Burkina Faso : Des clubs d’élèves instaurent le dialogue entre adolescents et parents sur la sexualité

18 February 2019
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Il est 14 h ce samedi au Lycée provincial de Sapouy, une commune située au sud du Burkina Faso, à environ 100 kilomètres de la capitale, Ouagadougou. Le calme règne sur ce temple du savoir généralement animé.

Mais, ici, il n’est pas toujours facile pour les élèves de se concentrer sur leurs études. Les grossesses non désirées, les enfantements précoces et les maladies sexuellement transmissibles affectent certains élèves. À cela s’ajoutent les crises de communication entre parents et enfants en détresse. Les attitudes face à la sexualité dans certaines coutumes font du sexe un sujet tabou.

Mais, dans ce lycée, les élèves ont décidé de rompre le silence. Ils ont créé au sein de leur établissement plusieurs clubs : le club anti-sida, le club santé sexuelle et reproductive, le club droits humains, le club écologique et le club du civisme. Les jeunes se réunissent les jours où il n’y a pas cours, notamment les samedis soir, pour échanger sur les questions qui les affectent eux et leur cadre de travail.

Adiatou Bénao est une élève de 17 ans. Elle déclare : « Les échanges dans les clubs me permettent d’aborder sans gêne les questions de sexualité avec mes deux parents. Ils me donnent toujours des conseils utiles. »

Le bureau de chaque club est formé de six élèves de différentes classes. Ils élisent un conseiller d’âge adulte.

Aujourd’hui, les élèves ont rendez-vous avec le proviseur Adama Sakandé et son invité, Amadou Compaoré, un retraité de 79 ans. Le thème de la discussion d’aujourd’hui est : la communication entre les élèves et leurs parents pour une sexualité responsable et saine. Entre la tradition, la pression parentale et l’attrait du modernisme, les jeunes ont beaucoup de préoccupations.

Monsieur Compaoré est un spécialiste des questions de communication interpersonnelle et il dissèque la problématique. Il prodigue des conseils utiles aux adolescents concernant leurs responsabilités et la nécessité de discuter des questions de sexualité avec leurs parents. Il suggère que les élèves prennent désormais l’initiative de dialoguer avec leurs parents pour que la sexualité ne devienne pas un sujet tabou.

Il explique : « Je suis le conseiller de certains clubs d’élèves et je mène souvent la médiation entre parents et adolescents en cas de crise. » À travers des échanges interactifs, les élèves des clubs et lui élaborent des stratégies d’approches de communication entre les parents et les adolescent(e)s.

Monsieur Sakandé le proviseur ajoute : « Avec les différents débats oratoires qu’organise le lycée, mes élèves n’éprouvent plus de difficultés à prendre la parole et à donner leurs points de vue. Ce qui de facto, facilite la communication avec leurs parents. »

Il ajoute : « L’existence de ces clubs dans mon établissement en fait un établissement modèle dans la province. »

Les membres des clubs discutent généralement des préoccupations des élèves avant de les porter devant l’administration du lycée. Les bureaux des clubs sont chargés de relayer les informations à leurs camarades.

Issouf Diallo a 18 ans et dit qu’il arrive à parler avec sa maman, qui fait preuve de patience avec ses enfants. Il ajoute : « C’est à elle que je confie mes problèmes de sexualité. »

Le Réseau Africain Jeunesse Santé et Développement est une organisation burkinabé qui travaille sur la santé et le développement des jeunes. L’organisation a développé une stratégie pour aborder le thème de la communication entre les parents et les jeunes pour une sexualité saine et responsable. Cette stratégie est basée sur un leader appelé « pair éducateur. » Ce dernier est formé et chargé par la suite de transmettre cette formation aux membres.

Pour faciliter cela, l’organisation met en place des clubs pour les jeunes de différents âges. En fonction de l’âge des adolescent(e) dans le groupe, une thématique est développée. Par exemple : l’abstinence pourrait être un sujet pour un groupe et l’utilisation convenable du préservatif pour un autre. L’organisation travaille également avec les jeunes en vue d’élaborer des plans personnels pour la prévention des maladies sexuellement transmissibles.

Mahama Sawadogo est le coordonnateur provincial de l’organisation dans la région des Hauts-Bassins. Il déclare : « Nous avons aussi formé pour ces clubs des conseillers issus de la communauté, en vue de faciliter la communication entre adolescents et parents. » Si les jeunes rencontrent des difficultés, le conseiller ou la conseillère sert de médiateur pour résoudre le problème.

L’organisation exhorte les parents à communiquer davantage avec les jeunes, à les écouter attentivement et à respecter leur vie privée. Lorsque les parents agissent ainsi, cela motive plus les jeunes à s’ouvrir à eux afin de trouver des solutions avant que la situation ne devienne une crise.

Sankara Morou est un élève du lycée de Sapouy. Il affirme que ces outils de communication l’ont aidé. Il se rappelle : « Avant l’avènement des clubs, j’avais honte d’aborder les questions de sexualité avec les parents. Maintenant, je suis plus habitué [à en parler]. »

Cette nouvelle a été produite avec l’appui du gouvernement du Canada dans le cadre du projet « Promouvoir la santé et les droits sexuels et reproductifs et la nutrition des adolescents au Burkina Faso » (ADOSANTE). Le projet ADOSANTE est piloté par un consortium formé par Helen Keller International (HKI), Marie Stopes-Burkina Faso (MS/BF), Radios Rurales Internationales (RRI), le Centre d’informations de Conseils et de Documentation sur le Sida et la Tuberculeuse (CICDoc) et le Réseau Afrique Jeunesse Santé et Développement (RAJS).