Ghana : Les agriculteurs commencent à protéger les arbres suite à la dégradation des sols, un frein au rendement (IPS)

17 Décembre 2018
A translation for this article is available in English

Dans la Région du Haut Ghana oriental où la chaleur est écrasante, les saisons sèches sont longues et on ne voit que des sols nus et arides sur plusieurs kilomètres. Dans certaines zones, la moitié des femmes migrent souvent vers le sud pour y trouver du travail, et prennent leurs jeunes enfants avec elles lorsqu’elles s’en vont.

Selon le rapport 2015 sur la cartographie de la pauvreté du Ghana, cette zone a le plus grand nombre de pauvres de la région.

Cependant, la situation est en train de changer dans les districts de Garu et de Tempane à mesure que les sols dégradés font progressivement place à des poches de verdure, des neems, des baies et des arbres fruitiers indigènes.

Ayaaba Atumoce est le chef de la communauté d’Akaratshie, dans les districts de Garu et de Tempane. Il dépeint le sombre tableau : « Nous avons constaté que la longue saison sèche, le sol nu et la température élevée de 40 degrés et l’absence d’installations d’irrigation visant à permettre aux agriculteurs de cultiver toute l’année … forcent en fait les [agriculteurs] au chômage pendant sept mois. »

Monsieur Atumoce se souvient que, dans sa jeunesse, une grande partie de la région était couverte par une forêt dense qui a progressivement disparu à mesure que les agriculteurs coupaient les arbres pour faire du charbon pour eux-mêmes et pour en vendre dans les centres régionaux.

La vitesse à laquelle les arbres étaient coupés dépassait la vitesse à laquelle de nouveaux arbres poussaient, si même ils poussaient. Les jeunes arbres souffraient, car le sol avait durci et manquait d’éléments nutritifs.

La configuration des pluies a également changé. Selon monsieur Atumoce, la saison pluvieuse démarre trois mois plus tard que d’habitude. Autrefois, ils commençaient à préparer leurs terres en février, afin de pouvoir semer quand les pluies démarraient en fin mars ou en début avril. Mais, maintenant, les semailles sont reportées en juin ou juillet, et la saison se termine en même temps, vers fin septembre ou mi-octobre.

Carl Kojo Fiati est le directeur des ressources naturelles de l’Agence pour la protection de l’environnement du Ghana. Il soutient que la déforestation et les feux de brousse dans la Région du Haut Ghana oriental ont modifié le cycle naturel de l’évaporation, la condensation et des précipitations. Par conséquent, il pleut moins, et la terre est devenue improductive.

Les collectivités espèrent changer cette situation à mesure que les agriculteurs procèdent à la restauration de 250 hectares de terre en protégeant la végétation et en entretenant les arbres et les arbustes.

Monsieur Fiati explique : « Lorsqu’on laisse les arbustes pousser, cela tire l’eau du sol. Celle-ci s’évapore [plus tard] dans l’atmosphère et se transforme en humidité. Cette humidité s’ajoute aux autres éléments qui s’évaporent, se condense et retombe sous forme de pluie. »

Monsieur Atumoce et d’autres tentent de restaurer les sols dégradés en protégeant et en taillant les branches fragiles des arbustes, permettant ainsi aux rameaux de devenir des arbres. Il a été également dit aux agriculteurs de laisser les animaux paître sur la végétation pour que leurs crottes deviennent une source de fumier. Le fumier animal et le fumier de compost provenant des feuilles décomposées sont importants pour la revitalisation du sol.

Depuis 2009, les communautés de la Région du Haut Ghana oriental restaurent leurs terres dans le cadre d’un projet piloté par World Vision International. Le projet a été cédé aux communautés et est mis en œuvre dans plusieurs villages de la région.

Des bénévoles apprennent également des techniques pour lutter contre les incendies et réagir face aux feux de brousse qui menacent les terres. Pour empêcher les gens d’abattre aveuglément les arbres, de nouveaux arrêtés ont été également adoptés pour réglementer la collecte du surplus de bois, d’herbe et d’autres ressources.

On estime à 800 000 les arbres des districts de Garu, Tempane et Talensi.

En plus de revitaliser le sol, les arbres procurent des avantages supplémentaires aux agriculteurs. Talaata Aburgi est une agricultrice de 60 ans originaire du village de Susudi dans la région. À ses dires, les neems ont toujours servi à soigner des maladies, y compris le diabète, les ulcères cutanés, le paludisme et les maux d’estomac. Elle se réjouit de voir que ces arbres peuplent à nouveau la région.

Elle ajoute que les arbres contribuent en général à faire des communautés des endroits plus agréables où vivre. Elle déclare : « [Sans] cette initiative, nous jeunes et nos générations futures pourraient ne jamais connaître la beauté et l’importance de ces arbres indigènes, car ils [auraient été] tous détruits. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Poverty-stricken communities in Ghana are restoring once-barren land, » publié par Interpress Service. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://www.ipsnews.net/2018/08/poverty-stricken-communities-ghana-restoring-barren-land/.