Burkina Faso : Le sage Sawadogo transforme sa terre grâce aux ‘trous zai’ (Agribusiness TV)

04 February 2019
A translation for this article is available in English

Cela fait 40 ans que Yacouba Sawadogo cultive, mais son corps et ses yeux rayonnent toujours d’énergie. Monsieur Sawadogo a fait l’école coranique au Mali, puis est retourné dans son village au Burkina Faso.

Monsieur Sawadogo vit à Gourga, un village du nord-ouest du Burkina Faso, dans la province de Yatenga. C’est le Sahel, où les terres sont arides et dégradées. La famine est un problème au Mali et au Burkina Faso et plusieurs personnes quittent la région.

Toutefois, monsieur Sawadogo a cherché à changer la situation afin de restaurer les terres dégradées. Au cours de 40 dernières années, il a transformé 40 hectares de terres arides en une forêt abritant 90 espèces d’arbres qui servent pour les médicaments traditionnels.

Celui qu’on pourrait baptiser « l’homme qui plantait des arbres » s’est distingué en remportant en 2018 le Right Livelihood Award, un Prix Nobel alternatif.

L’homme de 72 explique : « Avant ici, c’était une terre complètement dénudée et aride que personne ne voulait. Il faisait tellement chaud qu’on ne trouvait pas une seule fourmi ici. Mais aujourd’hui, cette terre est pleine de vie. »

Quelle approche lui a valu d’être reconnu chez lui et à l’étranger? Ce sont les trous zai. C’est une technique traditionnelle utilisée en Afrique de l’Ouest pour réhabiliter les terres dégradées et les rendre plus fertiles pour la plantation.

Pour faire un trou zai, on érige un cordon pierreux solide pour ralentir le ruissellement d’eau et capturer l’eau et permettre à celle-ci de s’infiltrer dans le sol, ce qui permet de prévenir l’érosion. Ensuite, on creuse les trous de plantation dans lesquels on met de l’engrais. Par la suite, on plante y des arbres ou des céréales.

Non seulement les arbres procurent de l’ombre au sol, mais ils constituent de précieuses ressources pour les gens de la région. Monsieur Sawadogo explique : « J’ai vite compris l’importance de l’arbre. À une certaine époque, de ce village jusqu’au Mali, il n’y avait pas un seul centre de santé. C’est avec les arbres qu’on soignait les gens. Lorsque quelqu’un était malade, peu importe la maladie, on savait quel arbre permettait de le soigner. »

Malgré les mises en garde et les critiques, monsieur Sawadogo partage ce savoir-faire traditionnel, et plusieurs habitants ruraux du Sahel creusent également des trous zai.

Il ajoute : « Une terre n’appartient pas à une seule personne, mais à plusieurs générations. C’est pourquoi nous devons en prendre soin et ne pas penser seulement à nous individuellement. »

Soucieux du legs de son labeur, monsieur Sawadogo forme d’autres pour qu’ils reprennent le flambeau afin d’en faire bénéficier beaucoup de personnes. Il songe à passer le bâton de commandement à son fils cadet. Deux de ses fils suivent ses traces afin de comprendre toute la richesse des arbres, au-delà de l’ombre et du bois qu’ils procurent.

Il déclare à ses fils : « Il faut connaître le nom de [l’arbre], ce qu’il permet de soigner, ce que ses graines traitent comme maladie. C’est là que vous en connaîtrez toute la valeur. Si vous apprenez que vous mourrez demain, alors plantez un arbre aujourd’hui. En faisant cela, nous laisserez un fondement de richesses pour les futures générations. »

Cette nouvelle est inspirée d’une vidéo intitulée « Changement climatique et connaissances autochtones : un atout méconnu » initialement publiée par Agribusiness TV, avec l’appui du CTA, le Centre technique de coopération agricole et rurale. Pour voir l’intégralité de la vidéo, cliquez sur : http://agribusinesstv.info/fr/changement-climatique-et-connaissances-autochtones-un-atout-meconnu/.

Photo credit Mark Dodd