Tanzanie: La transformation d’ail procure un revenu aux femmes de Manyara

03 Décembre 2018
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Un vent chaud répand une odeur d’ail, de terre et d’acier dans toute l’usine de Didihama Amcos, dans la région de Manyara, en Tanzanie. Sept femmes entrent dans l’usine froide et moite. En marchant, les semelles de leurs chaussures adhèrent légèrement au sol en ciment parsemé de particules d’ail.

Une de ces femmes est Lilian Konki, une transformatrice d’ail originaire du village voisin de Diomati. Madame Konki a passé une bonne partie de sa vie à travailler sur les exploitations agricoles d’autres personnes. Tout cela a changé lorsque son mari les a quittés leurs dix enfants et elle.

Elle déclare : « Mon mari est alcoolique, et il a abandonné notre famille. Il ne s’occupait pas de nous. »

Son mari parti, madame Konki se demandait comment elle subviendrait aux besoins de ses enfants. Travailler dans une ferme toute la journée ne lui laissait pas assez de temps pour ses obligations familiales.

Toutefois, après qu’une de ses amies lui eut parlé de la transformation d’ail, elle décida qu’il était temps pour elle d’embrasser une nouvelle carrière.

Madame Konki se rappelle : « Après la première journée de travail dans cette usine, je me suis sentie vraiment bien. Je me sentais comme une femme riche de demain. »

Les femmes cultivent ou achètent l’ail et l’apportent à l’usine pour le transformer. Elles paient un montant pour les frais d’électricité, des frais d’amortissement pour les machines qu’elles utilisent et, parfois, elles paient des experts pour des formations. Elles peuvent gagner plus d’argent en vendant de l’ail transformé plutôt que de l’ail brut.

L’usine est ouverte seulement le matin, ce qui signifie que madame Konki et les autres femmes peuvent travailler le matin et s’occuper de leurs familles l’après-midi et le soir.

Grâce à son nouveau revenu, madame Konki a construit une maison plus grande pour sa famille. Elle déclare : « Je me trouvais dans une situation très difficile, mais maintenant les choses ont changé. »

La transformation de l’ail en pâtes, en poudres et en huiles prolonge le temps de conservation de l’ail et fait augmenter le prix auquel les agricultrices peuvent vendre leur ail. Une grappe d’ail coûte environ 500 shillings tanzaniens (0,22 $ US). Mais un pot de pâte d’ail coûte 8 000 shillings (3,50 $ US).

Marsela Disderi Mmau est également originaire de Diomati. Elle explique comment l’ail est transformé : « Premièrement, j’achète l’ail dans les exploitations agricoles et je le fais sécher au soleil pendant près de trois semaines. Ensuite, j’emporte l’ail à l’usine, je le fais peser, et je le fais passer dans le kupukuchua [machine qui enlève la peau de l’ail]. »

Madame Mmau affirme qu’après avoir épluché l’ail, elle le lave plusieurs fois. Puis, elle mélange les gousses d’ail avec du sodium, du citron et du sel. Ensuite, l’ail est conditionné. Les femmes vendent les produits finis comme la pâte, l’huile et la poudre d’ail dans les villages voisins et dans une petite salle d’exposition située derrière l’usine.

Catherine Peter vient de Bashay, un village de la région de Manyara. Avant d’être transformatrice d’ail, le travail d’usine l’intimidait.

Elle déclare : « J’ai eu si peur lorsque j’ai vu les différentes machines qui étaient tellement grosses. Je ne savais utiliser aucune d’elle. »

L’association nationale des agriculteurs MVIWATA a mis les femmes en contact avec l’usine de transformation d’ail et leur a donné des formations sur les techniques d’utilisation des machines.

Quelques jours plus tard, madame Peter a acquis plus d’assurance pour l’utilisation des machines. Et, au fil du temps, elle a vendu une quantité suffisante de pâte pour pouvoir acheter une nouvelle maison pour sa famille.

Le travail à l’usine a permis aussi à madame Peter de rencontrer des gens et d’acquérir de nouvelles compétences. Elle déclare : « Je mélange le miel, l’ail et le gingembre ensemble. C’est une idée que j’ai prise chez une personne ici qui fait les mélanges. »

Pour madame Peter, il est plus facile de travailler avec les machines qu’avec ses mains. Plusieurs chirurgies médicales l’empêchent quasiment de faire des travaux manuels. Mais les machines telles que les éplucheurs et les broyeurs font le plus gros du travail physiquement exigeant.

Elle déclare : « J’ai subi quatre opérations. Cela surprend les gens qui me voient travailler à l’usine. »

Elle ajoute : « Pour les cinq prochaines années, j’espère avoir une grande usine pour faire des pâtes. Je pense que les femmes peuvent tout faire. Il nous faut simplement avoir du cran. »

Le soleil illumine le visage des sept femmes au moment où elles sortent de l’usine, et passent à côté des tas d’épluchures d’ail aux reflets pourpres, dehors, à l’entrée de l’usine.

À l’instar de madame Peter, madame Konki espère également avoir son usine à elle un jour. Mais pour l’instant, elle continuera à travailler comme transformatrice d’ail pour subvenir aux besoins de ses dix enfants.

Elle déclare : « Les mères seules ne doivent pas perdre espoir dans leur combat. Nous devons nous consacrer entièrement au travail. »

Ash Abraham était un volontaire d’Uniterra basé à Arusha, en Tanzanie. Les reportages réalisés aux fins de la présente nouvelle ont été appuyés par Eliakunda Urio, un chargé de projet de Radios Rurales Internationales.

Uniterra Tanzanie travaille avec des partenaires locaux des sous-secteurs des fruits et légumes et du tourisme afin d’aider les jeunes et les femmes à accéder à de meilleures possibilités économiques. Uniterra a financé la production de cette nouvelle. Uniterra a reçu l’appui financier du gouvernement du Canada, par l’entreprise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca. Vous en saurez plus sur Uniterra Tanzanie sur Facebook à : facebook.com/wusctanzania.