Kenya : Des agriculteurs cultivent des herbes médicinales pour protéger la forêt, et accroître leurs revenus

21 January 2019
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Il est très tôt, mais Benson Buiya et plusieurs autres agriculteurs et agricultrices attendent déjà à la porte de l’usine de transformation des herbes médicinales. Monsieur Buiya transporte plusieurs sacs d’herbes sur une motocyclette.

Après être rentré, il signe et se dirige directement vers la section de pesage, où un(e) employé(e) pèse les sacs et inscrit le nombre sur un cahier noir.

Monsieur Buiya a délaissé la menuiserie en 2013 et s’est lancé dans la culture d’herbes médicinales près de la forêt tropicale de Kakamega, à l’ouest du Kenya. Plusieurs de ses voisins et lui cultivent les herbes pour augmenter leurs revenus et protéger la forêt voisine, où ils allaient autrefois chercher ces précieuses plantes.

L’ocimum, également appelée miuyi est l’herbe qu’il cultive le plus et vend à l’usine. Le nom scientifique de cette plante est Ocimum kilimandscharicum. Elle appartient à la famille du basilic.

Selon monsieur Buiya, l’ocimum n’est pas aussi exigeante en intrants que d’autres cultures que les paysans et les paysannes de la région produisent. Il explique : « Pour le maïs, il vous faut des semences pour les semis, de l’engrais pour la fumure de couverture et des pesticides. Mais pour l’ocimum, vous devez seulement semer et désherber. »

Il affirme que l’ocimum est l’herbe médicinale que les gens recherchent le plus dans la forêt tropicale de Kakamega. Il semblerait que cette herbe guérit des maladies et des maux comme la rougeole, les problèmes de peau, la congestion de la poitrine, la grippe, les problèmes d’estomac et plusieurs autres.

Les gens qui ignorent comment cultiver les herbes médicinales sollicitent l’aide de monsieur Buiya qui leur en offre gratuitement pour éviter qu’ils aillent chercher des plantes médicinales traditionnelles dans la forêt et épuisent ainsi les ressources.

Il explique : « Les habitants viennent chez moi et cueillent les feuilles de [l’herbe] quand leurs enfants tombent malades. »

Monsieur Buiya et d’autres agriculteurs et agricultrices ont formé le Groupement paysan Muliru pour la protection de la nature. Ce groupement veille à ce que la forêt ne soit pas déboisée par les gens qui coupent les arbres pour produire du charbon ou avoir du bois d’œuvre, du miel et des plantes médicinales. Les membres du groupement cultivent également des herbes médicinales pour avoir des revenus.

Le groupement possède une terre d’une acre où les agriculteurs et les agricultrices apprennent à cultiver des herbes médicinales. Aux dires de monsieur Buiya, grâce aux formations données sur ce champ de démonstration, plusieurs agriculteurs et agricultrices s’intéressent maintenant à la culture des herbes et abandonnent les pratiques qui épuisent les ressources de la forêt.

Le groupement a reçu plusieurs prix internationaux pour avoir réussi à protéger la forêt tropicale de Kakamega et contribuer à l’amélioration des revenus des communautés voisines de la forêt.

James Ligare préside le Groupement paysan Muliru pour la protection de la nature. Monsieur Ligare déclare : « Nous sommes heureux de voir que ce qui avait commencé comme un jeu est devenu un centre d’attraction international. Environ 500 agriculteurs cultivent des herbes médicinales et plusieurs autres y adhèrent parce qu’ils observent les avantages que cela procure. »

Il se trouve dans la région une usine qui achète les herbes des agriculteurs et des agricultrices. Agnes Mulimi est une agricultrice de la localité qui a commencé à cultiver l’ocimum en 2014 sur une demi-acre. Elle est la présidente du Groupement paysan Shamiloli pour la protection de la nature.

Madame Mulimi explique : « Depuis l’ouverture de l’usine, nous n’allons plus dans la forêt pour chercher des herbes. Nous préservons plutôt la forêt. »

Elle affirme que les membres de son groupement élargissent leurs exploitations d’ocimum, car ils ont découvert les bienfaits de cette plante. Madame Mulimi fournit 2 000 kilogrammes de feuilles d’ocimum par an à l’usine.

Elle ajoute : « L’argent de la récolte sert à acheter des intrants pour des légumes comme le chou kalé, le chou, les légumes indigènes, les tomates, les oignons, le haricot, etc., car nous les cultivons en association avec l’ocimum, et réalisons, par conséquent, plus de bénéfices. Nous utilisons aussi l’argent pour les frais de scolarité et pour d’autres besoins de la famille. »

À l’usine, l’ocimum est distillé pour la fabrication de divers produits, dont les baumes, les produits antimoustiques et l’huile vendus aux sociétés pharmaceutiques destinée à la fabrication de divers produits.

Chaque année, monsieur Buiya gagne environ 15 000 shillings kényans (146 $ US) grâce à la production des herbes, ce qui lui a permis de payer les études secondaires de son enfant et d’acheter une vache laitière.