Sénégal : Des villageois replantent les mangroves qui protègent leur environnement, ainsi que leurs moyens de subsistance (IRIN)

26 November 2018
A translation for this article is available in English

Ablaye Marone gagne sa vie grâce aux mangroves dans le delta du Saloum, à l’ouest du Sénégal. Cette région est riche en matière de biodiversité. On y trouve quelque 2 000 espèces de poissons, de mollusques et de crustacés qui vivent parmi les racines et la boue des mangroves, ainsi que des arbres et des arbustes qui poussent dans des marécages côtiers à marée.

Ce labyrinthe d’affluents et d’îles fluviales couvre 146 000 hectares à travers le delta, et est habité par des centaines de milliers de personnes qui tirent leur subsistance des mangroves essentiellement. Toutefois, leurs sources de revenus sont en péril à cause du changement climatique et de l’exploitation humaine.

Monsieur Marone est guide bénévole et garde-forestier au parc national qui couvre 76 000 hectares.

Monsieur Marone explique : « Les mangroves sont notre seul moyen de subsistance…. En plus de mes activités de guide, j’installe des ruches dans les mangroves pour recueillir du miel. L’argent que je fais de cette façon me permet de joindre les deux bouts. Si les mangroves disparaissent, les abeilles disparaîtront elles aussi. »

Les mangroves fournissent également un revenu substantiel aux femmes. Adjarata Diouf réside dans le village de Bagadadji. Selon elle, les mangroves sont un excellent endroit pour les poissons et les crustacés, et le ramassage des huîtres lui rapporte un revenu important.

L’extraction de sel et l’écotourisme constituent également d’importantes sources de revenus.

Cependant, certaines activités humaines exercées au niveau des mangroves ont des effets irréversibles. Certaines techniques de ramassage des huîtres et d’autres mollusques consistent à couper les racines submergées, tandis que les branches des palétuviers sont coupées pour servir de combustible et de matériau de construction.

Les résidents locaux ne sont pas les seuls à détruire les mangroves, mais les ressortissants d’autres localités du Sénégal, du Niger, de la Sierra Leone, du Nigeria, de la Guinée et la Guinée Bissau y contribuent également.

À mesure que les mangroves disparaissent, les moyens de subsistance diminuent.

Madame Diouf explique : « Avant, chaque femme récoltait jusqu’à 10 kilos de fruits de mer chaque fois qu’on sortait en bateau. Mais aujourd’hui, on réussit à peine à ramasser cinq kilos. Nos revenus ont beaucoup diminué. »

La disparition des mangroves entraîne la salinisation des eaux douces, contaminant les sols et empêchant toute culture. La perte de la productivité agricole, en particulier celle du riz, fragilise la sécurité alimentaire.

Des projets de reboisement tentent de reconstituer la forêt de mangroves. Un programme dans le delta du Saloum a planté 79 millions d’arbres sur 8 000 hectares environ. Il est essentiellement financé par 10 grandes sociétés multinationales.

Cependant, une universitaire française précise que cette zone nouvellement reboisée est sous le contrôle des donateurs du projet, et que les pêcheurs locaux ne sont pas autorisés dans la zone. Marie-Christine Cormier-Salem a consacré 35 ans à l’étude des écosystèmes des mangroves. Selon elle, l’entente du projet permet simplement aux populations locales d’espérer que, dans l’avenir, leurs petits-enfants pourront accéder à la région pour ramasser des crustacés, construire des ruches ou mener d’autres activités.

Les communautés locales sont décidées à faire en sorte que l’écosystème se porte bien pendant longtemps, et ce, qu’ils approuvent ou non l’implication de multinationales.

Ablaye Marone et son frère Mamadou ont participé à un petit projet de reboisement dans leur village de Bagadadji et dans trois villages voisins. Ce projet a permis d’ajouter cinq hectares de couverture de mangrove autour de chacun des quatre villages, pour un total de 20 nouveaux hectares.

Ce petit projet a été réalisé en partenariat avec le Service des parcs nationaux, l’agence environnementale de la région, et Wetlands International, une organisation à but non lucratif, basée aux Pays-Bas.

Nicolas Gomis est inspecteur au Service des parcs nationaux. Il déclare : « Il est de notre devoir de trouver le moyen de protéger la mangrove pour les générations futures…. La population locale est ravie des projets de restauration qui ont été mis en œuvre. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Un vaste projet de régénération de mangroves remis en cause au Sénégal, » publié par IRIN. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://www.irinnews.org/fr/reportage/2017/12/18/un-vaste-projet-de-regeneration-de-mangroves-remis-en-cause-au-senegal.