Ghana : Des planteurs de cacao mettent à profit la loi pour sauvegarder les forêts, et maximiser le rendement (Trust)

26 Novembre 2018
A translation for this article is available in English

Debout dans sa concession au milieu de poules qui picorent, Nana Archer présente un certificat de la commission des forêts indiquant qu’il a planté et enregistré 30 arbres d’ombrage.

Ce planteur de 53 ans vit à Nkwantanum, un village de planteurs de cacao qui se trouve à cheval sur un chemin de terre accidenté dans la région du Centre du Ghana.

Le cacao pousse sur des collines luxuriantes derrière sa maison. L’exploitation agricole côtoie la forêt. Une grande partie de la région a subi une exploitation forestière il y a une décennie, et les planteurs, craignant un retour éventuel des bûcherons, n’ont pas replanté d’espèces de bois d’œuvre, déclare monsieur Archer.

C’est un scénario courant. Dans certains cas, les planteurs détruisent même les arbres pour empêcher les bûcherons de venir, selon une étude menée par l’organisation américaine à but non lucratif Winrock International.

Au Ghana, les arbres poussent à l’état naturel sur plusieurs plantations de cacao, procurant ainsi de l’ombre à cette plante délicate. Mais ces arbres d’ombrage appartiennent à l’État, et non aux planteurs, selon la loi forestière ghanéenne.

Les sociétés paient un montant au gouvernement pour abattre le bois, et les planteurs sont perdants parce que leurs cultures sont souvent endommagées au passage et deviennent moins productives en se retrouvant en plein soleil.

Des représentants du gouvernement et la Fondation mondiale du cacao, un groupe qui représente l’industrie, font la promotion d’une politique visant à accorder aux cultivateurs le droit de propriété sur les espèces de bois d’œuvre se trouvant sur les plantations de cacao pour permettre d’accroître les récoltes et ralentir la déforestation.

Les planteurs peuvent se faire enregistrer en tant que propriétaires d’espèces de bois d’œuvre qu’ils ont eux-mêmes plantés. Cette disposition de la loi forestière que très peu de gens connaissent n’est pas nouvelle, mais un projet pilote a tenté de l’appliquer récemment avec l’appui de la Fondation mondiale du cacao.

Alex Tweneboa-Kodna est le responsable de la commission des forêts, à Asankragua, la capitale du district ouest d’Amenfi. Il déclare : « Nous sensibilisons les planteurs par rapport à leurs droits. Ils ignoraient que cela était possible. »

Le projet pilote a permis à 150 planteurs de se faire enregistrer en tant que propriétaires d’espèces de bois d’œuvre se trouvant sur leurs plantations, et il compte vulgariser la pratique.

Selon le gouvernement, la culture du cacao est un des principaux facteurs de la déforestation au Ghana. Lorsque les exploitations agricoles deviennent improductives en raison du vieillissement ou de la mauvaise santé des arbres, les planteurs déboisent généralement de nouvelles forêts pour y cultiver.

L’étude de Winrock a révélé que le fait de planter à nouveau des espèces de bois d’œuvre sur les plantations de cacao pourrait aider à reconstituer le couvert forestier et amoindrir le besoin d’abattre d’autres arbres, en ce que cela contribuera à maximiser le rendement des cacaoyers. Il est espéré que le bûcheronnage pourrait rapporter un revenu supplémentaire aux planteurs.
Toutefois, il reste encore des problèmes à résoudre.

Pour l’instant, les planteurs peuvent uniquement faire enregistrer les arbres qu’ils ont eux-mêmes plantés. Mais les défenseurs de leurs droits mettent la pression sur le gouvernement pour que la loi s’applique aux arbres qui poussent naturellement. Les cultivateurs ont également besoin de l’approbation des propriétaires terriens pour enregistrer leurs arbres, ce qu’il ne leur est pas toujours facile d’obtenir.

Monsieur Archer affirme que si les ouvriers forestiers reviennent dans sa région, il leur présentera son certificat pour les empêcher d’abattre ses arbres.

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Ghana cocoa farmers harness the law to save forests, boost yields, » initialement publié par la Thomson Reuters Foundation. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20180905112609-sji7y/.

Photo: Le planteur de cacao Wilson Archer pose pour une photo avec son certificat de propriété sur les arbres à Nkantanum, au Ghana, le 27 juin 2018. Mention de source : Thomson Reuters Foundation / Nellie Peyton