent pas à trouver d’acheteurs qui recherchent de grandes quantités, monsieur Sinkwembe affirme qu’ils sont obligés de faire du porte-à-porte pour trouver de plus petits acheteurs.

Patrick Mpemba est l’agent de vulgarisation agricole public du district de Chunya. À ses dires, même si les riziculteurs et les rizicultrices du projet n’ont pas de bons marchés, ils leur apprennent des techniques pour cultiver le riz, car celui-ci génère plus de revenus que le maïs pour eux.

Malgré ces difficultés, les riziculteurs et les rizicultrices du projet rizicole de Chunya réussissent. Monsieur Sinkwembe a acheté une mobylette, inscrit ses quatre enfants à l’école et construit une maison en briques avec le revenu de la riziculture.

Quant à monsieur Lyapa qui a quitté les bancs en septième année et s’est lancé dans l’agriculture, l’argent du riz lui a permis de survivre toutes ces années. Il déclare : « Après avoir [quitté] l’école, l’agriculture est devenue mon métier que j’ai hérité de mes parents. J’ai acheté une moto qui m’aide à transporter le riz de la ferme à mon domicile et au marché. »