Kenya : Des agriculteurs font sécher et transformer les mangues en produits de valeur ajoutée

14 Janvier 2019
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Frida Mbai est élégamment vêtue d’une jaquette blanche. Elle vient juste de finir de laver, d’émincer et de déposer des mangues sur des plateaux. Âgée de 66 ans, cette mère de huit enfants range maintenant les plateaux sur une clayette pour sécher les tranches de mangues dans une salle de séchage.

Les mangues sont des fruits périssables qui pourrissent rapidement et facilement. Mais les mangues séchées se conservent plus longtemps, ce qui permet de diminuer la quantité de mangues gaspillées. Madame Mbai peut conserver les mangues séchées pour les vendre à un meilleur prix plus tard durant l’année lorsque le fruit se raréfie sur le marché.

Elle déclare : « Avant, je transportais mes mangues au marché le plus proche et à l’arrêt de bus, mais je ramenais très peu d’argent, car il y avait des mangues partout. »

Madame Mbai possède 60 manguiers. Elle vit à Kambiti, un village du comté de Murang’a, à environ 70 kilomètres de Nairobi, la capitale kényane.

Selon elle, les femmes de sa région ont toujours eu de la difficulté à gagner assez d’argent avec les mangues en raison de l’offre excédentaire et de l’absence de techniques de gestion après la cueillette. Ces difficultés obligent les agriculteurs et les agricultrices à vendre leurs mangues à bas prix, sinon les mangues pourriraient tout simplement sur la ferme.

À ses dires, les producteurs et les productrices sont forcés d’accepter des prix aussi bas que deux shillings kényans (0,02 $ US) par mangue que leur proposent les intermédiaires qui revendent ces mangues dix fois plus à Nairobi.

Selon le ministère kényan de l’Agriculture, 30 % à 50 % des mangues cueillies sont gaspillées en raison de leur mauvaise gestion après la récolte.

En 2013, pour pallier à ces problèmes, les petits producteurs et productrices de mangues du comté de Murang’a ont formé le Groupe d’entraide des producteurs de mangue de Kambiti Est. Les membres du groupe s’entraident pour réduire les pertes après récolte et pouvoir accéder à de meilleurs marchés.

Le groupe est désormais constitué de 15 membres et ajoute de la valeur aux mangues en les transformant en chips et en collations en poudre. C’est une façon de prolonger la durée de conservation et d’éviter que le marché soit inondé de mangues durant les cueillettes.

Patrick Sila préside le Groupe d’entraide de producteurs de mangues de Kambiti Est. Il affirme que la transformation des mangues en différents produits contribue à l’augmentation des revenus des producteurs et des productrices de mangues.

Monsieur Sila soutient que le groupe a d’abord commencé à transformer les mangues avec un séchoir solaire, puis vers la technique de la vapeur, car celle-ci est plus rapide et utilise des matériaux locaux en guise de carburant, y compris les épis de maïs, les coques de noix de macadamia,
la sciure comprimée, les coques du pain de singe et les rognures d’arbres.

Le groupe a acheté une machine à sécher à vapeur à 1,8 million de shillings kényans (environ 17 500 $) chez l’organisation Village Industrial Power. Le groupe paie ce montant par tranche.

Différentes organisations ont formé les producteurs et les productrices du groupe sur les techniques de transformation et de valorisation des mangues. Monsieur Sila ajoute : « Ils nous ont [aussi] appris des techniques pour prendre soin de nos manguiers, les tailler et cueillir les mangues. »

Selon lui, le groupe vend le kilogramme de mangues séchées entre 513 shillings kényans (5 $ US) et 821 shillings kényans (8 $ US) et gagne à peu près 350 000 shillings kényans (3 400 $ US) par saison. Le groupe utilise une partie de cet argent pour rembourser le prêt de la machine à sécher et partage équitablement le reste entre les membres.

Madame Mbai soutient que l’ajout de valeur aux mangues cueillies par le séchage et la transformation minimise les pertes en fruits au niveau de sa ferme et ouvre des débouchés commerciaux auxquels elle n’aurait jamais pensé. Elle explique : « C’est incroyable comment une situation peut se renverser. Je n’ai jamais pensé pouvoir être autonome financièrement. »

La présente nouvelle a été produite grâce au financement de la Fondation Rockefeller dans le cadre de son initiative YieldWise.