Sénégal : L’arachide est un trésor pour les femmes rurales

14 January 2019
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En ce début d’après-midi de novembre, le soleil est au zénith et une chaleur accablante règne dans la ville de Kaolack, au cœur du bassin arachidier. Dans cette grande concession sise au quartier Leona, une douzaine de femmes s’affairent à trier les graines d’arachide grillées, avec des gants blancs aux mains, un tablier à la taille et un masque de même couleur au visage.

Au Sénégal, les femmes sont au cœur de la transformation alimentaire de l’arachide. Parmi ce groupe de femmes, Fatou Kiné Ciss est la cheffe de l’unité de transformation. Fière, la jeune dame reste difficilement en place. Très active, elle coordonne méticuleusement chaque activité. Malgré les gouttes de sueur qui perlent sur son visage et les cernes autour de ses yeux, elle reste toujours courtoise.

Kaolack est une ville située sur la rive nord de la rivière Saloum, à 200 kilomètres à l’est de la capitale, Dakar. C’est une région du Sénégal où l’arachide est produite grâce à des méthodes de transformation transmises de génération en génération. La liste de produits à base d’arachides est longue : l’huile, la pâte, la poudre et même les aliments pour bétail constituent une source de revenus pour plusieurs ménages ruraux.

Mlle Ciss est originaire de cette région, et elle a choisi d’investir dans le secteur arachidier.

La jeune dame de 29 ans est titulaire d’une maîtrise de l’Université de Nantes, en France, et a un goût inné pour l’entrepreneuriat. Lors d’un projet de classe, elle a fait une présentation sur la production et la commercialisation de la pâte d’arachide. Après l’obtention de son diplôme, elle décida d’appliquer ce qu’elle avait appris durant ses études et de démarrer une activité de production de pâte d’arachide.

En Mars 2017, elle lançait sa marque Adja Mania grâce à un fonds de 500 000 FCFA (870 $ US).

La préparation de la pâte d’arachide requiert neuf à dix heures. La première étape consiste à l’approvisionnement au marché. Mlle Ciss déclare : « Une fois le produit arrivé, nous procédons à un premier triage pour enlever les mauvaises graines. Nous passons ensuite à la cuisson dans un grand four avec une marmite. Après le refroidissement, nous passons au dépelliculage, puis au tannage. »

Après le tannage, son équipe et elle trient et nettoient les arachides. À l’aide d’une passoire, elles sélectionnent et éliminent les noix qui contiennent de l’aflatoxine, une substance qui augmente le risque de cancer.

Par manque de moyens, la jeune entrepreneure ne dispose pas encore de ses propres équipements pour moudre les arachides et les transformer en pâte. Elle paie 40 FCFA (0,70 $ US) pour écraser un kilogramme, et emballe ensuite le produit. Adja Mania vend ses produits dans des bocaux de 500 grammes à 20 kilogrammes, et recoit des commandes de Paris, de la Côte d’Ivoire, et du nord du Sénégal.

La compagnie produit près de 2 000 kilogrammes de pâte annuellement et gagne plus de 850 000 FCFA (1 480 $ US).

Mlle Ciss aspire à faire croître son activité. Elle déclare : « On veut innover et développer la pâte d’arachide sous différents arômes : sucré, nature, vanillé, etc. »

À Thiès, une région du Sénégal située non loin de Dakar, une grande organisation paysanne s’active également dans la transformation de l’arachide. Il s’agit de l’Union de Groupement Paysanne de Meckhé qui compte des membres qui proviennent de 77 villages. Les femmes représentent environ 60 % des 5 000 membres.

Fatou Binetou Diop est coordonnatrice du programme de transformation des arachides en huile de l’organisation. Elle déclare : « En collaboration avec différentes ONG, nous modernisons et valorisons l’activité. Aujourd’hui, la transformation de l’arachide est une activité vraiment porteuse pour les femmes de la localité. »

En plus de l’huile, elles créent différents autres produits comme le « Noflay », créé à partir d’arachide moulue qui sert à préparer d’exquis mets locaux. Les femmes de l’UGPM utilisent les résidus d’arachides transformées en l’huile pour confectionner du savon et des aliments pour bétail.

Ces femmes paysannes poursuivent inlassablement ce développement qui montre bien à quel point « l’arachide vaut de l’or ».

Uniterra est un programme mis en œuvre par le consortium CECI-EUMC qui travaille au Sénégal avec des partenaires locaux des sous-secteurs du riz, des arachides, de l’aviculture et du maraîchage en vue d’aider les jeunes et les femmes à avoir accès à de meilleures opportunités économiques. L’objectif visé est de renforcer le pouvoir économique des femmes et des jeunes en développant leur esprit entrepreneurial. Le programme Uniterra a soutenu financièrement et techniquement la production de la présente nouvelle. Le CECI et l’EUMC bénéficient du soutien financier du gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca. Pour plus d’informations vous pouvez suivre Uniterra Sénégal sur Facebook à facebook.com/cecisenegal.